Lettre ouverte aux femmes et hommes politiques de mon pays

Mohamed Kasdallah, militaire à la retraite

Le 21 juin 2016 – Leaders


Cette lettre ouverte ne s’adresse pas à nos femmes et hommes politiques français Mais j’espère qu’ils en prendront connaissance. Celle-ci nous vient de Tunisie et émane d’un militaire à la retraite qui brosse un sombre tableau de la situation et de celles et ceux, que certains appellent de manière inappropriée les élites nationales, qui sont aux commande de ce pays. Mais d’élites il n’y a point. Partout le même constat face à l’impéritie des élu(e)s, ici ou ailleurs. Toute ressemblance avec un autre pays ne serait que pure coïncidence. Cet ex-militaire sera-t-il passé par les armes ? L’histoire ne le dit pas. Saluons son courage de s’exprimer à visage découvert. //RO


 

 

Mesdames et Messieurs politiciens

Il est peut-être inutile de vous rappeler l’indignation, la tristesse et la peur des tunisiens de l’irresponsabilité dont vous faites preuve en tous lieux, en tous temps et en toutes actions, ainsi que du rôle de générateurs du chaos dans lequel vous excellez et qui menacent sérieusement notre pays tout entier.

Ce qui est certainement utile, en revanche, et pour la sauvegarde de la Tunisie, c’est d’admettre l’urgence de changement pacifique inéluctable de ces décideurs de l’ombre ou apparents, faiseurs de rois, de fortunes et de carrières dont vous politiciens , par ignorance ou stratagèmes, vous êtes des exécutants raffinés pour assurer l’animation du chaos.

Aujourd’hui, Mesdames et Messieurs politiciens, vous n’avez pas de quoi pavoiser ou d’être fiers en menant le pays au bord du gouffre. Ce pays, jadis respecté, est en train de patauger dans les méandres des pays mal vus et son peuple livré, mains et pieds ligotés, à la dépendance et à l’assistanat. De vos actions, de vos propos et de vos tâtonnements, il ressort tristement que pour vous l’«avenir» du pays est synonyme simplement d’horizon électoral à cause, sans doute, de pauvreté morale et de cupidité qui sont des traits communs qui vous caractérisent et qui vous unissent plus que le Pays qui vous a pourtant tout donné.

Plusieurs experts de renoms soutiennent mordicus que les difficultés du pays d’aujourd’hui ne sont pas le résultat d’options politiques ou idéologiques mais de l’incompétence et ses conséquences désastreuses de ceux qui font de la politique dans leur majorité.

C’est justement par ce comportement, la Tunisie donne l’impression qu’elle a été mal faite et elle est appelée à être refaite. On ne sait quand ni à quel prix, mais presque tout devra être refait un jour. Surtout dans la tête, l’esprit et les idées des tunisiens car c’est là que les grands dégats ont été causés . C’est par là qu’il faut nécessairement commencer.

Toutefois, Mesdames et Messieurs, il faudra au préalable avoir répondu à une question essentielle: Est-ce que la classe politique veut effectivement faire sortir le pays de ce marasme ? Si c’est oui, ce que vous faites actuellement n’est pas la bonne façon d’y parvenir et il est urgent de changer d’optique et d’opérateurs; si c’est non, il faut laisser faire jusqu’au jour où nous nous retrouvons colonisés de nouveau.

La Tunisie actuelle est un exemple vivant où l’État déliquescent se caractérise par la généralisation de la corruption et la kleptocratie; le paternalisme (l’omniprésence d’un chef) et le culte de la personnalité; l’émiettement du pouvoir entre plusieurs pôles décisionnels dont les deux principaux partis de la coalition.

Pendant ce temps, la population quant à elle subit de plein fouet les cinq grands maux de la société: la perte de la morale collective; la violence qui devient l’instrument privilégié de règlement des conflits entre les individus, entre les groupes d’individus voire même entre les groupes d’individus et l’État; la généralisation de la corruption; l’indifférence et le fatalisme; l’avènement du banditisme et l’insécurité généralisée.

Ce diagnostic sévère n’est pas fortuit et correspond bien au statut-quo et à la réalité typique de la Tunisie d’aujourd’hui. Les différents événements politiques vécus depuis le début de la révolution, prouvent amplement le déficit flagrant de compétence et de conscience de cette «classe politique» tunisienne dans sa majorité.

Mesdames et Messieurs politiciens

Osez faire un diagnostic sérieux et impartial; regardez autour de vous et citez-nous un seul secteur qui n’a pas été atteint par la gangrène de la corruption et les méfaits du reste des maux de la société; cherchez à la loupe, vous ne trouverez pas.

À l’exception de l’Armée qui incarne une crédibilité certaine par sa discipline, son savoir-faire et son savoir- être responsables, respectables et respectueux. Il faut se l’avouer, le reste des institutions et particulièrement les partis politiques, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition sont animés par un militantisme affairiste et spéculateur, dont il est facile de réaliser l’étendue nuisible de ses effets.

Au rythme où vont les choses, on est tenté de croire que le pays s’en va à vau- l’eau. Il se dirige tout droit vers le mur. Des voix de plus en plus nombreuses ne cessent d’avertir de la présence de ce fameux mur et à prévenir que notre trajectoire allait nous le faire percuter de plein fouet. Et pourtant, on continue de se comporter comme si tout allait pour le mieux dans le meilleur des pays.

En haut lieu, l’exécutif s’apprête à subir un lifting imposé et il est attendu de ce lifting, même partiel, une cohérence, à tout le moins, avec des hommes nouveaux capables d’apporter un second souffle à un gouvernement qui patine faute de vision à court et moyen terme. Mais l’expérience nous montre qu’il ne sera malheureusement pas le cas et c’est le clientélisme qui aura prévalu sur le bon sens; autrement dit, le calvaire se poursuivra.

Le simulacre de concertation sur ce changement des hommes n’aboutirait pas à grand chose; car on aura puisé dans les archives et on reprend les mêmes et on recommence.

Notre cas rappelle celui de l’embarcation mise en péril par la folie d’un passager: Des gens s’étant embarqués ensemble, chacun dispose d’un coin dans cette embarcation. Or l’un d’eux se mit à cogner dans son coin avec une hache sur la paroi de l’embarcation. Ses compagnons lui demandèrent: Que fais-tu là? il répondit: C’est ma place, j’y fais ce que bon me semble!

Ce bon sens devrait normalement vous inviter, Mesdames et Messieurs , à plus de sagesse .


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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

6 thoughts to “Lettre ouverte aux femmes et hommes politiques de mon pays”

  1. Que rajouter a ce déferlement de vérité ? RIEN ! Tout est terriblement exact ! Nous sommes gouvernés par des satrapes qui se remplissent les poches et celles de leurs amis !
    Mais foint des promesses électorales qui n’engagent que ceux qui y croient !
    JE SUIS DEGOUTE !

  2. Bonjour Colonel. Hors sujet et vous en demande pardon, mais pouvez-vous de grâce, nous concocter un petit billet sur le big bazar que va engendrer la sortie du Royaume Uni de l’UE ?

    Independance DAY çà se fête (moi c’est fait) et ça se discute pour l’Avenir de la France.

    AÏE qu’ils sont mal ceux de l’Elysée. AÏE ! Je vois déjà Hollande décrocher son téléphone pour un : allo maman Angela BOBO …

    Bon week-end à vous.

  3. Son français est absolument magnifique! J’ai honte pour notre pays quand je pense aux propos que tiennent nos dirigeants dans un style relâché et familier. Que la peste les étouffe, et ce dans l’ordre hiérarchique afin de faciliter l’avancement.

  4. CHAPEAU BAS Monsieur Kasdallah !

    Un autre chapeau bas vers les anglais qui ont voté pour la sortie de la mortifère U.E.
    YIHOU ! Devine les visages décomposés de la merkel, du hollande et du obama loin là-bas…

    « Pas de Liberté pour les ennemis de la Liberté ! »

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