Lettre personnelle (et énervée) de MarieS à Boris Johnson à propos de la promesse de soutien de la Grande-Bretagne à la candidature de la Turquie à l’Union Européenne

MarieS,
The Colonel News


Boris, tu pousses le bouchon un peu loin! //RO


SORTEZ, BON SANG, BORIS, SORTEZ ! ET NE L’OUVREZ PLUS SUR L’UE !


MarieS,
The Colonel News
Quelque part dans l’UE.

à

Monsieur Boris Johnson,
Foreign Office,
Quelque part au Royaume-Uni.


Cher Monsieur Johnson (puis-je vous appeler Boris ?),


Donc, Boris, sauf si vous avez la mémoire particulièrement courte (ou alors si je suis particulièrement dans l’erreur), vous avez récemment été le plus ardent défenseur du Brexit. Alors, imaginez le choc que m’a causé votre dernière déclaration à l’emporte-pièce selon laquelle la Grande-Bretagne soutiendra la Turquie dans sa demande d’adhésion à l’UE! Ou peut-être n’ai-je pas été vraiment surprise… Continuez votre lecture et vous comprendrez.


Comme vous le savez, la candidature turque n’est en aucun cas un fait nouveau : permettez-moi, à ce propos, de préciser quelques dates. La Turquie a formulé une demande d’adhésion en tant que membre à part entière en 1987, sa candidature a été confirmée en décembre 1999, les négociations ont commencé en octobre 2005, mais jusqu’ici, seulement 13 des 35 chapitres portant sur les négociations avec la Turquie ont été ouverts, et un seul a été refermé.


Même si vous et moi (et de nombreux Européens) sommes tous profondément conscients des tergiversations et de la futilité de l’Union européenne lorsqu’il s’agit de prendre des décisions, vous n’êtes pas, j’imagine, sans savoir que les négociations avec la Turquie ont notamment été obscurcies par les préoccupations de l’UE concernant la liberté d’expression et la démocratie, le traitement des minorités religieuses, les droits des femmes et des enfants, le contrôle des armées par le pouvoir civil et les tensions avec Chypre. Ou bien tout ceci est-il nouveau pour vous ? Certains responsables politiques vont même jusqu’à s’inquiéter qu’un si grand pays à majorité musulmane puisse venir modifier ce qui est l’essence même de l’UE ! Et la situation tragique au Moyen-Orient, dont personne ne peut parier sur le devenir, le récent coup d’état en Turquie, ainsi que les flux migratoires difficiles à contenir, feront que la candidature de la Turquie subira un coup de frein supplémentaire dans l’esprit de l’Union européenne.


Une dernière remarque, mais non des moindres. Permettez-moi de souligner que si la Turquie devait adhérer à l’UE, cela signifierait, en substance, le déplacement des frontières de l’UE vers un pays voisin de (ou carrément pris dans) la crise la plus grave à laquelle ce début de XXIe siècle ait été confronté jusqu’à présent. Ainsi, l’adhésion de la Turquie à l’UE n’est peut-être pas en fait ce que souhaitent les Européens (dont vous ne faites pas parte, inutile de le préciser) à l’heure actuelle — et même ce qu’ils pourraient souhaiter à l’avenir. En effet, cher Boris, et avec tout le respect que je dois à votre statut, être assis derrière les Accords du Touquet, tout en regardant la question migratoire faire rage ailleurs dans l’UE est une position tout à fait confortable pour la Grande-Bretagne, ne croyez-vous pas ? Permettez-moi, au passage, de saluer le formidable talent des négociateurs britanniques…


Lors de votre conférence de presse avec le premier ministre turc, vous avez salué les liens économiques de la Grande-Bretagne avec la Turquie, déclarant (avec votre humour « British » pince-sans-rire habituel, du moins je le suppose) : « Je suis très fier de posséder un magnifique lave-linge turc qui marche très bien ». Mes amis louent en général mon sens de l’humour, mais là je ne suis pas tout à fait certaine que votre remarque m’amuse. Même si Jean-Claude Juncker n’est pas forcément l’homme politique européen que je préfère, je le comprendrais parfaitement s’il piquait une grosse colère contre la façon dont vous poignardez l’UE dans le dos.


Comme votre premier ministre l’a clairement dit à plusieurs reprises : « Brexit signifie Brexit ». D’accord, Boris. Aussi, compte tenu de ces déclarations répétées, laissez-moi vous dire simplement ceci : « Sortez de l’UE, mon vieux, sortez, bon sang! Et continuez simplement à vous occuper de vos affaires. Abstenez-vous de tenter de diriger les affaires européennes depuis l’arrière-ban. Il n’existe pas de Cabinet fantôme à l’UE, figurez-vous ! Abstenez-vous donc d’anticiper sur ce que l’UE voudra faire à propos de la Turquie ».


Quant au merveilleux lave-linge turc que vous vous félicitez de posséder, je suis surprise qu’un défenseur de la grandeur britannique aussi farouche que vous n’ait pas plutôt favorisé un produit national. Il est vrai qu’en ce qui concerne les prix, la Turquie est imbattable. Mais ni plus ni moins – si je puis me permettre – qu’un ministre des affaires étrangères britannique est imbattable lorsqu’il s’agit d’endosser le rôle d’un Janus à deux visages sur la scène internationale.


A bon entendeur !


Dans l’espoir d’une explication, quelle qu’elle soit, que vous voudrez bien transmettre au Colonel News, je vous prie néanmoins d’agréer l’expression de mes sentiments distingués,


Votre dévouée,


MarieS.


© Le Colonel 2016

 


 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

3 thoughts to “Lettre personnelle (et énervée) de MarieS à Boris Johnson à propos de la promesse de soutien de la Grande-Bretagne à la candidature de la Turquie à l’Union Européenne”

  1. Se a Grã Bretanha está saindo do bloco europeu, por que razão quer ajudar a Turquia a entrar? Quer enfraquecer a Europa? Deixar que ela « se vire » com a Turquia, tirando o corpo fora? Sabendo que a Turquia queria entrar no bloco, por que saiu antes? Qual o jogo? Uma coisa era a Europa com o Reino Unido e sem a Turquia, outra completamente diferente é a Europa com a Turquia e sem o Reino Unido.

  2. J’ai plusieurs fois exprimé mon avis (modeste) sur les qualités reconnues d’excellents négociateurs des britanniques. Ils sont presque aussi forts que le indiens. C’est pour cela que je suis persuadé qu’une fois encore, l’ U E va se faire avoir avec ces anglais si rusés qui ne connaissent que leurs intérêts. Ils sont à bonne école avec les américains. Allons nous toujours supporter leurs humeurs calculées et leur chantage. Ils ont voulu quitter l’Europe, il ne faut surtout pas qu’ils aient autant de facilités et d’avantages que s’ils étaient restés dans l’Europe.

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