L’Europe vassale des US : panorama et perspectives

Par Bryan MacDonald – le 17 juin 2015 – Source Russia Today.

En suivant servilement la politique de Washington face à la Russie, les dirigeants européens sont surtout en train de planter des aiguilles dans des poupées vaudous à leur propre effigie. Je veux dire que leurs actes sont aussi inutiles que ridicules.

Obama et Merkel à un dîner de travail du G7 en Bavière le 7 juin 2015 (Reuters/Robert Michael)
Obama et Merkel à un dîner de travail du G7 en Bavière le 7 juin 2015 (Reuters/Robert Michael)

Si les États Unis choisissaient eux-mêmes les dirigeants européens, on peut douter qu’ils les choisiraient aussi obséquieux que ceux qui dominent actuellement l’Europe. On n’y voit personne de la trempe d’un Charles De Gaulle ou d’un Willy Brandt. En fait on n’y voit même pas un Jacques Chirac. La situation est telle qu’on en viendrait à désirer une Thatcher de second rang. Cela ferait au moins quelques feux d’artifice.

A la place, nous avons plutôt une Angela Merkel, un David Cameron et un François Hollande en première ligne. A la moindre suggestion de la Maison Blanche, ils sautent en l’air et la seule question qu’ils posent à Washington est «Ai-je sauté assez haut ?». Et maintenant leurs sauts sont si impressionnants que ceux du légendaire sauteur à la perche ukrainien, Sergey Bubka, paraissent minables.

La dernière fois que les dirigeants européens ont sérieusement fait preuve d’indépendance envers les États-Unis fut en 2002 lorsque Gerhard Schroeder et Chirac firent campagne contre l’invasion illégale de l’Irak par George W Bush. Leur courageuse prise de position fut compromise par celle de Tony Blair qui s’est plié en quatre pour jouer le rôle du caniche de son maitre américain. Les Polonais, que l’on pensait moins serviles, ont aussi participé à cette campagne militaire illégale. A la suite de ce premier refus, d’autres petits États européens comme l’Estonie ou l’Albanie, cherchant désespérément à attirer l’attention de Washington, y ont participé. L’Italie et l’Espagne aussi y ont brièvement participé avant de retirer leurs troupes.

Depuis cette dernière prise de position par Schröder et Chirac, l’indépendance européenne s’est dissoute. L’Allemagne est entre les mains du CDU/CSU pro-américain et la France gaulliste a ouvert le chemin à l’insipide socialiste François Hollande. Hollande a montré quelques signes qu’il voulait remettre en question le diktat américain, mais semble incapable d’incarner cette arrogance typiquement française.

Les agneaux ont remplacé les loups.

L’ex-premier ministre Français, François Fillon (Reuters/Regis Duvignau)

L’ancien premier ministre français, François Fillon, a fait part, la semaine dernière, de son désespoir face à cette mansuétude française. L’ancien bras droit de Nicolas Sarkozy a déclaré que les États-Unis entraînaient l’Europe dans une croisade contre la Russie, ce qui va à l’encontre des intérêts propres de l’Europe. Même si Fillon déclare une évidence, le fait qu’une personne dans sa position le dise publiquement montre le niveau de désespoir en Europe. D’autres politiciens et diplomates expérimentés, mais plus âgés, comme Henri Kissinger ou Helmut Schmidt ont déjà critiqué l’attitude occidentale actuelle envers la Russie, mais le fait que Fillon soit un contemporain rend sa déclaration plus significative.

Schmidt est resté actif dans la vie publique allemande, il est le directeur de publication de Die Zeit, est souvent invité à la télé, cigarette à la main, alors qu’il a 96 ans. Il a fait remarquer, l’année dernière, que la réunification de la Crimée à la Russie étaittotalement compréhensible et que les sanctions imposées sous la contrainte américaine étaient un non-sens. Il a ajouté qu’elles étaient surtout symboliques et qu’elles affecteraient autant l’Europe que la Russie.

En dépit du fait que Schmidt a sûrement plus oublié en diplomatie que Merkel, Hollande ou Cameron n’en sauront jamais, ils ont choisi d’ignorer ses conseils. Par contre, les yeux de Fillon sont grands ouverts. «Aujourd’hui l’Europe n’est pas indépendante… Les États-Unis nous entraînent dans une croisade contre la Russie qui contredit les intérêts européens», a-t-il déclaré sur BFMTV.

Un monde dangereux.

Fillon n’a pas restreint ses critiques à l’attitude envers la Russie. Le gaulliste s’est aussi penché plus avant sur les activités américaines. Il a fait remarquer que Washington appliquait une stratégie extrêmement dangereuse au Moyen Orient à laquelle l’Union européenne et ses États membres étaient obligés d’acquiescer. L’ancien premier ministre a, de plus, accusé les services de renseignements allemands d’espionner la France, «non pas dans l’intérêt de l’Allemagne mais dans celui des États-Unis».

Pendant que Fillon parlait à Paris, Sergey Ivanov, le chef de l’administration présidentielle russe, avertissait que le jeu des sanctions entre la Russie et l’Europe, mutuellement dommageable, était parti pour continuer. «Pour ce que nous en savons, le récent sommet du G7 a prolongé les sanctions contre la Russie. Il est donc logique que la Russie prolonge ses contre sanctions», a-t-il déclaré. Bien sur, la Russie a été exclue du G8 l’année dernière, ce qui a ôté à la Russie et à l’Occident une plate-forme valable pour discuter de leurs différences.

Merkel, Hollande et Cameron (Reuters/Christian Hartmann)

Ce qu’il ressort de tout cela est une chute sans fin. L’Europe et la Russie se déchirent tout en mettant en danger des dizaines d’années de relations diplomatiques patiemment construites, pendant que les marionnettistes de Washington ne souffrent pas du tout. La tension actuelle, inutile, ne fait que détruire des emplois et des entreprises en Europe et en Russie, et aucune des deux parties n’en tire le moindre bénéfice.

 

 

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Bryan MacDonald est un écrivain et commentateur irlandais qui s’intéresse à la Russie et son pré-carré ainsi qu’à la géo-politique internationale. Suivez-le sur Facebook

Traduit par Wayan, relu par jj et Diane pour le Saker Francophone

 

 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

3 thoughts to “L’Europe vassale des US : panorama et perspectives”

  1. Excellente analyse ! Nous plongeons là dans un merdier lamentable faute de dirigeants dignes et d’une politique intérieure mais aussi extérieure ignoble !!! C’est bien ce que je dis souvent même si l’on était pas toujours en accord avec J.CHIRAC… il avait au moins cette fermeté et nous possédions alors une image à l’international d’un pays souverain qui pèse le pour ou le contre mais qui ne fait pas de – con sans suce – comme c’est le cas par les marionnettes qui sont positionnées à dessein comme des pions sur l’équiquier européen ! C’est navrant, désolant, choquant même et d’aucuns, je l’espère, répondront de « haute trahison » ! J’en ai ma claque qu’on diabolise un parti comme le FN, la Russie aussi comme étant mauvais et infréquentables… Il n’est qu’à vor chaque jour ce que nous avons sous la main… c’est diabolique ! Un travail de fond, de sape, finement orchestré depuis l’après guerre avec la mise en place de la fumeuse S.D.N. Ce n’est donc pas d »auhourd’hui !!! Pour autant, nous touchons le fond là par des abrutis lèchant les bottes pour le coup d’une nation que je fuis comme la peste et qui fait la pluie et le beau temps sur cette planète… Nous n’avons plus de gouvernance et pas qu’en France… Aussi, à part un coup d’Etat et l’armée qui reprend du service, perso je ne vois pas comment nous allons pouvoir nous en sortir ! Grandeur et décadence d’un pays appelé : France ! Tristes sires !
    Marie de Coeur

  2. Analyse d’une pertinence absolue mais qui échappe malheureusement à un président français dont nous avons bien du mal de cerner le comportement et les objectifs. Pourquoi, (comme son prédécesseur, qui nous a rebasculé dans l’OTAN) faut-il suivre la politique américaine si dangereuse pour la paix du monde !. Et enfin pourquoi l’intérêt général de notre pays passe toujours après l’intérêt particulier des arrières pensées politiciennes et souffre de l’ignorance des personnages actuels de l’état sur des questions vitales pour l’avenir de la nation. Mon Général, d’où vous êtes , aidez les français à retrouver une certaine lucidité ; celle qui désignera le prochain président porteur « d’une certaine idée de la France ». Parce qu’en ce moment on est bien loin du meilleur chemin pour la guider sur un horizon prospère et ambitieux.

  3. Vous voyez ,colonel, je viens d’envoyer votre récit à des journaux allemands,qu’ils se rencontrent dans quels merdiers nous sommes rentrés,et ce n’est pas fini.
    Dubourget Edith

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