LIBRE OPINION : Editorial du Président de la « Saint-Cyrienne. »

Jeudi, 09 Janvier 2014 16:21
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Par Général de corps d’armée (2s) Dominique DELORT –  le 7 janvier 2014…..

 

 

Toujours du désarroi ! Mais toujours de l’espérance !

 

L’année 2013 s’est achevée peu après le début de l’opération Sangaris en Centrafrique.Cette mission sera très certainement difficile, complexe et plus longue qu’estimée il y a quelques mois. La situation a en effet tellement évolué qu’elle semble placer de plus en plus les forces françaises dans une interposition délicate. Certes, elles ne sont pas seules et il est à espérer que les unités africaines sauront être efficaces pour abaisser le niveau de violence dans un pays qui ne l’avait jamais connu à un tel niveau.

Au Mali, l’opération Serval reste un modèle du genre, déclenchée par surprise et au bon (et dernier) moment, elle a été conduite et menée avec détermination, savoir-faire et courage.

 

Le Président a dit toute sa fierté et toute sa satisfaction des armées à l’occasion de leurs engagements au combat tout au long de 2013. Le ministre de la Défense, dans notre revue même, écrit que ces « résultats sont possibles parce que l’armée de Terre dispose d’un corps d’officiers de très grande valeur et … que l’ESM de Saint-Cyr occupe une place éminente ».

Ils ont raison et nous y sommes sensibles. Il est vrai, que lorsque le Président ordonne il a d’autant plus confiance qu’il sait qu’il sera obéi et que ce sera fait, vite et bien. Le ministre connait le personnel des armées et quand il veut «faire bouger les lignes » il y arrive ; ce n’est vraiment pas courant dans les principaux autres ministères et il peut ici mesurer la réalité du pouvoir.

 

Le moral élevé des officiers engagés, ou sur le point de l’être, dans les opérations ne peut pas masquer et encore moins faire disparaître le désarroi de leurs jeunes ou anciens comme de tout ceux qui sont attachés à l’Armée, aux trois armées, et à travers elle à leur patrie. Devant le blizzard budgétaire qui s’annonce des camarades s’alarment, à juste raison, chacun à sa façon, de la descente progressive des capacités, de la destruction d’unités, des difficultés de maintien en condition comme d’entrainement, d’une organisation bases de défense qui ne donne pas satisfaction et, pour faire court, de la raréfaction des moyens financiers en dépit des efforts de l’institution.

 

Dans le même temps, où les armées permettent à notre pays de garder son rôle au plan international, les mauvaises notes s’accumulent là où l’État continue à dépenser massivement.
L’Éducation nationale se voit déclassée à un niveau médiocre alors que celles qui la précèdent, entre autres britannique et allemande, font sensiblement mieux avec beaucoup moins.
Le système de santé, sans doute l’un des meilleurs au monde, a un coût faramineux et consomme près de 12% du PIB, presque dix fois plus que la défense, et les gabegies sont sans nombre.
L’organisation territoriale est devenue si complexe, après une décentralisation mal comprise, qu’au lieu de générer économies et efficacité elle accroît le déficit de l’État et le nombre total de fonctionnaires augmente en dépit des coupes drastiques dans la défense.

 

L’incapacité à réformer certains ministères de l’État crée une irritation profonde qui est très mal vécue et renforce un sentiment d’injustice de traitement. Oui aux efforts indispensables mais pas uniquement dans les armées !

Cette crise de l’autorité politique et cette incapacité à réformer, ailleurs que dans un grand ministère régalien comme la Défense, donnent l’impression que le tonneau des Danaïdes des dépenses nationales finira par provoquer le démontage complet des armées, car nous ne sommes pas assez naïfs pour ne croire qu’aux discours.

Les armées sont toujours capables « d’entrer en premier » sur un théâtre d’opération avec un haut degré d’autonomie.

Cette liberté d’action dont dispose encore le Président de la République peut être irrémédiablement perdue et obligerait notre pays à rejoindre la trop longue cohorte des états européens qui démissionnent devant les difficultés inhérentes aux affaires mondiales oubliant que l’Histoire est tragique.

 

En ce début 2014 j’adresse mes vœux plus particulièrement aux saint-cyriens, Terre et Gendarmerie, engagés ou non en opérations, mais aussi à tous nos Anciens, à nos familles et à nos lecteurs.
Je souhaite plus d’unité, y compris dans notre communauté, comme l’expression d’une véritable espérance dans la déjà lointaine lignée de nos très jeunes grands anciens qui, « pour l’exemple », sont montés à l’assaut en 1914 à la tête de leurs hommes. Le sacrifice d’une grande majorité d’entre eux est resté dans la tête de tous les soldats français qui devaient encore se battre dans l’espérance de la victoire, sans esprit de recul et pendant des années.

 

Ne l’oublions jamais en cette année du Centenaire ! Toujours du désarroi, mais toujours de l’espérance !

 

Général de corps d’armée (2s) Dominique DELORT

 

Source : http://www.asafrance.fr/actualites/3286-2014-01-09-15-25-17

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.