Libanisation de la France

Par Maurice Duclos, le 30 août 2016

Exclusivité Le Colonel


Il y a bien longtemps, lorsque j’évoquais dans mes écrits l’inéluctable libanisation de France, nombreux étaient celles et ceux qui raillaient cette hypothèse. Je constate qu’aujourd’hui, plus qu’hier, cette hypothèse est reprise par d’éminents spécialistes. Je remercie vivement Maurice Duclos pour la confiance qu’il accorde au blog Le Colonel. Un billet bien structuré et surtout édifiant.//RO


 

La guerre civile libanaise comporte des similitudes frappantes avec la situation française actuelle.

 

L’objectif de l’analyse ci-dessous est

– De présenter les éléments qui ont permis à la guerre civile libanaise de se déclencher et de perdurer de 1975 à 1990 en faisant le parallèle avec la situation française actuelle
– D’analyser les éléments spécifiques à la France et qui pourrait être des éléments aggravants ou au contraire apaisant

La guerre débute le 13 avril 1975 et va opposer les chrétiens d’un côté et les défenseurs de l’arabisme et des Palestiniens de l’autre. Le casus belli initial étant un affrontement meurtrier entre l’OLP et les Phalanges chrétiennes dans la banlieue Est de Beyrouth, où se situe le camp palestinien le plus grand et le plus fortifié en plein cœur de la région chrétienne.

De manières classiques on considère qu’il y a 3 causes principales à la guerre civile libanaise :

A°) les relations avec la Syrie
B°) le problème palestinien
C°) les difficultés internes


A°) Les relations avec la Syrie

Historiquement, la Syrie n’a jamais reconnu l’indépendance du Liban et a toujours souhaité le rattacher à son territoire, notamment pour élargir son débouché maritime.

La Syrie voyait donc dans l’effondrement de l’Etat libanais une opportunité de se substituer à lui. La stratégie n’est pas nouvelle, c’est celle qu’utilisa César pour envahir la Gaulle…

Pour asseoir ses ambitions, la Syrie s’est assise sur une doctrine panarabiste visant à établir une république arabe supra étatique, la Grande Syrie. Si ce projet n’a jamais connu le succès escompté, il eut pour effet une division de la société libanaise, car cette doctrine fut portée par les musulmans libanais cherchant un appui étranger et séduit une minorité de chrétiens.

Le panarabisme divisa le Liban et affaiblit le patriotisme libanais.

La Syrie n’a néanmoins pas intérêt à ce qu’une des parties prennent le dessus sur l’autre, car le vainqueur deviendrait de facto l’Etat libanais, alors que l’objectif syrien est d’absorber le Liban et donc de se positionner en tant que seul recourt étatique légitime.

Ainsi, suite à l’élection de Bachir Gemayel (Kataëb, parti patriotique libanais principalement chrétien), un espoir de paix renaît par la possibilité de recréer l’Etat libanais. Ce dernier sera assassiné avant même d’avoir prêté serment en 1982 par un activiste pro-syrien, ce qui prolongera la guerre civile de 8 ans. (De même en 1977, la Syrie avait fait assassiner Kamal Joumblatt, leader héréditaire des Druzes, pour empêcher l’OLP et le Mouvement National libanais dirigé par Joumblatt de contrôler le Liban).

Par ailleurs, dans un contexte de guerre froide, le Liban s’est rangé dans le camp occidental alors que la Syrie fait partie du camp soviétique. La Syrie mobilisera donc les forces de gauche à son profit au Liban.

B°) Le problème palestinien

Les guerres entre palestiniens et israéliens ont provoqué une immigration massive de palestiniens au Liban :

De 100 000, le nombre des réfugiés augmente après la guerre de six jours de 1967 et après Septembre noir (1970) à 250 000. En 1975, grâce à leur forte natalité, ils seront 400000 réfugiés palestiniens au Liban.

L’arrivée massive des palestiniens modifie l’équilibre du pays et les palestiniens s’organisent comme un Etat palestinien au Liban. De fait, la souveraineté libanaise est remise en cause.

Les accords du Caire de novembre 1969 entérinent cet état de fait. L’Etat libanais abdique sa souveraineté sur une partie de son territoire national et donne aux palestiniens un statut d’extraterritorialité dans leurs camps.
La présence militaire palestinienne implique à terme :

1°) une intervention militaire israélienne au Liban ;

2°) l’abandon de la souveraineté libanaise vis-à-vis des milices armées palestiniennes  oblige les patriotes libanais à s’interroger et à se constituer en milice ;

3°) permet la diffusion au Liban d’un grand nombre d’armes ;

4°) est une cause de divisions profondes de la société libanaise puisque une partie des libanais vont soutenir la cause palestinienne au nom d’une solidarité arabe.
Le renoncement de l’Etat libanais à exercer son autorité légitime sur l’ensemble de son territoire est une des causes majeures de la guerre civile. Contrairement à la Jordanie, qui chassa violemment les palestiniens, le Liban transigea sur sa souveraineté. La Jordanie ne connut pas de guerre civile.

C°) Les difficultés internes

Structurellement, le Liban est un pays communautaire avec des territoires communautaires géographiquement distincts et imbriqués :

– 41% de chrétiens (23% de maronites, 8% d’orthodoxe,..)
– 27 % de chiites
– 27% de sunnites
– 5% de Druzes

De ce fait, le Liban est propice à la constitution d’Etats confessionnels concurrençant l’état central.

Pour résumer, la guerre civile libanaise est due à la conjonction :

1°) D’une structure communautaire de la société dont l’équilibre a été bousculé par une immigration palestinienne massive ;

2°) de la volonté d’un pays tiers de dominer le Liban dans une structure supra étatique ;

3°) la volonté de conquérir le Liban ;

4°) influences étrangères sur les minorités ;

5°) d’une perte de légitimité de l’Etat libanais qui a abandonné sa souveraineté sur certaines parties de son territoire et permit l’émergence d’un Etat palestinien qui lui contestait sa légitimité ;

6°) de l’implantation d’une organisation militaire l’OLP ;

7°) d’assassinats récurrents des leaders politiques en position d’arriver à une solution politique permettant de finir la guerre civile ;

8°) de divergences d’intérêts personnels des politiques libanais qui ont empêché que des accords dans l’intérêt collectif ne soient passés ;

9°) Un casus belli ;

10°) De divergences incompatibles entre plusieurs causes mobilisatrices :

– Volonté d’évolution du Liban vers un Etat-nation ;
– Arabisme ;
– Soutiens aux palestiniens.

Force est de constater qu’on retrouve quasiment tout ces critères dans la situation française actuelle :

Une structure communautaire de la société

– Depuis près de 40 ans, la structure ethnique de la France a changé. Une immigration massive et surtout quasi mono-ethnique fait que la France compte aujourd’hui au moins 8 millions de musulmans. L’Etat abandonne progressivement le contrôle de l’immigration, notamment en ne différenciant plus immigration légale et illégale.

– Les flux migratoires contrôlés par les milices en Libye ou provenant de Syrie risquent également d’apporter une crispation forte de la société. En effet, dans la terminologie, on parle de migrants et non de réfugiés, ce qui suggère une installation à long terme. Par ailleurs, ces populations ont une pratique très orthodoxe de l’islam… Il est également probable que nos ennemis vident les prisons et hôpitaux psychiatriques du Levant et d’Afrique pour nous envoyer cette population de migrants (finalement, ce fut la stratégie Russe lors de la prise de Moscou par Napoléon). Cela expliquerait la vague d’agressions sexuelles en Europe. Sans compter qu’ils profiteront bien évidement de cet énorme flux humain pour envoyer un maximum de terroristes et de soldats sur notre territoire.

De la volonté d’un pays tiers de dominer la France dans une structure supra étatique

– Il devient évident que l’Europe devient une entité qui cherche à détruire les Etats pour exister

– Les actions européennes ont pour objectif d’éliminer progressivement tous les éléments caractéristiques des nations

– Langues, monnaie, transferts des pouvoirs régaliens, absences des symboles nationaux sur les devises, favorisation de l’émergence de structures régionales quasi étatiques concurrentes de l’Etat national, législation empêchant l’exercice du pouvoir régalien, favorisation de l’immigration pour limiter l’aspect mono-ethnique national.

– Par ailleurs, l’adhésion d’une partie de la population à l’Europe se fait au détriment des intérêts nationaux, considérant que certains sacrifices sont nécessaires pour arriver à une nation européenne (comme la mutualisation du poste permanent au conseil de sécurité de l’ONU)

De la volonté de conquérir la France et plus largement l’Europe

– L’objectif des salafistes est d’imposer la charia en France et en Europe. Pour eux, le recul de la chrétienté en Occident est perçu comme une opportunité d’élargir le dar al islam et comme une faiblesse des occidentaux.

Influences étrangères sur les minorités

– De manière générale, l’islam en France est contrôlé par des courants qui sont sponsorisés par les pays d’origine des populations musulmanes ou par les pétromonarchies wahhabites (Arabie Saoudite et Qatar pour qui le Salafisme est une religion d’Etat,  le wahhabisme étant un salafisme qui tolère le pouvoir local des monarques saoudiens et qatari)

– Ces influences se font pour promouvoir l’action de ces pays en France et/ou la promotion du salafisme en France.

D’une perte de légitimité de l’Etat Français qui a abandonné sa souveraineté sur certaines parties de son territoire et permis l’émergence d’un Etat concurrent qui lui conteste sa légitimité

– Les populations vivent plutôt séparément, et dans plus en plus de zones, les musulmans deviennent majoritaires et réclament à ce titre des droits spécifiques à leurs mœurs (repas halal, tolérance du voile, de la burqa…, pression sociale forte sur les musulmans pour respecter la charia, faire le ramadan, ….). De fait, dans certaines zones, il ne se constitue pas des zones de non droits comme le veut l’expression journalistique mais des zones d’un autre droit. Une organisation parallèle à celle de l’Etat se met en place et qui un jour deviendra concurrente et contestera officiellement l’autorité de l’Etat. Par ailleurs, de nombreux français partent en zone péri urbaine pour quitter ces zones où ethniquement ils sont devenus minoritaires et où une loi qui leur est étrangère leur est imposée.

De l’implantation d’une organisation militaire sur le territoire national

– De nombreux résidents français sont partis en Syrie pour « faire le djihad », c’est plus de 3000 français qui reviendront en France avec une expérience militaire au combat urbain, l’habitude d’agir ensemble, des filières pour trouver des armes de tous calibres et de tous types (jusqu’au anti char et au ManPad).

– Les réseaux de l’Etat Islamique ne sont pas les seuls à être présents en France puisque, faut-il le rappeler, l’attentat contre Charlie Hebdo était le fait d’Al-Qaïda. Des cellules dormantes sont présentes sur notre sol en plus du retour des « soldats » partis en Syrie, et certains terroristes se glissent parmi les migrants comme on a pu le voir lors des attentats du 13 novembre. On va donc se retrouver rapidement avec une armée salafiste sur notre sol national que les effectifs de l’armée française permettront difficilement de contrôler.

De divergences d’intérêts personnels des politiques français qui ont empêché que des mesures dans l’intérêt collectif soient prises :

– Les salafistes utilisent également leur poids électoral pour mettre une pression sur les hommes politiques français pour faire valoir leur cause :

1°) implantation de mosquées ;

2°) critiques sur les actions anti terroristes (on verra ainsi le maire de Saint-Denis présenter l’action de la police dans sa ville suite aux attentats du bataclan presque comme une agression étrangère).

3°) Noyautage de partis politiques et d’associations (par exemple l’UDI, la FCPE).

– La classe politique française est fortement décrédibilisée et la mobilisation pour les élections devient faible. L’adhésion des français au système politique n’est donc plus assurée, et le poids de forces politiques organisées et motivées devient donc d’autant plus fort, ce qui est le cas des salafistes.

De divergences incompatibles entre plusieurs causes mobilisatrices

– les salafistes utilisent habilement en prenant une posture victimaire les divergences internes à la société française pour élargir leur base :

1°) Contradictions sur la loi sur la laïcité vis-à-vis de la burqa

2°) Volonté d’accueil des migrants par l’extrême gauche et les no borders

3°) Utilisation de la montée du front national comme étant une cause du terrorisme et pas une conséquence.

_ L’extrême gauche, les verts et d’autres mouvements se mettent de manière systématique en opposition à toute mesure pour empêcher le terrorisme ou la progression du salafisme. De facto, ils sont donc des alliés objectifs passifs des salafistes. Si une insurrection devait se déclencher, cette proximité pourrait bien se transformer en alliance.

On voit donc qu’on retrouve un grand nombre de points peuvent être mis en parallèle entre la situation au Liban et la situation actuelle en France.

Il manque 2 éléments :

1°) Les assassinats politiques

2°) Le casus belli

La France va connaître une forte période de crispation en 2017 avec la conjonction de la situation sécuritaire et la campagne pour l’élection dans laquelle le Front national arrivera probablement en tête au premier tour, ce qui alimentera les fantasmes de l’extrême gauche pour qui ce focus devient le problème prioritaire. Dans ce contexte qui promet d’être délétère, il apparaît que l’assassinat du candidat du Front national (ou d’un de ses plus proches collaborateurs) pourrait servir de déclencheur à une guerre civile. Pour les salafistes, cela aurait l’avantage de trouver un casus belli mobilisateur au delà de leur propre base et le chaos qui résulterait obligerait la France à ramener en urgence ses troupes d’Afrique et du Levant, ce qui offrirait aux islamistes un avantage important au Sahara-Sahel.

Les provocations des salafistes, comme on l’a récemment vécu en Corse, pourrait bien servir de déclencheur victimaire. En effet, que se serait-il passé s’il y avait eu des morts lors des différentes rixes ? L’attitude provocatrice et agressive des salafistes semble laisser à penser que c’est ce qu’ils recherchent pour pouvoir se victimiser. Cela pourrait bien aussi servir de casus belli.

L’Etat français semble incapable de réagir face au danger salafiste, incapable de faire passer la moindre mesure pour combattre ce fléau et encore moins de définir une stratégie cohérence avec des objectifs atteignables en y attribuant des moyens. Toute mesure devient polémique et toute polémique finit par l’abandon du projet.

Enfin, il y a un élément aggravant en France que ne connait pas le Liban, le passé coloniale de la France est à la fois un frein à l’adhésion nationale pour beaucoup de français qui prenne au pied de la lettre une communication victimaire et un élément justifiant une politique communautariste souvent haineuse vis-à-vis du pays hôte.

Dans ces conditions, la question finit par être de savoir si nous auront une guerre civile ou une guerre contre insurrectionnelle, c’est à dire, si il n’y aura pas effondrement de l’Etat lorsqu’il faudra combattre sur notre sol.

Il y a néanmoins plusieurs éléments qui militent dans le sens qu’il n’y aura de guerre civile en France :

– Le faible taux de français armés, néanmoins, lors du début de la guerre civile au Liban, les chrétiens combattaient avec des fusils de chasse et quelques fusils automatiques, l’objection n’est donc pas valable.

– Un attentisme des français dû à l’impact de la communication victimaire partiale diffusée continuellement par les media

In fine, pour faire la paix, il faut être deux à la vouloir et les salafistes et terroristes disposent de suffisamment de provocateurs, de soldats pour créer le chaos et faire des massacres jusqu’à créer une réaction de cassure irrémédiable de la société française.

La seule question pour la France est de cloisonner cette fracture aux seuls islamistes.

Comme l’a signalé la reine de Jordanie, l’absence de réaction des musulmans modérés encourage hélas les islamistes dans leur stratégie d’isolement des musulmans du reste de la société.

« Pour triompher, le mal n’a besoin que de l’inaction des gens de bien. »


Maurice Duclos

© Copyright 2016 Le Colonel


Illustration par Le Colonel : André Bercoff : «Il faut éviter à tout prix une libanisation de la France »

europe-israel.org


Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

4 thoughts to “Libanisation de la France”

  1. intéressant mais bon, ça fait déjà plus de 3 ans que j’ai annoncé la guerre civile en France.
    Cependant, je n’avais pas prévu la non réaction des français de sang.

    Les prochaines étapes en France sont : attaque chimique (l’assassinat politique ? pourquoi pas, mais il ne me semble pas qu’il y ai les gens du FN dans les cibles officielles, à vérifier, j’ai loupé de détail).

    Il faut encore attendre les élections US, et la tentative d’Islam de France et l’évolution de la crise économique avant de pouvoir statuer sur la suite de l’évolution chez nous de cette « crise ».

    Pour l’instant, il n’y a que 2 solutions à terme : la scission de la France, ou bien … l’islamisation (plus probable à ce stade étant donné la volonté des politiques de faire une large à l’Islam).

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