« Les perdants radicaux », la nouvelle arme de Daech ?

Elyamine Settoul, le 16 septembre 2016

The Conversation


Un excellent billet que je vous recommande vivement. //RO


 

Les tragédies estivales qui ont endeuillé Nice et Saint-Étienne du Rouvray ont créé un effet de sidération considérable parmi la population. La proximité temporelle des deux évènements (14 juillet et 26 juillet), la diversité des lieux attaqués – une grande ville touristique de la Côte d’Azur et une petite localité de Normandie –, les modes opératoires – un camion lancé à toute allure sur une population indistincte et l’égorgement d’un prêtre à l’intérieur d’une petite église : tous ces éléments ont contribué à décupler le sentiment d’effroi.

Puis la sidération a laissé place aux débats sécuritaires. Analystes et politiciens se sont écharpés autour de polémiques sur les déficiences présumées des services de renseignement et les insuffisances d’un arsenal juridique jugé trop « tendre » à l’égard des apprentis terroristes. Pris dans le tourbillon politico-émotionnel, chacun y a été de sa petite idée. De l’interdiction du salafisme à la création d’un« Guantanamo à la française » en passant par la nécessité de s’inspirer de la militarisation de la société israélienne, les acteurs politiques ont rivalisé d’imagination et parfois d’extravagance pour remédier au sentiment d’anxiété nationale.

Mais ce sont les services de renseignement qui ont essuyé les critiques les plus virulentes et ont été pointés du doigt. Il leur a été reproché de n’avoir pas su anticiper les attaques et profiler les auteurs de ces tragédies. L’indignation collective suscitée par les deux événements a brouillé les analyses et empêché de voir qu’ils ont été, en réalité, commis par deux types d’acteurs.

Déconnecté des sphères djihadistes

Les auteurs de l’acte de Saint-Étienne de Rouvray ont des profils sociologiques « communs » dans la galaxie djihadiste. À l’instar des terroristes qui ont pris pour cible le Bataclan en novembre dernier, il s’agit de jeunes insérés dans des collectifs ou des fratries jihadistes passés ou fascinés par les terres du djihad qu’elles soient afghanes ou syro-irakiennes. Comme les frères Kouachi, Mohamed Merah ou Mehdi Nemmouche, Adel Kermiche et Abdel Malik Petit-Jean se sont érigés en « défenseurs des musulmans » en attaquant ce qui symbolise à leurs yeux des ennemis de l’islam, des militaires occidentaux, des juifs, des « croisés ». Le prêtre Jacques Hamel était assigné dans cette dernière catégorie.

En revanche, le profil du tueur de Nice, Mohamed Lahouaiej Bouhlel – totalement déconnecté des sphères djihadistes, non pratiquant, bisexuel et amateur d’alcool – le rendait insoupçonnable. Les services de renseignement n’avaient aucune chance de l’intercepter. Certains ont alors évoqué la notion de « radicalisation expresse »pour qualifier ce parcours hors-norme.

Pourtant, pour les spécialistes des phénomènes de radicalisation, cette expression relève de l’oxymore intellectuel. En effet, les définitions de ce concept insistent au contraire sur les dimensions progressive et graduelle par lesquelles des individus acquièrent des idées extrémistes. D’autres éléments éloignent la tragédie niçoise des violences djihadistes classiques. Ainsi Daech, dont on connaît la propension à communiquer et à célébrer ses « victoires » de manière quasi-instantanée, a mis près de deux jours pour revendiquer cet attentat à la résonance planétaire. Enfin, le nombre particulièrement élevé de victimes musulmanes, estimées à près d’un tiers du total par les acteurs locaux, ajoute un peu plus d’interrogation.

Mégalomanes et narcissiques

En réalité, la trajectoire sociale du tueur niçois semble bien plus relever de celle du « perdant radical » théorisé en 2006 par Hans Magnus Enzensberger. Les « perdants radicaux » désignent des individus humiliés, en quête de boucs émissaires et avides de vengeance. Produits du libéralisme et de la compétition exacerbée que se livrent les individus au sein des sociétés modernes, ils sont invisibles et ressassent silencieusement leurs échecs. Dans leur univers mental, il n’y a pas de place pour les figures intermédiaires ou les positions médianes. Tout est binaire : on est soit « un perdant soit un gagnant ». Mégalomanes et narcissiques, ils exercent une violence suicidaire dont l’objectif vise autant à se sanctionner de leur propre échec qu’à punir la collectivité sociale qui en serait aussi responsable.


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Illustration : Lors d’une cérémonie religieuse en mémoire du père Jacques Hamel assassiné le 26 juillet dans l’église de Saint-Etienne du Rouvray. Joel Saget/AFP


Chercheur, Institut de Recherche Stratégique de l’Ecole Militaire (IRSEM)


Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

6 thoughts to “« Les perdants radicaux », la nouvelle arme de Daech ?”

  1. Bonsoir,

    @Thomas, connaissez-vous la vie de mahomet – qui a inspirer le coran – ?

    Parce que pour comprendre un livre, il est utile de contraster sa lecture avec la vie de celui en a inspirer son écriture, à défaut de l’avoir écrit.

    Presque tous, et notemment Odon Vallet, pointe le fait que Jesus Christ n’a jamais tué. Et c’est ce que le distingue des autres.

    @Thomas, si vous êtes curieux, je vous recommande de vous documenter quant au kriya yoga.. .|

    Cordialement,
    Julius.

  2. Ah monsieur tomas doit être dans la fonction publique:  » des sous, nous voulons plus de sous !  »

    Animateur socio culturel peut être ? Si c’est ça je comprends qu’il ne veuille pas boucher le tonneau des danaïdes

    Ou infirmier psy peut être ? Tous les joyeux drilles cherchant à jouer au foot avec la tête d’un curé étant bien sûr des déséquilibrés

    parce que cépasalislam , la guerre de Syrie ou de Libye n’étant dues qu’à une journée portes ouvertes ratée des hopitaux psychiatriques locaux.

    Je suis sûr que vous allez voter pour Juppé infirmier en chef.

  3. Aba voila … « le perdant radical » … mais on oublie de dire que tous les perdant radicaux sont issus de la communauté arabo-musulmane, comme par hasard.

    Thèse ridicule.
    Et après ça va être quoi le prochain article ? des agents du mossad déguisés ? comme le disent de nombreux musulmans qui se réfugient dans la théorie de la conspiration pour éviter de voir la vérité de leur religion en face …

    Bon, ce site devient n’importe quoi.
    Je le quitte moi aussi.

  4. C’est assez bien vu et c’est cela le problème: l’islam n’est pas la cause du problème, c’est le désarroi de certaines personnes frustrées dans une société qui cultive toujours plus l’hypernarcissisme, voyez Breivik et l’assassin de Nice. Il sera difficile de lutter contre cela sans augmenter les moyens des services sociaux et des hôpitaux psychiatriques, qui ont dû faire face à de sévères coupes budgétaires dans les années 90.

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