Les révélations fracassantes de l’ancien directeur de la DST Yves Bonnet.

Régis Ollivier – Le 15 août 2019 – Le Colonel 3.0

© Pierre Duriot

Les déclarations fracassantes d’Yves Bonnet dans l’affaire de l’attentat de la rue des Rosiers font couler beaucoup d’encre, et l’on comprend aisément pourquoi. J’ai eu l’occasion de m’exprimer sur « l’insoutenable légèreté » de ce haut fonctionnaire en retraite dans son antichambre de la mort. J’y reviens aujourd’hui.

J’assimile ces révélations à un acte de haute trahison et je pèse mes mots. Lorsque l’on est placé « au coeur du secret d’État » comme l’a été Yves Bonnet durant des années, on ferme sa gueule sur ses secrets et on les emporte avec soi dans sa tombe.

« La vieillesse est un naufrage », c’est bien connu mais il est peu probable que Bonnet soit atteint de sénilité. Provocation ou volonté de faire le buzz à un âge bien avancé. Je n’ose me prononcer.

Je vous laisse imaginer ce qu’il se passerait si tous les hauts responsables du Renseignement français se mettaient à balancer de la sorte le secret des affaires qu’ils ont eu à connaitre…

Je ne juge pas le fond de cette affaire nauséabonde et je me dis que déjà, à l’époque, le pouvoir ne craignait pas d’acheter la paix sociale à travers un pacte signé avec le diable.

Je vous livre ici le texte d’une lettre de Monsieur Éric Ciotti, Député, questeur de l’Assemblée nationale, Président – Fédération des Alpes-Maritimes Les Républicains adressée le 14 août 2019 à Monsieur Emmanuel Macron, président de la République en exercice, sur ce sujet. Une lettre qui pointe plus le fond de cette affaire que les élucubrations de l’ancien Directeur de la DST.

Attentat rue des Rosiers : lettre à Emmanuel Macron :

M. le Président de la République,

37 ans presque jour pour jour après l’attentat de la rue des Rosiers qui fit six morts et 22 blessés, les auteurs de cet odieuse attaque barbare n’ont toujours pas été punis par la justice.

Le 9 août 1982, plusieurs terroristes mitraillèrent le restaurant Jo Goldenberg dans le quartier du Marais, à Paris, ressuscitant la haine antisémite qui hantait encore la France quelques années après la guerre.

Depuis, l’enquête a longtemps piétiné et continue d’alimenter les doutes et la chronique médiatique, alors que les commémorations se succèdent chaque année en mémoire des victimes.

Ce terrible souvenir de l’attentat pour les familles et les proches des victimes, auxquels je pense aujourd’hui, s’accompagne aujourd’hui d’une douleur supplémentaire à travers les révélations fracassantes de l’ancien directeur de la DST Yves Bonnet.

Interrogé le 30 janvier dernier par le juge d’instruction chargé de l’enquête, il aurait affirmé avoir noué un marché non écrit avec le groupe terroriste palestinien Abou Nidal en leur garantissant l’absence de poursuites judiciaires en échange d’un engagement à ne plus commettre d’attentats.

Ses mots sont glaçants: « On a passé une sorte de deal verbal en leur disant: ‘Je ne veux plus d’attentat sur le sol français et en contrepartie, je vous laisse venir en France, je vous garantis qu’il ne vous arrivera rien' », a-t-il raconté aux juges. Si cet accord secret existe vraiment, ce serait alors un vrai scandale d’Etat et une injure à la mémoire des victimes.

Ce pacte insupportable explique-t-il la lenteur et les atermoiements de la justice depuis tant d’années?

Aujourd’hui comme hier, la France a le devoir de refuser de négocier avec les terroristes qui ont abattu de sang-froid des citoyens français. Aujourd’hui comme hier, on ne négocie pas avec les barbares antisémites qui veulent détruire notre pays et notre civilisation.

Aussi je vous demande, Monsieur le Président de la République, d’obtenir la levée du secret défense dans cette affaire et de demander aux autorités concernées de déclassifier les documents nécessaires.

37 ans après cette tragédie notre pays a besoin de vérité et les familles de victimes la réclament logiquement. Le Conseil représentatif des institutions juives de France est intervenu à ce sujet et je soutiens évidemment cette démarche menée par son président Francis Kalifat.

Je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute considération.

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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.