L’embarras international face à l’escalade à Gaza

 

Par Benjamin Barthe le 12.07.2014

LE MONDE

 

 

Commentaire LCA : Embarras me semble être un doux euphémisme pour qualifier la prise de position des uns et des autres sur ce drame. //RO

 

Au quatrième jour de l’offensive israélienne contre la bande de Gaza, vendredi 11 juillet, Benyamin Nétanyahou a prévenu : « Aucune pression internationale ne nous empêchera d’user de toute notre puissance. Nous continuerons tant que nous ne serons pas assurés que les citoyens israéliens peuvent vivre dans le calme. » Une déclaration superflue : même si plus de cent Palestiniens – des civils pour la plupart – ont d’ores et déjà péri dans les bombardements, la communauté internationale ne paraît pas prête pour l’instant à faire pression sur le premier ministre de l’Etat juif.

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Les zigzags de la communication élyséenne sur ce sujet en témoignent. Mercredi 9 juillet au soir, à la suite d’un entretien téléphonique avec M. Nétanyahou, François Hollande avait jugé qu’« il appartient au gouvernement israélien de prendre toutes les mesures pour protéger sa population ». Ce communiqué, diffusé quelques heures avant qu’un raid israélien ne tue 9 Palestiniens attablés dans un café de Gaza, devant la demi-finale Argentine-Pays-Bas de la Coupe du monde de football, a été vivement critiqué à gauche, où il a été perçu comme un chèque en blanc accordé à Israël.

Selon des informations du Monde, le texte a été élaboré après des démarches insistantes du cabinet de M. Nétanyahou. Celui-ci aurait été exaspéré par le fait que quelques heures plus tôt, à la sortie du conseil des ministres, Stéphane Le Foll, le porte-parole du gouvernement, ait dénoncé d’une même voix les tirs de roquettes du Hamas et les bombardements israéliens.

« L’ESCALADE DOIT CESSER »

Pour éteindre la controverse, la présidence française a rectifié le tir en deux temps. D’abord, lors d’un déplacement à Reims, jeudi dans l’après-midi, où M. Hollande a prôné « le dialogue ». Puis par un communiqué, jeudi soir, à la suite d’une conversation téléphonique avec Mahmoud Abbas, le chef de l’Autorité palestinienne, où il a mentionné les « nombreuses victimes palestiniennes » et souligné que « l’escalade doit cesser ».

Pour l’universitaire Julien Salingue, spécialiste de la question palestinienne, ce couac est révélateur du fait que, sur ce dossier, il y a une « autonomisation de la parole élyséenne par rapport à celle du Quai d’Orsay. Le président éprouve une sympathie personnelle pour Israël, on l’a vu durant son déplacement à Jérusalem en novembre 2013, ajoute M. Salingue. C’est surtout de la forme ».

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Dans l’entourage de M. Hollande, on dément tout décrochage par rapport aux positions traditionnelles de la France sur le conflit israélo-palestinien. On fait valoir que Paris a été la seule capitale occidentale à dénoncer l’assassinat de Mohammed Abou Khdeir, le jeune Palestinien de Jérusalem-Est brûlé vif le 2 juillet, en mentionnant son nom. « Sur le fond, ça ne change rien, souligne une source à l’Elysée. La position française reste fondée sur l’équilibre. »

LASSITUDE CROISSANTE

Le cafouillage est néanmoins emblématique de l’embarras des chancelleries européennes et américaine face à la question de Gaza. Insister, comme elles l’ont presque toutes fait à des degrés divers, sur le « droit d’Israël à l’autodéfense » et sur la nécessité de la « retenue », ne suffit pas à leur donner de prise sur le terrain. L’offre de médiation de Barack Obama, présentée sans conviction, n’a retenu l’attention d’aucun belligérant.

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Illustration LCA : Smoke and fire from an Israeli bomb rises into the air ove Gaza City ajib.fr

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.