France, Internet, Médias, Revue de presse, Société

LES VOIX DE LEURS MAITRES ou dis-moi la main qui te nourrit et je saurai pour qui tu aboies .

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Francis  Guiraudou, le 16 mars 2017

Le Colonel

 


(La Voix de son maître)

de Francis Barraud (domaine public).

Photo DR


 

Il s’agit ici d’un condensé de florilèges d’articles parus sur internet et se rapportant à la situation des médias en France. L’auteur en a effectué une synthèse en les mettant bout à bout afin d’en sortir un texte à peu près lisibleLe titre seul est de l’auteur.

On y trouve entre autres des articles de :
– de l’Express
– De Laurent MAUDUIT et de ses livres « Main basse sur l’information » l’abominable vénalité de la presse et tiré de son blog : Le réveil
– De Claude BAUDRY (printemps de l’humanité » et de Magali Cohen Laure Ancelin (virée du nouvel obs )


Les médias votent oui, le peuple vote non, le président annule le vote

Lorsque les médias ne parviennent pas à faire voter le peuple dans le sens voulu par l’oligarchie, le pouvoir politique en France n’hésite pas à annuler le vote sur la Constitution Européenne en barrant le vote d’un trait de plume sous la forme d’une nouvelle procédure mécaniquement adoptée par un Parlement aux ordres.

Les journalistes tentent naturellement d’y répondre en niant être de connivence avec l’oligarchie, comme cherche à le montrer l’ouvrage « Média Paranoïa » de Laurent Joffrin qui illustre cet article.

De façon presque comique, Alain Duhamel, qui est employé par Laurent Joffrin en tant que chroniqueur de Libération, se charge de formuler un jugement positif sur cet ouvrage dans un article du Point du 15 janvier 2009. D’après lui et en toute objectivité, l’ouvrage « se caractérise par sa franchise et sa vivacité, par sa clarté et par sa force de conviction ». Il rappelle que les Français ne font pas confiance aux médias français, mais qu’ils ont tort. Il rappelle les « clichés » dont sont victimes les médias : « les médias malhonnêtes travestissant régulièrement la réalité ; les médias conformistes véhiculant une pensée unique ; les médias dépendants, aux ordres des puissances économiques ; les médias connivents, entretenant des relations incestueuses avec le pouvoir politique …»

« Autant d’idées reçues, ajoute Duhamel, auxquelles adhèrent malheureusement une forte majorité de Français, autant d’idées fausses » notamment le cliché de « la manipulation de l’opinion par les médias : y croire, c’est sous-estimer l’autonomie des citoyens ». On se demande du coup pourquoi les éditorialistes et chroniqueurs de France persistent à nous asséner leurs vérités sans avoir l’air de penser une seule seconde que nous sommes susceptibles de ne pas y croire. Ainsi, Alain Duhamel s’exprime régulièrement dans le Point, dans Libération, sur Canal+, sur RTL, sur France 2 et dans la Presse régionale quotidienne, sans avoir peur d’écrire que l’on aurait tort d’estimer qu’une « pensée unique » sévit dans l’univers médiatique.

Mais cette pensée unique, qui n’existe d’ailleurs pas d’après Alain Duhamel, ne s’impose pas toujours. Dans de rares situations, les médias se trouvent dans l’obligation de s’aligner sur l’opinion après avoir tenté en vain de la manipuler. Ces situations présentent l’avantage de montrer clairement que les medias ont pour objectif d’imposer leur opinion et non d’informer leurs publics.

Or, avec le temps, les médias ont été rassemblés au sein de groupes contrôlés par quelques financiers. Les journalistes de leur côté, de peur de perdre leur emploi, sont devenus de plus en plus dociles et ont dû remplacer, de gré ou de force, le souci de l’information par la volonté de commenter les évènements dans un sens favorable au pouvoir.
Pour prendre le cas de la France, les médias sont si étroitement sous contrôle qu’aucun journaliste français n’ose afficher de préférence partisane en dehors du « politically correct » qui correspond en gros à celui de SciencesPo Paris. On l’observe avec limpidité lorsque les journalistes se croient obligés d’interviewer avec une hostilité sous-jacente les représentants du FN, afin d’être disculpés de tout soupçon de complaisance pour des thèses qu’ils qualifient eux-mêmes de « nauséabondes ».

L’arrogance médiatique a pour effet de créer une rupture entre les médias et l’opinion. S’il est impossible pour l’opinion d’être entendue des médias, il est en retour tout aussi impossible pour les médias d’influencer l’opinion, sinon négativement. Si bien que l’on constate de plus en plus souvent que les électeurs votent contre le camp des médias, ce qui pourrait bien expliquer, au moins en partie, les résultats des votes sur la constitution européenne en 2005 jusqu’à l’élection de Trump en passant récemment par le referendum sur le Brexit.
C’est qu’en s’emparant des médias, les financiers, forcément proches du pouvoir, ont fait disparaître la pluralité des opinions, accélérant en conséquence la disparition programmée de l’autorité des médias

Cette autorité est morte, elle ne reviendra plus, l’opinion se forgeant désormais au travers de divers échanges sur Internet, que le pouvoir politique s’efforcera en vain de contrôler.
Les journalistes ne sont plus que des agents publicitaires du pouvoir

Tant que les médias n’auront pas compris qu’ils sont ni plus ni moins crédibles qu’une annonce publicitaire, ils se fourvoieront dans un rôle qui ne leur sera plus jamais reconnu, celui d’intermédiaire entre le pouvoir et les citoyens.
Anne Hommel de l’ombre à la lumière

Elle qui apparaissait toujours en second plan sur les images aux côtés de DSK, de Gasquet, Cahuzac, de Riss et de Philippe Val (Charlie Hedbo), Maïtena Biraben… La liste est longue… Mais bon ce ne sont que des noms.
Gasquet c’est le clan Lagardère, par exemple.

Maïtena Biraben, c’était Bolloré

Adieu République, adieu Démocratie bienvenue dans l’obéissance programmée.
Car l’opinion publique cela se travaille. Cela se plie, se tord, se contourne, se détourne. Bref, le consentement cela se fabrique

Pour mémoire le mot « indépendance » apparaît en 1610. Il se définit clairement comme une « absence de dépendance ».

Entrer dans une rédaction, c’est déjà faire un choix, c’est déjà accepter une ligne éditoriale. Une stratégie, une vision. Par principe de cohérence ou de conformité, on se plie à la règle. Sinon les risques sont là : relégation à d’autres tâches, perte de son job, le traitement retardé du paiement des piges, etc.

Nous « lisons » ce que l’on nous met entre les mains… Vous savez le matin dans l’urgence des transports pour aller au bureau.

La revue de Presse française est un concentrée… Pas d’inquiétude pour qui possède quoi ? Tout est concentré…

Tout est consterné ou consternant…

En d’autres termes, il suffit de savoir quel(s) titre(s) vous lisez, pour savoir à qui votre cerveau appartient ! Ou votre opinion, votre bulletin de vote…
Mais alors comment garantir la liberté de la Presse ? La liberté peut-elle se réduire à la question de son indépendance ?
C’est la question que le Sénat a soulevé à la suite d’un texte adopté au Parlement.
« Jeudi 6 octobre 2016, le Parlement a définitivement adopté la proposition de loi visant à renforcer la liberté, l’indépendance et le pluralisme des médias.
Lundi 10 octobre 2016, au moins 60 sénateurs et au moins 60 députés ont saisi le Conseil constitutionnel sur la proposition de loi visant à renforcer la liberté, l’indépendance et le pluralisme des médias. »

A l’heure du diktat émotionnel, la vidéo envahit la sphère médiatique et les informations sont des titres, des bandeaux qui s’accrochent, se lisent dans les mains, les poches vides d’expression réelle.
L’indépendance c’est perdue dans la tautologie.
Qui détient les lignes téléphoniques, détient l’information !

Qui possède le média, dénonce sa ligne éditoriale, change les équipes, balance des bons mots sur des livres à défendre (normal, ils appartiennent au même groupe)…
Exemple Patrick Drahi (SFR)

« Mais quiconque cherche à démêler l’invraisemblable lacis de holdings, groupes, sociétés, filiales ou sous-filiales de l’empire Drahi se perd dans un organigramme d’une infinie complexité, qui passe par d’innombrables pays et paradis fiscaux, et qui fait l’objet d’incessantes modifications »

les jeux d’influence de Matthieu Pigasse, Alain Minc, DSK, Xavier Niel et de tout ce petit monde de Euro-RSCG (Havas)… N’oublions pas Anne Hommel au milieu de cet univers. N’oublions pas non plus que souvent leur plume est Gilles Finchelstein (directeur de la Fondation Jean-Jaurès -)

Et puis, évidemment, arrive dans quelques pages le chouchou des médias. Le « jeune loup », vous ne voyez toujours pas, attention, il porte rarement des cravates et est « en marche »…
Et oui tout ne serait pas parfait sans cet autre banquier : Emmanuel Macron.

Même Robespierre (qui avait déclaré « la Liberté de la presse doit être entière et indéfinie, ou elle n’existe pas. Je ne vois que deux moyens de la modifier : l’un d’en assujettir l’usage à de certaines restrictions et à de certaines formalités, l’autre d’en réprimer l’abus par des lois pénales ; l’un et l’autre de ces deux objets exigent la plus sérieuse attention » (Cf. p. 316)) amende ses propres convictions le 19 avril 1793 en rétablissant la censure…

L’heure est malheureusement à l’écrasement des consciences, à l’oppression encore plus grande, au prolongement du consentement… Avant la refonte des médias, avant le réveil des plumes engagées, il y aura un long moment d’asservissement moderne. Un esclavage qui ne dit pas non nom : celui des esprits.
les grands médias français sont tombés dans l’escarcelle d’une poignée de milliardaires.

Mais le séisme Bolloré-Niel-Drahi de ces dernières années a achevé ce travail de déconstruction. Nous voici en somme revenu à la presse au temps du Comité des forges.

Pierre Bergé. Cet homme amoureux de la presse venait, quelques mois auparavant, de racheter avec Matthieu Pigasse et Xavier Niel le Groupe Le Monde.

«Aujourd’hui ce sont les milliardaires qui vous informent»
La concentration des médias bat son plein dans le monde et en France. La finance et les grands industriels du CAC 40 investissent dans la presse, dans l’audiovisuel et dans les télécoms.

les quotidiens qui perçoivent le plus d’aides à la presse sont aussi ceux qui sont adossés aux milliardaires de ce pays.

Le phénomène est global. Tous les continents sont touchés par la concentration des médias. En quelques années, de nouveaux acteurs, souvent de l’Internet et des télécoms, de riches industriels sont venus bouleverser l’univers médiatique et mettre la main sur l’information mondiale. Dans son dernier rapport, Reporters sans frontières (RSF), qui estime que la concentration des médias n’a jamais été aussi forte dans le monde, relève qu’aux États-Unis, 6 groupes (GE, News Corp, Disney, Viacom, Time Warner, CBS) possèdent 90 % des médias. Ils étaient une cinquantaine de « compagnies » en 1983.

En France aussi, selon ce rapport, une poignée de milliardaires contrôle 90 % des médias. De nouveaux acteurs, aux stratégies d’acquisition très agressives, ont fait leur apparition comme Vincent Bolloré, Xavier Niel ou Patrick Drahi. 57e fortune mondiale, 3e française, Drahi pèse plus de 20 milliards d’euros. Le chiffre d’affaires du groupe Altice, qu’il a fondé, représentait, en 2014, 13,5 milliards d’euros. À la tête du câblo-opérateur Numericable, l’homme d’affaires a acquis l’opérateur SFR, mis sur le marché par Vivendi, multiplié les rachats dans le câble, la téléphonie mobile et l’Internet. Et le groupe, par l’intermédiaire de sa filiale Altice Media Group, est devenu l’un des principaux acteurs financiers du marché de la presse et des médias. L’Express, l’Expansion, Libération… une vingtaine de magazines sont passés sous sa coupe. BFMTV, RMC, du groupe NextRadio, suivent le chemin qui mène à Drahi, lequel poursuit ses emplettes à coups de réduction des coûts et de plans sociaux, tout en s’endettant (40 à 45 milliards d’euros). Le résident suisse possède la chaîne d’information israélienne i24news, basée à Tel-Aviv, dont le patron des rédactions est aujourd’hui Paul Amar, ancien journaliste de la télé française.

« Aujourd’hui, en France, avance Michel Diard, journaliste, docteur en sciences de l’information et de la communication, cinq des sept quotidiens nationaux sont la propriété de quatre des dix plus grandes fortunes du pays : la première (Bernard Arnault) contrôle les Échos et le Parisien, la cinquième (Serge Dassault), le Figaro, la sixième (Patrick Drahi), Libération, la dixième (Didier Niel), le Monde ; seuls la Croix et l’Humanité sont indépendants des milieux industriels et financiers. Le constat ne s’arrête pas aux quotidiens nationaux ; l’audiovisuel privé (chaînes de télévision et de radio), la presse magazine et la presse spécialisée sont contrôlés par des conglomérats industriels ; la presse régionale est, elle, sous l’étroite dépendance des banques, le Crédit mutuel et le Crédit agricole essentiellement. »

Les faits de censure et d’autocensure se multiplient
Depuis le rachat du Figaro par l’avionneur Serge Dassault en 2004, puis, en 2007, des Échos par le leader du luxe Bernard Arnault, on a changé d’époque. Arnault rachète Investir, le Monde de la musique, Radio Classique, puis, plus récemment, le Parisien-Aujourd’hui en France au groupe Amaury. Un trio d’actionnaires – Pierre Bergé, Xavier Niel et Matthieu Pigasse – va, lui aussi, faire parler de lui en investissant 110 millions d’euros dans le rachat du Monde. Niel, le fondateur de Free, et Pigasse, codirecteur de la banque Lazard et propriétaire des Inrockuptibles, se joignent au milliardaire Pierre Bergé pour acquérir le Monde, qui a déjà mis la main sur les publications de la Vie catholique (Télérama, la Vie). Le Monde acquiert avec sa nouvelle équipe le Nouvel Observateur, devenu depuis l’Obs, ainsi que Rue89.

Les plus grands magazines français, l’Express, l’Obs, le Point, Paris Match, appartiennent tous à des milliardaires, dont certains vivent de commandes de l’État et sont proches des pouvoirs. Parmi eux, Vincent Bolloré, l’homme qui a prêté son yacht, le Paloma, à Nicolas Sarkozy juste après l’élection présidentielle de 2007. Bolloré est aujourd’hui à la tête d’un groupe diversifié qui fait aussi bien dans la voiture électrique, le commerce en Afrique ou dans les médias. Vincent Bolloré est devenu le premier actionnaire de Vivendi, en a pris la présidence du conseil de surveillance, avec elle celle de Canal Plus. Dès sont arrivée, il ne s’est pas privé de mettre son nez dans les programmes et a renouvelé quasiment toutes les directions. Les Guignols sont passés en crypté, avant une mort prochaine. Des têtes tombent ou vont tomber, comme celle de Patrick Menais, le M. Zapping, coupable d’avoir passé des extraits d’une enquête sur l’évasion fiscale du Crédit mutuel, diffusée sur France3 après avoir été interdite sur Canal Plus. Le magazine Spécial Investigation voit également nombre de ses sujets retoqués. Aujourd’hui, comme le dit Michel Diard, ex-secrétaire général du SNJ-CGT, ce sont « les milliardaires (qui) vous informent ».

D’une petite cour de vedettes vendues aux actionnaires, qui s’agitent sur les plateaux télévisés ou dînent au « Siècle ».

Au début des années 2000, les cadres du journalisme lisaient parfois encore Faulkner, tandis que depuis 2010, ils regardent The Voice – insistant par là sur la chute vertigineuse de l’exigence intellectuelle dans les rédactions.

Ces dernières années, avec l’arrivée d’un nouveau type d’actionnaires dans les médias, cette dégradation s’est accélérée. Je ne parle évidemment pas seulement des actionnaires du « Monde Libre », Xavier Niel en premier lieu, mais également de Patrick Drahi ou Vincent Bolloré, entre autres.

Il est impressionnant de constater à quel point le profil des cadres promus dans leurs titres a changé, ce qui montre au passage que la soi-disant étanchéité entre actionnariat et contenu éditorial y est largement bidon. Ceci est lié à plusieurs facteurs. Ces groupes industriels, dont le cœur de métier n’est pas la presse, privilégient l’idéologie managériale aux contenus, et les fondés de pouvoir qu’ils nomment, animés par le souci de « plaire au maître », adoptent les mêmes tics mentaux qu’eux.

On est passé du grand patron de presse à l’idéologie bien affirmée à des actionnaires voraces, en fait. Des mecs fascinés par « le progrès » et tout ce qui dissimule le néolibéralisme le plus classique.

Au sens large, il s’agit en effet d’imposer une vision libérale du monde, où la casse sociale la plus sordide se voit réenchantée en modernité ubérisée, de promouvoir un monde fluide, pseudo-innovant, sans alternative. Il s’agit également d’infuser dans le milieu du journalisme de nouvelles méthodes de « management », importées d’autres univers, comme celui de la banque.
Cette « vision libérale du monde », comme vous dites, est quelque chose de pernicieux, de dépolitisé, qui ne s’assume jamais en tant que tel.
la grande limite de ce système de prédation, c’est que dès que ce genre d’actionnaires s’empare d’un média, il est détruit en quelques années.

Pour Le Monde, ça ne se voit pas encore, parce que pour ses actionnaires il est le « joyau de la couronne », au détriment des autres titres du groupe qu’ils laissent péricliter (L’Obs), ou dont ils siphonnent les caisses (Télérama)
Que vous preniez la presse de Drahi ou le groupe Le Monde Libre, on tombe à chaque fois sur des catastrophes industrielles : la base d’abonnés de L’Obs s’est effondrée depuis son rachat en 2014, une vraie chute libre désormais. Ne parlons pas de Canal+ : avec plus 500 000 abonnés en moins depuis l’arrivée de Bolloré, on est dans la dinguerie, là.
À terme, je ne pense pas que Le Monde puisse être une réussite économique, même si pour le moment, jouer la carte « quotidien de référence » s’avère bien sûr un recours efficace. À cet égard, sa dernière innovation, Le Décodex…

Comment les journalistes d’un groupe appartenant à deux milliardaires issus du luxe et des télécoms et un banquier d’affaires peuvent-ils se penser bien placés pour décerner des points de bonne conduite intellectuelle à qui que ce soit ? Comment peut-on notamment attendre d’un tel titre qu’il promeuve des idées dérangeantes ?

Le cas des Crises, l’un des rares sites alternatifs en ce qui concerne les affaires internationales, est particulièrement évocateur. Son approche de la crise ukrainienne, à rebours de celle du Monde qui est plus ou moins réglée sur celle d’un Bernard-Henri Lévy, lui a sans doute valu cette mise à l’index. Ne peut-on pourtant dire que ce dernier, BHL, est l’un des principaux propagateurs de fake news des vingt dernières années en France ? Souvenez-vous du nombre d’erreurs factuelles relevées par la presse américaine dans Qui a tué Daniel Pearl ?, souvenez-vous des contrevérités brandies par ce personnage pour justifier une intervention guerrière en Libye.

Dans une telle presse, il y a une pensée autorisée, et une pensée interdite.

Les journalistes chargés de mettre en place le Décodex ont-ils le cadre intellectuel suffisant pour déterminer ce qu’on a le droit ou non de penser sur des situations aussi mouvantes et complexes que celle qui règne aujourd’hui en Syrie ? Qu’un groupe comme Le Monde demande à des journalistes de desk, pour certains issus de sites d’infotainment, de dire la messe sur des affaires aussi importantes est en soi un symptôme. Je plaide à leur égard l’indulgence, ce n’est décidément pas de leur faute… Compte tenu de l’énormité de ce qu’on leur demande, que peuvent-ils faire sinon reprendre la doxa officielle ?

Un phénomène politique comme Emmanuel Macron est l’émanation politique directe de cette presse-là, prétendument neutre et « objective », ni-de-droite-ni-de-gauche, mais qui mène en réalité des opérations idéologiques très agressives. Imaginez : on a tout de même là un ancien banquier d’affaires chez Rothschild, hier encore secrétaire général adjoint de l’Élysée, et qui s’érige désormais en candidat antisystème. Hormis sur les réseaux sociaux, qui dans les grands médias est là pour dénoncer sérieusement la profondeur de cette imposture ?

Sur tous ces points, des philosophes comme Jacques Rancière sont perçus comme de vrais dangers publics, car ils dévoilent le mensonge constitutif de notre système démocratique. Pour Rancière, le summum de la dépossession du citoyen aujourd’hui, c’est la présidentielle, alors qu’on nous rebat les oreilles en permanence dans les médias avec ce soi-disant « point culminant » de notre démocratie, et qu’on culpabilise sempiternellement les abstentionnistes.

On peut espérer que les lecteurs soient les juges de paix, au final. Nous approchons du moment de rupture, tout peut s’effondrer très vite. Comme je vous l’ai dit, économiquement parlant, ça ne marche pas ! Le système entier s’est enrayé : le business de ces tycoons obsédés par le business est un désastre, avouez que c’est assez ironique

On observe une grande homogénéité idéologique dans le milieu journalistique, où les gens passent d’un titre fièrement néolibéral à un titre dit « de gauche » sans ciller.

On peut avoir à assister à de « faux débats », à des semblants d’adversité entre gens qui partagent en réalité le même flux de convictions. Dans la mesure où les vrais opposants n’ont en réalité que très peu droit à la parole, ou même pas du tout, le système sécrète de faux rebelles. Ce n’est pas nouveau.

Le succès de ce qu’on a appelé les « nouveaux philosophes », à partir de la fin des années 1970, vient de là. Un tel logiciel de pensée a permis pendant quarante ans de prendre des postures engagées, de recycler l’esprit soixante-huitard, tout en adoptant des positions en réalité totalement conformes à l’ordre établi – en tenant le plus possible à distance la question de l’injustice sociale par exemple.

Bon, aujourd’hui ils sont largement discrédités, mais on essaie toujours de renflouer cette vieille affaire avec des figures plus fraîches comme Raphaël Glucksmann. Là, la ficelle est d’autant plus grosse qu’il s’agit du fils même de l’un desdits « nouveaux philosophes ». Mais au-delà de ce lien familial, c’est troublant de voir à quel point ce dernier pioche dans le même sac de farces et attrapes que ses aînés : l’indignation permanente, le chantage sentimental, le cri de révolte à échéance fixe.

Une indignation à géométrie tout à fait variable qui plus est, car on l’entend beaucoup moins sur Florange que sur l’Ukraine ou la Syrie par exemple. Quand je l’ai aperçu en une de M Le magazine Le Monde, je me suis dit qu’une opération de renflouage de ce genre était en cours. Ce n’est pas réjouissant.

Mais j’ai une mauvaise nouvelle pour tous ces gens qui font aujourd’hui encore le pari du boniment humaniste : ça ne marchera pas. La dégradation du pays est telle que rien n’arrêtera désormais le tsunami de merde qui pointe à l’horizon. La symétrie avec la situation américaine est d’ailleurs assez frappante.

Quand on observe les violentes diatribes dispensées des mois durant par le New Yorker ou le New York Times au sujet de Trump… Tout cela n’a eu aucune prise sur l’élection, bien au contraire. Je crains qu’il n’en aille exactement de même en France. Et le jour où la catastrophe électorale se produira, les médias mainstream en porteront largement la responsabilité.

 


Ce contenu n’engage que la responsabilité de l’auteur.

 


 

About the author / 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l’Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST – Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales – INALCO Paris. Ex-DGSE.

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