LETTRE 14/10 : LES CHEFS MILITAIRES DOIVENT PARLER

Association de Soutien à l’Armée Française (ASAF)

Le 15 octobre 2014

 

Unknown

 

 

L’ASAF, au travers de cet excellent billet prend position. LCA approuve et partage. Ce billet vient à point nommé en complément de mon billet de ce jour : Budget Défense : Stop ou encore?  //RO

 

Ils vont le faire prochainement, comme tous les ans, à l’occasion de leur audition par les commissions parlementaires de la Défense. Mais leurs propos ne seront guère connus, à moins que les médias ne les invitent à s’exprimer sans « langue de bois » sur les missions que remplissent nos forces en opération, leurs capacités, leurs insuffisances et leur moral. Les chefs d’état-major en ont la légitimité, la compétence et aujourd’hui le devoir, tant la situation de nos unités est critique. Ils en ont aussi le droit. C’est ce qu’a rappelé monsieur Kader Arif, secrétaire d’Etat aux Anciens combattants, en réponse à une question posée par l’ASAF à ce sujet.

Pourquoi parler aujourd’hui ?

L’armée, bien que très appréciée, est méconnue de la Nation et la suspension du service national est loin d’en être la seule cause.
Depuis 30 ans, l’armée n’a cessé de se contracter comme peau de chagrin au point, qu’aujourd’hui, plus d’un tiers des départements n’a plus de garnison ! En 10 ans, entre 2009 et 2019, terme de la loi de programmation militaire en cours, l’armée professionnelle aura perdu 80 000 personnes soit le quart de ses effectifs.
Simultanément les multiples engagements opérationnels contribuent à accentuer les méfaits de cette désertification militaire par l’absentéisme qu’ils induisent dans les garnisons.
Enfin, les restrictions financières se traduisent par une paupérisation des unités telle que, pour la plupart d’entre elles, les colonels n’ont plus les moyens d’accueillir les groupes scolaires ou de cadres civils qui désirent connaître et comprendre le fonctionnement de leur régiment ou de leur base.
Dans ces conditions, ne soyons pas surpris que les échanges avec la population et la connaissance réciproque civilo-militaire soient hélas parfois réduits à néant.Cette situation est renforcée par le silence médiatique qui entoure le volet militaire de nos engagements extérieurs au nom d’un pseudo « secret défense ».
Comment les Français peuvent-ils comprendre ces opérations et leur justification en une minute au journal de 20 heures, au cours duquel leur est présentée la vidéo d’un tir guidé laser en Irak, ou l’explosion d’une roquette tirée par un hélicoptère d’attaque Tigre au Mali ?Et s’ils ne comprennent pas ce qui se joue « là-bas », comment peuvent-ils soutenir leur armée ?
Pourquoi n’y a-t-il plus aucun reportage sur la RCA où la France engage plus de 2 000 de ses soldats dans des conditions souvent « acrobatiques » ? Pourquoi ne pas annoncer et commenter davantage les succès de nos forces au Mali ?

Les chefs militaires doivent parler car ils en ont la légitimité

Ce sont eux qui commandent les soldats dans les opérations et engagent éventuellement leur vie. Ils connaissent les réalités opérationnelles, les forces et les faiblesses de notre armée mieux que quiconque. Ils connaissent bien les hommes et les femmes qui sont sous leurs ordres car, au cours de leur carrière, ils ont tous partagé pendant plusieurs années leur quotidien, leurs souffrances et leurs sacrifices.
Par ailleurs, les hauts responsables militaires ont une vision à long terme de leur action ; ils ne sont pas soumis à des échéances électorales à très court terme… Ils savent aussi qu’avec la conduite d’opérations qui s’inscrivent dans la durée, la préparation du futur à horizon de 20 ou 30 ans est une préoccupation majeure. C’est d’autant plus vrai que leur formation est nourrie par une expérience de trois décennies de service, et que la vie des matériels majeurs s’étend sur près d’un demi-siècle.

Les chefs doivent parler car il y a urgence

Une armée est d’abord un corps hiérarchique dans lequel chacun remplit sa tâche en toute confiance. Cette dernière s’acquière, se développe et se renforce, dès le temps de paix, dans la vie quotidienne, lors de l’instruction et l’entraînement. Le subordonné doit avoir toute confiance dans son chef et réciproquement. C’est à l’aune de cette confiance réciproque que se mesure la valeur d’une troupe ou d’un équipage.
Or, la situation est aujourd’hui si critique que la confiance est menacée.
L’armée, que les réorganisations successives et incessantes ont tronçonnée, complexifiée et affaiblie, doute d’elle-même. Méconnue de l’opinion, sans cesse pressurée sur le plan des effectifs, contrainte excessivement sur le plan financier et pourtant employée à 120%, comme l’a rappelé récemment le chef d’état-major des Armées, elle perd confiance dans ses chefs qui souvent, avec les nouvelles structures et contraintes, ne peuvent plus résoudre les problèmes de leurs subordonnés qui relèvent en principe de leur responsabilité.
Le commandement pourrait se trouver ainsi rapidement contesté et voir s’estomper la confiance de la troupe s’il n’obtient pas des améliorations rapides dans les domaines des conditions de vie et de travail.

La situation est bien plus grave qu’il n’y paraît

L’état des armées présente à court terme un tel risque d’implosion qu’il est urgent d’arrêter la spirale infernale qui menace leur cohésion.
Parce que la classe politique continue d’ignorer les besoins réels de son armée, il appartient aux chefs militaires de l’expliquer à l’opinion. Cela n’effacera en rien la responsabilité personnelle des dirigeants politiques.
Le haut commandement se doit donc d’intervenir avec force et clarté pour que les Français prennent conscience de la gravité de la situation, faute de quoi ceux-ci la découvriront lors d’évènements graves, dont la résolution nécessitera alors, une armée robuste et disciplinée qu’ils n’auront plus !

LA REDACTION

En savoir plus ici

Illustration LCA. Photo : L’armée française repart en guerre
ndf.fr

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

3 thoughts to “LETTRE 14/10 : LES CHEFS MILITAIRES DOIVENT PARLER”

  1. Les forces armées ont atteint un tel niveau si bas dans leur format , qu’il est temps désormais que s’expriment , c’est leur devoir, les plus hauts dignitaires militaires de l’état. Que ce soit l’effectif des trois armes où le volume des matériels et des équipements, nous battons les records jamais atteints en terme de capacité. La Marine a perdu un porte-avions, cinq frégates ASM sont opérationnelles actuellement sur 10 en 1990 ; alors que la menace sous-marine se précise. Les patrouilleurs qui assurent la surveillance et le contrôle des zones maritimes outre-mer sont désarmés mais pas remplacés. la flotte de soutien est vieillissante ; les quatre pétroliers ravitailleurs de moyen tonnage ne sont plus aux normes internationales qui imposent une double coque aux navires transportant des produits pétroliers. La loi de programmation militaire 2014/2019 ne prévoit pas le remplacement de ces unités. Bref, notre Marine, l’une des plus efficiente du monde est en déclin malgré l’arrivée prochaine des premières FREMM dont le programme a été ralenti pour cause d’économies budgétaires et à ce propos, on n’est plus sûr du nombre qui seront effectivement commandées , il était descendu à 11 sur 17 . Le chef d’état-major de la Marine estime que nous avons sauvé l’essentiel. Rendez-vous compte, on parle d’outil de défense de notre pays , le thème prioritaire dans ce monde d’innombrables menaces. Depuis des dizaines d’années le renouvellement des matériels prévus n’a jamais vraiment été honoré. On n’a prêté aucune attention légitime à la défense et d’ailleurs, au cours des campagnes électorales, jamais un débat n’a été inspiré par les candidats présidentiels, ce n’est pas un sujet qui mobilise les électeurs parce que personne ne veut en parler. Notre patrie est en danger, il faut un plan d’urgence pour équiper nos forces avec les moyens qu’elles réclament. J’évoquais le second porte-avions, sa construction nécessiterait un budget de près de 3 milliards, lissé sur 7 ans , c’est un projet prioritaire et tout-à-fait réalisable si l’on compare cette dépense vitale avec les frais occasionnés par le train de vie professionnel de nos divers élus du peuple. Oui les grands chefs militaires doivent s’exprimer, c’est le moment dans les circonstances tragiques actuelles. Mais il est évident que les risques d’une mise au placard existent, l’exemple du général de gendarmerie , déplacé à la suite de ses déclarations sans langue de bois devant la commission sur l’insécurité de l’assemblée nationale, témoigne des dangers de dire les vérités qui ne sont pas en adéquation avec les bonnes notes des sondages. Espérons encore une prise de conscience politique sur un sujet capital mais encore une fois, qui ne tracasse pas nos concitoyens trop préoccupés par leurs soucis quotidiens. Il faut cependant leur expliqué que nous vivons dans un monde imprévisible et qu’il est nécessaire de se doter d’une force armée de forte capacité si l’on veut préserver pour nos enfants, la liberté et des espoirs de prospérité.

  2. – Parler certes, mais pour quoi dire? Tout n’a t-il pas été dit? Si l’on parle des généraux, ceux qui sont en poste font le job et boiront la coupe jusqu’à la lie, ceux qui sont hors cadre ou à la retraite s’agitent, pérorent comme nous le faisons tous, pour un résultat qui, je le crains, restera sans effet. Reste ceux qui ont les mains dans le cambouis, les chefs de corps, commandants de navire et d’escadrons de l’air – je doute qu’ils parlent – deux ans à tenir, c’est jouable et de toutes façons en acceptant le poste ils ont signé fidélité et bouche cousue – Les CDU? De leur réussite dépend leur future carrière.. Reste les sans grades, ceux-là, sont de facto, exclus du débat.
    Alors? Attendons les prochaines élections, sauf que quel que soit le gouvernement personne n’osera s’attaquer au chantier de reconstruction, trop cher, trop vaste, trop tard. Reste une p’tite guerre. Pour ma part, en excluant le fait qu’elle ne devrait pas être trop grosse, j’estime qu’il serait préférable de ne pas la souhaiter, en tout cas sous sa forme conventionnelle..On risquerait d’appeler nos amis yankies au secours, comme d’hab.
    Je n’ai pas en l’état de solution à proposer, mais je suis preneur de toute idée intelligente – qui coûterait pas chère – cela va de soi.

  3. On dit que la nervosité est une armée sans chef.

    Aujourd’hui, on pourrait dire que l’incompétence (socialiste) est une arme de stérilité massive braquée contre la défense nationale des Français.

    Logique ! Le néant n’a pas de Patrie !

Les commentaires sont clos.