L’Espagne ne peut plus qu’accepter la sécession ou déployer l’armée

Par Stratediplo, le 16 août 2017

Le Colonel

 

 

Devant le risque d’escalade, le gouvernement français a déjà été avisé, en mai dernier, de dédier une cellule au suivi de l’évolution de la situation.

 

 

 

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Hier 15 août le Parti Populaire au pouvoir en Espagne a reconnu ce que les lecteurs de la Neuvième Frontière savaient déjà, en l’occurrence que le gouvernement espagnol ne tentera pas de recourir à l’article 155 de la constitution car il en a laissé passer les délais pratiques. Il n’y aura donc pas de prise de contrôle institutionnel des autorités catalanes par intimations formelles et tutelle de fait. Pour mémoire, les sondages indiquent qu’au cas où le referendum se tiendrait sans l’approbation du gouvernement espagnol, c’est le choix de l’indépendance qui l’emporterait, contrairement à ce qu’il en aurait été si le gouvernement avait accordé la tenue dudit referendum. Certes jusqu’au décompte des résultats rien n’est joué, et les prières des Catalans anti-indépendantistes peuvent être exaucées. Mais en tout cas le gouvernement espagnol s’est pour sa part limité à l’alternative, en cas de victoire indépendantiste, entre l’acceptation de la sécession et le déploiement militaire, après déclaration de l’état de siège par le parlement en application de l’article 116 de la constitution.

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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

5 thoughts to “L’Espagne ne peut plus qu’accepter la sécession ou déployer l’armée”

  1. Yves, sur la question du déploiement de l’armée je vous renvoie à mon article http://www.stratediplo.blogspot.com/2015/11/cessons-de-compter-sur-larmee_16.html. Bien que ce soit temporairement possible puisque ça a été fait, d’une part c’est inutile et dangereux et d’autre part cela détruit ce qui reste d’armée. Mais je vous renvoie surtout à mon Septième Scénario pour découvrir tant les capacités actuelles de l’armée française résiduelle que la gravité de la confusion entre les problématiques de défense et de sécurité. Quant au royaume des Espagnes, en se formant à la fin du XV° siècle il n’a pas « donné de liberté » à ses provinces, mais ce jeune royaume a mis du temps à confisquer les libertés des pays qu’il a incorporés, et ne l’a fait totalement qu’en 1714-1716 ; là je vous renvoie à ma Neuvième Frontière qui détaille cette construction. En France au contraire les systèmes institutionnels et codes civils distincts furent respectés par l’Etat royal, et l’uniformisation totalitaire est l’oeuvre de la Révolution qui a commencé par abolir les provinces, leurs parlements et systèmes légaux, et les statuts particuliers des villes, à la fin du XVIII° siècle, et qui poursuit aujourd’hui encore l’éradication des peuples. L’enjeu majeur que vous évoquez par « centralisé ou décentralisé » est largement étudié dans la Neuvième Frontière, sous l’angle de la résistance des peuples à la nationalisation depuis deux siècles et à la supranationalisation depuis un demi-siècle. Plus circonstanciellement, j’y explore aussi la relation entre l’Union Européenne et la Catalogne, qui apparaîtra au grand jour l’année prochaine. Je vous remercie de diffuser mes travaux.

  2. Oui, mais pour la population, mettre des militaires c’est comme faire en France, c’est possible et justifiable; de plus et c’était l’idée que j’émettais: préparer la sécession ou préparer justement sa non réalisation.

    Je n’ai pas autant de savoir que vous ainsi ne m’en veuillez pas de trop de dire n’importe quoi mais l’histoire de l’Espagne est celle d’une royauté, une royauté qui donna une large liberté, indépendance juridictionnelle, à toutes ses provinces. Inverse à la France.
    Ce n’est pas le gouvernement espagnol qui est contre la sécession de la catalogne mais les autres provinces à l’exception de 2 traditionnels résistantes.
    Et en général c’est la majorité qui l’emporte à moins qu’un ou plusieurs gouvernements étrangers veuillent avancer leurs pions donc mettre leur nez dedans … il y a aussi l’europe qui serait tenter de jouer l’indépendance pour montrer à toutes les provinces d’europe une voie possible, pour obtenir de leurs citoyens respectifs une vision d’un possible européen; à ce sujet, je serais curieux de savoir si la catalogne serait prête à donner une dime à l’europe ? cela signifierai donc qu’il se détache d’un ensemble pour rejoindre un autre ensemble, ce serait donc non pas une sécession mais une conquête d’un gouvernement européen non élu. Enfin si l’on regarde les choses de manière inverse.

    Les enjeux sont gros, se joue là le dénouement européen du XXI siècle. Dénouement dans le sens centralisé ou décentralisé.

    Voilà, merci stratdiplo pour les analyses, je les partage autour de moi.

    Cordialement,
    Y.

  3. Barcelone est la deuxième ville d’Espagne et la Catalogne a un taux d’adhésion à l’idéologie Emeraude (selon mon expression dans le Septième Scénario) de 50% supérieur au reste de l’Espagne, ce qui explique d’ailleurs que, bon an mal an, 70 à 80% des arrestations de « radicalisés » (pratiquants à la lettre) effectuées en Espagne le soient en Catalogne, par la police catalane. J’ajoute que l’application de cette idéologie dans la rue n’est pas un problème militaire, comme je l’ai écrit dans le cas de la France, et ne justifie donc pas le déploiement de l’armée.

  4. Sur Bfm, tout à l’heure, j’ai appris un truc: Barcelone est là ou il y a le plus terroristes … J’ai de suite pensé aux réflexions de stratdiplo en me disant pour éviter la sécession il y a fallait l’armée et les terro la justifiait …
    Je serais curieux de connaître le dessous des cartes de tout ceci.

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