Le syndrome de Stockholm : aimer celui qui nous ravit

Par Sarah Chiche, le 05/12/2014

Le Cercle Psy

Une situation paradoxale qui peut se produire lors d’une prise d’otages qui se poursuit dans le temps. Un sujet d’actualité. //RO

Unknown

 

Un otage n’éprouve pas toujours de la rancœur à l’égard de ses ravisseurs : 
il peut ressentir de la compréhension, voire de la sympathie… et même se ranger 
à leurs côtés ! C’est le « syndrome de Stockholm ». Est-ce courant ? S’agit-il d’une pathologie ou d’une réaction normale ?

“J’ai mis une perruque sur ma tête, de la crème marron sur le visage, j’avais une mitraillette dans
 mon sac, je l’ai mise autour du cou, je suis entré dans la banque, j’ai tiré vers le plafond et j’ai dit ‘‘tout le monde au sol, que la fête commence ! ». Lorsqu’il fait irruption dans une agence bancaire du centre de Stockholm, le 23 août 1973, Jan-Erik Olsson, tout juste évadé de prison, avait imaginé tous les scénarios possibles. Aussi, dès l’intervention des forces de l’ordre, se retranche-t-il dans la banque. Il prend en otage quatre employés et demande manu militari la libération de son compagnon de cellule, Clark Olofsson – ce qui lui est accordé. Mais ce qu’Olsson n’avait pas du tout prévu au programme, c’est qu’au cours des six jours de négociation, régulièrement, les otages s’interposeront entre les ravisseurs et les forces de l’ordre. « Une otage m’a dit qu’elle devait aller aux toilettes, mais les toilettes étaient en bas, là ou la police attendait. J’ai dit ‘‘Va aux toilettes, mais tu dois revenir, tu dois penser à tes amis’’, elle y est allée, les policiers ont tenté de la retenir mais elle est revenue à moi. Les autres femmes ont fait comme elle, elles sont revenues. Il y avait une situation amicale entre les otages et moi, c’était très étrange », racontera-t-il, quarante ans après les faits, à nos confrères de France Info. Plus étonnant encore : non seulement les otages suédois refuseront de témoigner à charge contre Olsson et Olofsson, mais ils iront leur rendre visite en prison, comme on le ferait à de vieux amis, et l’une des otages, Kristin, nouera une relation amoureuse avec Olsson. On a même raconté qu’ils se seraient mariés – ce que les intéressés ont toujours démenti.


Cinq ans après ce fait divers, le psychiatre américain Franck Ochberg nommera donc « syndrome de Stockholm » ce comportement paradoxal qui amène des victimes ou des otages à développer des affects de sympathie, d’empathie, d’estime ou d’amour vis-à-vis de leurs ravisseurs, souvent au point d’adhérer à leur cause. Corrélativement, ces victimes développeront vis-à-vis des forces de l’ordre une grande hostilité.


Enlèvement de l’ambassadeur britannique en Uruguay en 1971, détournement d’un Boeing de la TWA en 1973 lors d’un vol New York-Chicago ou d’un Airbus A320 par le GIA à Marseille en 1994… Après leur libération, des centaines d’otages ont raconté, lors d’entretiens psychologiques, avoir traversé des affects similaires. Mais attention : tous les captifs ne sont pas susceptibles de déclencher un syndrome de Stockholm. Ce mécanisme psychique s’explique du fait de la longue promiscuité dans laquelle vivent ravisseurs et victimes, les uns devenant dépendants des autres, surtout si le groupe des otages n’est pas soudé par une contre-idéologie suffisamment forte. Les individus jeunes, de sexe féminin, soumis à une longue captivité, seraient plus susceptibles de vivre le phénomène. Si, selon certains, le syndrome de Stockholm constituerait un épisode psychotique aigu et donc transitoire chez des sujets qui jusqu’alors n’auraient pas décompensé, pour d’autres il s’agirait d’un mécanisme de défense particulier, dit « d’identification à l’agresseur » (voir encadré), qui surviendrait lorsque la victime, en état de choc, comprend qu’à tout moment son ravisseur pourrait lui ôter la vie.


Petite-fille d’un magnat de la presse et actrice à ses heures, Patricia Hearst est enlevée, sur le campus de l’université de Berkeley, le 4 février 1974, par l’Armée de libération symbionaise (ALS), qui réclame que son père offre de quoi nourrir les habitants des quartiers pauvres de Los Angeles. Las, l’opération est si mal organisée et le FBI accumule tant les bourdes que l’ALS perd patience et commence à maltraiter la jeune femme. Laquelle se met, contre toute attente, à critiquer l’insupportable caractère « bourgeois » de ses parents. Elle prend alors les armes et le pseudonyme de « Tania », et participe à plusieurs braquages avec la bande avant d’être arrêtée.


Qu’une héritière décide un beau jour de jouer les Robin des bois signifie-t-il pour autant qu’elle est devenue folle ou bien qu’elle a soudain pris conscience, sur un mode certes radical, de certaines inégalités sociales insupportables de son temps ? Ou bien son destin singulier témoigne-t-il des difficultés que nous avons tous, au cours de notre existence, à nous affranchir de certains pactes, à tourner le dos à certaines alliances, pour prendre le risque de cheminer seul – c’est-à-dire libre ? La réponse est laissée à l’appréciation de chacun…•

Lire la suite sur http://le-cercle-psy.scienceshumaines.com

Illustration Le Colonel 2.0 : John Morijn eutopialaw.com

error: Content is protected !!
%d blogueurs aiment cette page :