Les think tanks : bras armée de la politique étrangère américaine, le cas de l’Hudson Institute

Par Alexandre Moustafa, le 10/03/2015

STRATPOL

« L’Hudson Institute, think tank parmi tant d’autres, est un exemple atypique des liens entre la société civile néo-conservatrice et le gouvernement américain. Au cas où, le gouvernement américain oublierait ses fondamentaux – à savoir, la « diplomatie des droits de l’homme », maintenir sous dominium l’Europe, afin d’encercler la Russie, ou encore la destruction du Moyen-Orient -, des think-tanks, comme l’Hudson Institute sont là pour le lui rappeler. François Hollande serait ainsi, apprécié par ces va-t-en-guerre américains, notamment car sa fermeté sur « les dossiers syrien et iranien lui a fait gagner un nouveau crédit auprès des faucons de Wahsington et de la communauté juive »[22] selon Kenneth Weinstein. Ainsi, la nouvelle politique étrangère de la France a au moins le mérite de plaire au supérieur américain, dans la mesure où la France est devenue plus néo-conservatrice sur la scène internationale que les anglais. La France semble avoir oubliée qu’elle avait des intérêts propres à défendre, et que ces derniers n’étaient pas américains ».

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Les think tanks sont devenus omniprésents aujourd’hui sur les deux rives de l’Atlantique. Ils produisent des notes, des recherches sur différents sujets et cherchent à influencer au maximum, un gouvernement ou un parti. Ces « laboratoires d’idées » se veulent des lieux d’expertises au dessus des partis.

Les Think tanks et les USA

On comptait environ douze think tanks en 1970, contre plus de 1500 aujourd’hui, cela montre bien l’intérêt qu’ils suscitent dans la société américaine, aussi bien auprès des médias que des hommes politiques. Pour résumer brièvement leur histoire, on compte trois phases de développement des think tanks : D’abord après la première guerre mondiale, où quelques organismes apolitiques sont apparus. D’autre part, après la Seconde Guerre Mondiale, dans un contexte de dissuasion nucléaire et de lutte contre la menace communiste. Enfin, la dernière, à partir des années 1980, entre la fin de la guerre froide et mutation du monde contemporain.

Un des plus connus est notamment la Rand Corporation qui avait pour objectif de développer les capacités militaires des Etats-Unis dans un contexte de guerre froide et de lutte contre la menace communiste.

En 1984, un représentant de l’Heritage Foundation déclara « il y a quatre ans, nous avons lancé une mode ». La concurrence accrue entre les think tanks entraina également une collaboration intellectuelle entre eux. Ces think tanks ont permis l’apparition d’ « experts », c’est à dire un intellectuel hybride, pouvant venir du monde professionnel, comme du monde universitaire. Ces think tanks, au delà de l’influence en fonction des affinités politiques, peuvent servir d’abris fiscal pour de nombreuses sociétés commerciales. Les milieux néo-conservateurs ont bien entendu investi ce créneau, sur des sujets aussi bien économique, que géopolitique, afin de préserver la suprématie américaine dans le monde et de maintenir l’unipolarité. Avant de parler d’un exemple typique de think tank, revenons aux origines des néo-conservateurs, qui ont eu une influence décisive en ce début de XXIe siècle.

Le mouvement néo-conservateur

Ce mouvement de néoconservateur trouve ses origines au sein de la gauche, notamment au sein de militants trotskistes des années 1930, 1940. Après la seconde Guerre Mondiale, ils deviennent démocrates afin de défendre l’idéal démocratique, à cela s’ajoute la lutte anticommuniste. Ils se situaient à l’origine à la droite du Parti Démocrate, et ils glissèrent progressivement vers les républicains pour montrer leurs désaccords vis à vis de l’influence de la New Left Democracy.

Lorsque Ronald Reagan détruit l’ « empire du mal » que représente l’URSS, ils y voient un « messianisme démocratique ».

Le professeur Stephen Walt, politologue à Harvard, précise sur ses néoconservateurs que, « leur inébranlable foi dans l’unilatéralisme de notre politique étrangère, leur défiance absolue envers le monde musulman leur confiance sans réserve dans tout ce que fait Israël, n’ont fait de bien ni à notre pays, ni à l’état du monde. Pourtant, non seulement les candidats républicains ne les considèrent pas comme toxiques, mais on voit même une nouvelle génération de néocons rejoindre les anciens ».[1]

Leur cheval de bataille est la politique étrangère des Etats-Unis d’Amérique, afin de maintenir coûte que coûte ce monde unipolaire.

La fondation de l’Hudson Institute

L’Hudson Institute n’est pas le premier think tank américain, il reste toute fois un groupe de premier ordre, très actif sur les questions de géopolitiques. L’Hudson Institute est fondé par Herman Kahn, qui fut employé de la Rand Corporation, le principal think tank américain, qui fut très actif durant la guerre froide notamment. Il s’imposa d’abord comme géostratège et théoricien des systèmes.

En 1961, Kahn, Max Singer et Oscar Ruebhausen fondent un laboratoire d’idées politiques, l’Hudson Institute. De 1966 à 1968, au plus fort de la guerre du Viêt Nam, Kahn servit comme consultant du Département de Défense et s’opposa aux partisans d’une négociation directe avec le Nord Vietnam

Il aurait un budget annuel de 7 millions de dollars, notamment grâce aux contributions privées ; l’institut est par ailleurs présent dans les grandes villes américaines.

L’Hudson Institute a reçu environ 25 millions de dollars entre 1987 et 2003 de subventions gouvernementales et dons d’autres fondations[2]. Les fondations donnant notamment de l’argent sont la Scaife Foundation, la Shelby Cullom Davis Foundation, the Lynde and Harry Bradley Foundation[3].

Selon son rapport de 2012, 56 % de ses revenues viennent de fondations, 10 % de dons d’individus, 12 % d’entreprises, 8 % de subventions gouvernementales[4].

Il se déclare comme une organisation de recherche publique non partisan dédiée à l’innovation, ainsi que des analyses qui promeuvent la sécurité mondiale, la prospérité et la liberté. Les droits de l’homme sont notamment mis en avant pour en faire une diplomatie « occidentaliste » vis à vis des « dictatures » d’autres continents.

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Alexandre Moustafa est diplômé d’un master 1 en science politique à la Sorbonne. Il est actuellement en Master 2 en Intelligence Économique et rédige un mémoire sur le « Renouveau de l’Influence Russe dans les Balkans, une influence énergétique ». Il est passionné de géopolitique, particulièrement de l’Europe Centrale et de l’Est, ainsi que du Moyen-Orient.

 

 

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