Libre opinion : syndicat militaire

Par Henry-Jean FOURNIER, Officier général en 2ème section

Le 21 décembre 2014

Association de Soutien à l’Armée Française (ASAF)

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Chacun connait désormais ma position de vieux soldat sur ce sujet brulant, je n’y reviendrai pas. En revanche, et puisque le Général Henry-Jean Fournier le souligne en introduction de son excellent billet, je voudrais juste compléter ma pensée et elle concerne la professionnalisation des armées. En s’engageant dans l’institution, les hommes et femmes qui effectuent ce choix, comme son nom l’indique, font un choix. Personne ne les y oblige, pas même la justice… Ces jeunes gens signent en outre un contrat d’engagement qui donc les engage à servir « en tous temps, en tous lieux et en toutes circonstances ». En toutes circonstances… Ils savent donc ce à quoi ils s’attendent. Ils s’engagent au service de la nation, pour le meilleur et pour le pire si je puis m’exprimer ainsi. C’était en tout cas ce qui m’animait lorsque je me suis engagé à l’âge de 17 ans. Mais c’était avant! En 1969.

De ce que j’ai pu lire ici et là, à droite comme à gauche et auprès de camarades retraités ou toujours en activité, cette décision ne fait l’unanimité au sein des armées. Serait-ce donc une poignée de fort en gueule, une minorité une fois de plus qui impose son choix à une majorité plus silencieuse? Je ne suis pas loin de le penser. D’autant qu’à ce stade, c’est quasi uniquement la gendarmerie qui reste le fer de lance de ce qui n’est plus un projet. Je note également que le nerf de la guerre, à savoir l’argent, est fortement présent dans les statuts. L’Etat devra donc mettre la main au porte-monnaie, en plus des adhésions payantes, pour faire fonctionner ces Associations Professionnelles Militaires (APM), doux euphémisme pour syndicats. 

Nolens volens, l’armée était jusqu’à ce jour la rare institution à fonctionner quasi normalement. Alors s’agit-il d’un loup dans la bergerie ou d’un ver dans le fruit? L’avenir nous le dira. Tout dépendra de l’usage que chacun fera de ce « machin ».

Le fameux train de l’Histoire… Certains vont monter, d’autres pas. J’ai décidé de rester à quai. Néanmoins, je souhaite bonne chance à toutes celles et ceux qui embarqueront dans ce train dont la destination finale n’est pas connue. //RO

 

Un arrêt du 2 octobre 2014 de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a conclut que la France violait l’article 11 de la Convention européenne des droits de l’homme en interdisant les syndicats dans l’armée.

Sans se prononcer sur les aspects juridiques de cette question qui, s’agissant de son armée, relève avant tout de la souveraineté de l’Etat, le général HJ. FOURNIER appelle l’attention sur les conséquences de l’évolution récente de notre société et de la professionnalisation des armées.

Syndicat ! D’emblée, le mot hérisse tout militaire.

Car, en France, le terme est essentiellement synonyme de défense d’intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général, quand celui-ci est au coeur même de l’engagement du soldat, au prix de sa vie si nécessaire.

Parce qu’il se traduit aussi trop souvent par une capacité de paralysie d’un système, incompatible avec l’idée d’accomplissement de la mission, coûte que coûte.

Parce qu’il contient en germe la possibilité d’insubordination, violemment antinomique de l’exercice du métier militaire, fondée sur l’obéissance.

Parce que tout chef militaire digne de ce nom, soucieux d’exercer la plénitude de sa fonction, s’estime responsable des intérêts de ses subordonnés.

Mais le chef militaire en est alors aussi le seul juge et subordonne fréquemment ces intérêts à la réussite de la mission reçue. Comment pourrait-il d’ailleurs en être autrement, dès lors qu’au paroxysme de celle-ci, il sera contraint de prendre le risque de faire tuer ces mêmes hommes pour obéir aux ordres reçus. Tout le talent du chef résidant d’ailleurs dans sa capacité de convaincre ses subordonnés de consentir ce sacrifice sans avoir à l’imposer par la force ou la discipline.

Le risque est cependant de généraliser cette attitude, normale et indispensable dans l’exécution du service, à toutes les situations de la vie courante.

Certes, dans la vie courante, les principes de participation et de concertation ont émergées dans les rangs des armées, depuis de nombreuses années, notamment en raison de la présence des appelés du contingent, dont le commandement exigeait de se mettre au diapason des règles existantes dans la société civile à laquelle ils appartenaient.

Cette évolution s’est traduite par la mise en place d’instances de concertation qui, d’une façon générale, remplissent leur rôle, mais d’une façon générale seulement.

Car les cas particuliers sont plus rarement pris en compte.

Au nom de la priorité donnée à l’action collective, les cas sortant de la « norme » sont soit ignorés, soit occultés par le système hiérarchique.

La hiérarchie maîtrise en effet la chaîne des recours, même s’il existe des circuits directs, mais qui n’aboutissent….qu’au sommet de la chaîne, lui-même conforté par l’ensemble des réglementations dont il n’est d’ailleurs pas toujours maître, notamment sur le plan financier. On vient de le vivre avec le dossier Louvois, qui concerne quand même beaucoup de monde et constitue une forme de paroxysme de cas particuliers, que l’on a d’ailleurs initialement cherché à nier.

Car il est assez fréquent que des situations particulières soient tout simplement volontairement ignorées. Notamment lorsque leur prise en compte risquerait d’entraîner des conséquences financières.

C’est particulièrement le cas de ceux qui, ayant quitté l’institution militaire, ne peuvent plus s’appuyer sur les structures de celle-ci pour faire valoir leurs éventuels droits. Surtout quand les conséquences n’apparaissent que longtemps après leur départ de l’armée. C’est par exemple le cas des « irradiés » des premiers essais nucléaires.

C’est parfois le cas, plus simplement, de séquelles d’accidents survenus en service, mais qui n’ont pas été identifiés sur le moment, parce que considérés comme négligeables au regard d’accidents plus sérieux.

Lorsqu’il s’agissait d’appelés du contingent, ces séquelles étaient rarement prises en compte car les intéressés, dont la présence était éphémère, étaient bien souvent dans l’incapacité ultérieure de prouver le lien au service.

C’est aussi le cas de la différence de traitement des pensions des sous-officiers d’active de l’armée de terre avec celles de leurs homologues de la marine nationale, plus élevées, situation que peu de chefs en fonction connaissent.

Il ne faut donc pas s’étonner que certains se tournent alors vers des structures qui se sont données pour vocation la défense de leurs intérêts, souvent d’ailleurs à la suite de ressentiments personnels de leurs dirigeants.

Dans un autre domaine, celui des conditions de travail, la situation est de même nature.

Lire la suite sur http://www.asafrance.fr

 

 

2 réflexions au sujet de “Libre opinion : syndicat militaire”

  1. Vous avez sans doute raison Roland. Mais mon formatage a débuté à 17 ans. Cela ne m’a pas empêché de ruer dans les brancards en tant que de besoin, pour défendre mes hommes. Mais là, comme un cliché bien connu, je suis devenu presque un petit vieux appuyé sur sa canne qui regarde le train passer. Plus envie de monter à bord. Mais ce n’est qu’un cliché je vous rassure. Je vais me ressaisir Roland, je vais me ressaisir… Bien cordialement.

  2. Le problème, lorsque l’on reste à quai, c’est que l’on ne fait pas partie du voyage. S’arquebouter sur des positions figées ne me semble pas porteur de progrès. Nier l’évolution s’est justement laisser la place aux agitateurs et aux aigris. une autre voie est possible, Prendre le train et faire partie des conducteurs. Je n’ai pas apprécié la démonstration des gendarmes en tenue et en voiture avec gyrophare lors de leur grève déguisée. Ils sont de nouveaux en pointe. les Armées et notamment l’armée de terre en ramassera les miettes. Vous leur en facilitez la tâche.

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