LIBRE OPINION du Général (2S) Philippe MERCIER : Il faut sauver le soldat PIQUEMAL..

Général (2S) Philippe MERCIER
Ancien chef d’état-major de l’armée de Terre

Publié le 28 octobre 2016 par ASAF


« Intimidation, menace, sanction, tout cet arsenal au service de la pensée unique n’est plus de mise. Il conviendrait d’en prendre acte ». //PM


Je m’étais longuement exprimé sur cette sordide « affaire » qui faisait du général Piquemal le bouc émissaire idéal pour clouer le bec des militaires qui auraient des velléités similaires. Je suis même allé plus loin en estimant que cette sanction inique équivalait à priver « le Soldat Piquemal » de sa nationalité française. 


Le pouvoir a voulu museler les militaires au sens large du terme. Peu importe le grade qu’ils détiennent, car il n’y a pas que les généraux 2S qui s’expriment. Je ne suis pas persuadé que ce soit la bonne méthode.


Peu m’importe la galère dans laquelle ce vieux soldat s’était embarqué comme je l’avais pointé du doigt à l’époque des faits. Je réitère mon soutien au général Christian Piquemal. //RO


 

Le général Philippe Mercier, ancien chef d’état-major de l’armée de Terre s’offusque de la radiation des cadres de l’armée de cet officier général qui avait participé à une manifestation non autorisée à Calais.

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23 août 2016. Les Français sont en vacances, les journalistes aussi : c’est le bon moment. Par mesure disciplinaire prise par décret, signé par le président de la République, le général Christian Piquemal est radié des cadres de l’armée. La décision, qui ne sera pas publiée au Journal officiel, tombe dans l’indifférence générale… ou presque. Car pour ceux qui connaissent et estiment Christian Piquemal et qui suivent l’« affaire », ce qu’ils se refusaient à imaginer est bel et bien arrivé.

Bref rappel des faits : le 6 février, le général Piquemal est arrêté de façon brutale, à Calais, à la fin d’une manifestation interdite par le préfet. Placé en garde à vue, il est libéré 48 heures plus tard et son jugement en comparution immédiate est reporté au mois de mai. Le 26 mai, le tribunal de grande instance de Boulogne- sur-Mer prononce la relaxe sans que le parquet fasse appel. Dans sa sagesse, que nous dit la justice ? C’était beaucoup de bruit pour pas grand-chose.

L’affaire semblait donc close. Eh bien non ! Quelle mouche a donc piqué les autorités politiques et militaires pour en rajouter en lançant une procédure administrative susceptible de déboucher sur la radiation des cadres, sanction tellement grave qu’elle n’a pas été prononcée depuis des décennies ? À supposer qu’il faille marquer le coup, un bon « remontage de bretelles » de la part du ministre n’aurait-il pas suffi ?

On imagine la suite : sous forte pression du cabinet du ministre, l’armée de Terre réunit son Conseil supérieur. Christian Piquemal comparaît devant ses pairs, qui se prononcent pour la radiation.

Cette décision de l’armée de Terre, dont on pourrait dire qu’elle s’est piégée « à l’insu de son plein gré » en se substituant au pouvoir politique pour faire le sale boulot, est évidemment navrante à plus d’un titre. Elle fait peu de cas du principe de solidarité qui constitue l’un des piliers de l’institution militaire, mais là n’est pas l’essentiel ; elle est inique et disproportionnée ; elle témoigne enfin d’une interprétation frileuse, si ce n’est désuète, du droit expression.

Voilà donc un officier général respecté de tous, qui a servi son pays pendant quarante ans de façon exemplaire, qui a fait partie du cabinet militaire du premier ministre et commandé la Légion étrangère et qui, brutalement, se voit signifier qu’il n’appartient plus à la communauté militaire. Mesure-t-on bien l’humiliation ressentie par un officier qui n’a ni péché contre l’honneur ni vilipendé la République et ses représentants ?

Alors, pourquoi cet acharnement ? Le crime du général Piquemal, c’est d’avoir manqué au sacro-saint devoir de réserve auquel sont tenus les militaires. La Grande Muette doit se taire : « Circulez, il n’y a rien à dire », nous ont rappelé des bonnes âmes de tout bord. On pourrait d’ailleurs s’interroger sur la solidité des fondements juridiques du devoir de réserve. Mais surtout, à une époque où tout le monde, dans les médias et sur les réseaux sociaux, donne son avis sur tout, où le secret de l’instruction est régulièrement bafoué, où le manquement au devoir de réserve est aujourd’hui une réalité au plus haut niveau de l’État, les militaires n’ont de leçons à recevoir de personne dans ce domaine. Faudrait-il que les officiers généraux, qui ont le plus souvent acquis une expertise et une expérience reconnues au gré des responsabilités qu’ils ont exercées aussi bien au sein qu’en dehors de l’institution militaire, demeurent des citoyens de seconde zone, privés de toute expression publique et cantonnés à leur pré carré professionnel et encore à condition qu’ils n’y exercent pas leurs critiques ?


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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

5 thoughts to “LIBRE OPINION du Général (2S) Philippe MERCIER : Il faut sauver le soldat PIQUEMAL..”

  1. Les Romains pratiquaient la décimation de leurs armées lors de mutineries pour les combattre Cette pratique était cruelle : un légionnaire coupable de participation sur dix était exécuté. Les coupables étaient divisés en groupes de dix. Chaque soldat tirait son sort, et celui sur qui le mauvais sort tombait était exécuté par les neuf autres. Ces derniers étaient ensuite nourris d’orge à la place de blé et forcés de dormir hors du camp.
    Cette technique inspirait une grande peur dans les légions romaines. Autant dire qu’elle inspire aujourd’hui un ministre aux abois. Méfiez-vous, légionnaires policiers, des centurions qui vous manipulent. Ils seront ceux qui d’abord vous désigneront.
    A vouloir jouer, à juste raison, Spartacus, Piquemal a fait, face à lui, renaître un Crassus.
    Il ne vous reste plus, policiers comme vieux généraux, qu’à en tirer leçon. Vaincre ces Crassus qui, telles les têtes de l’hydre, resurgissent sans cesse…ou disparaître.

  2. Je me souviens du sort réservé au général Aussarès qui, à la fin de sa vie avait peut-être éprouvé le besoin de dire la vérité sur la torture pendant la guerre d’Algérie (sa vérité?) et qui s’était retrouvé comme Piquemal sorti de la 2ème section des officiers généraux et à qui on avait retiré sa légion d’honneur qu’il était allé cherché non dans une pochette surprise, mais en mettant sa peau en jeu dans les maquis d’Ariège et sur les théâtres d’opération d’extrême orient et d’Algérie pour son pays. C’était déjà le CSAT de l’époque qui l’avait sanctionné en siégeant sous la présidence de MAM. On n’avait pas entendu à l’époque grand monde prendre sa défense. Et que l’on ne nous dise pas que les autorités découvraient l’existence de la torture pendant la guerre d’Algérie. Tout cela est bien triste; mais ce qu’un décret a défait, j’espère qu’un autre décret peut le refaire!

  3. Le seul moyen de monter l’esprit de corps des Armées serait de descendre les Champs élysées avec 4 chars AMX30 conduits par des légionnaires et équipés de chenilles pour terrains comme à Canjuers. Et de tout écraser sur le passage. Et au bout, tourner sur la rue Royale, au milieu, tourner sur la gauche et remonter la rue Ste Honorée jusqu’au numéro 55.
    Une 2ème brigade de 4 chars pourrait balayer l’Avenue Matignon, et au bout, tourner sur la droite et dévaler la rue Ste Honorée jusqu’au numéro 55.
    Bien entendu l’ALAT avec des hélicops récupèrerait nos 16 valeureux légionnaires dans un des jardins de la république socialiste finissante. Faut montrer aux amerlocs que nous aussi on peut faire une opération de type Zero Dark Thirty.
    Bien entendu, ils sont tous équipés de combinaisons NBIC et ne doivent pas s’empêcher d’utiliser leurs armements dont les numéros auront été effacés.
    Évidemment, cela pourrait se faire lorsque quelques flics auront un peu « dégagés » les rues environnantes (vélos, poussettes, poubelles et sdf surtout). Les Cayennes, les Q7, les Teslas et autres véhicules hors de gammes seraient invitées à stationner cette nuit là gratuitement sur la chaussée.
    Ce pourrait être un 13 décembre, pour ne pas confondre avec le 13 novembre de triste mémoire.
    Un membre du SDECE pourrait en écrire le scénario et le proposer à un réalisateur français pour en faire un film dont les royalties seraient versées aux militaires victimes des guerres religieuses en sous traitance que « MoiJe » à décidé tout seul.
    Mais c’est un rêve que je fais. Dommage. Nos militaires sont-ils vraiment des hommes de coeur?.

  4. Merci pour ce billet qui n’en doutons pas, sera partagé par les militaires ou les retraités militaires qui sauront j’en suis sûr, en tirer des conséquences dans quelques mois. Pour ma part, je soutiens ce général mais je regrette que dans notre pays, ses pairs n’aient pas entamé une action collective pour apporter un soutien massif.

  5. C’est quand on a fait une « connerie » que l’on reconnaît ses Amis, ceux qui vous engueulent en privé mais ne vous tournent pas le dos. Certains diraient vrais Amis mais c’est un pléonasme, un Ami n’a pas besoin de qualitatif.

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