LIBRE OPINION : Un besoin de France

Par le Général(2S) Gilbert ROBINET

Secrétaire général de l’ASAF

Le 19 janvier 2015

 

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Dès le soir de la mémorable journée du dimanche 11 janvier 2015, j’ai cherché une formule, la plus lapidaire possible, capable de résumer le sentiment que j’avais ressenti l’après-midi même, alors que je me trouvais au milieu de deux millions de mes concitoyens au cœur de Paris.

Je savais bien que le « Je suis Charlie » n’était qu’un slogan, un énième avatar du « Ich bin ein Berliner » prononcé, à Berlin, par J.F. Kennedy, le 26 juin 1963, ou encore du « Nous sommes tous des Juifs allemands » scandé sur les barricades de mai 1968, à Paris, par solidarité envers Cohen-Bendit expulsé de France, le 21 du même mois. En outre, j’avais vu, tout autour de moi, des pancartes affirmant « Je suis juif » ou encore « Je suis flic ». Bref, il s’agissait, selon moi, d’autre chose de plus englobant et qui surpassait chacune de ces affirmations catégorielles. Pour ma part, si j’avais brandi une pancarte, on y aurait lu « Je suis français » et je ressentais confusément que c’était dans cette voie là que je devais chercher.

Et puis, deux jours plus tard, le miracle s’est accompli. Au milieu de la gangue constituée par la logorrhée qui se déversait sur les ondes et que rien ne semblait pouvoir endiguer, j’ai découvert la pépite dans la bouche d’Yves Thréard, directeur adjoint de la rédaction du quotidien Le Figaro, lorsqu’il a dit : « Moi, ce que j’ai ressenti, c’est un besoin de France ». Merci, monsieur Thréard d’avoir donné la juste réponse à la question qui me taraudait l’esprit.

En effet, pourquoi les Français étaient-ils venus si nombreux envahir de leurs masses compactes les principales artères de l’est parisien et de nombreuses villes de Province ? Lorsque, en 2012, l’assassin Mohamed Merah frappa deux « cibles » identiques à celles concernées par cette « marche républicaine », à savoir des personnes de confession juive, déjà, et des militaires, c’est-à-dire l’équivalent des policiers tués à Paris, car, comme eux, représentant les fonctions régaliennes de l’Etat, nul rassemblement de ce type n’avait été constaté. Les policiers qui avaient abattu le forcené, à Toulouse, dans les mêmes conditions que leur collègues à Dammartin ou Porte de Vincennes (où certains d’entre eux se trouvaient peut-être une nouvelle fois) n’avaient pas entraîné ces vagues d’ovations adressées à la police tout entière entendues à Paris et en Province en 2015.

Qu’y avait-il donc en plus ? Il y avait, outre la multiplicité des auteurs des crimes commis, trois au lieu d’un, une nouvelle cible : un journal. Qu’importe d’ailleurs la nature de ce journal qui, ne nous y trompons pas, sous ses aspects anarcho-satiriques, est éminemment politique dès lors qu’il affiche des positions on ne peut plus tranchées sur différents aspects de la vie de la cité. Cette cité, les barbares en ont franchi les remparts pour s’attaquer à la liberté de la presse qui, en France, n’est pas dissociable de la liberté tout court. Les Français ont alors compris que leur pays était attaqué au cœur. Ils se sont soulevés pour affirmer leur volonté de faire barrage à l’ennemi en même temps qu’ils ont lancé un appel à leurs gouvernants : « Nous savons maintenant que nous sommes en guerre. Dites-nous très exactement qui est notre ennemi et donnez-nous les moyens de le combattre et de le vaincre ».

Monsieur le président de la République, vous qui vous obstinez à ne pas qualifier d’islamistes ceux que vous vous contentez de nommer terroristes, ce à quoi vous avez assisté, ce dimanche 11 janvier, c’est à une insurrection. Au cœur des quatre millions de citoyens qui ont marché, ce jour là, dans toute la France, accompagnés de beaucoup de drapeaux tricolores, ont jailli spontanément des Marseillaise entonnées majoritairement par de jeunes poitrines. Ces citoyens ont, comme en 1792, décrété la patrie en danger. Ils exigent que l’on ne se cache plus derrière les mots (ou l’absence de mots) et comprennent que l’on ne peut plus, pour assurer notre sécurité, se reposer sur les seuls juges.

Imaginerait-on un chef militaire commander à ses hommes « A l’assaut ! » sans leur avoir préalablement désigné leur ennemi ? Or, si d’aucuns s’interrogeaient encore sur le bien-fondé de la présence de nos soldats au Sahel ou en Irak, ils connaissent aujourd’hui la réponse. Depuis les attentats du RER, à Paris, en 1995, soit depuis 20 ans, notre pays est régulièrement attaqué. C’est donc en situation de légitime défense que nous luttons contre notre ennemi en deux échelons, comme disent les militaires, c’est-à-dire à l’avant, pour l’éradiquer dans ses sanctuaires africains ou moyen-orientaux et, maintenant, en deuxième ligne, sur le territoire national. C’est le même combat et c’est d’ailleurs pratiquement le même effectif qui est engagé sur chacun de ces deux fronts alors même que l’on n’a pas cessé, depuis huit ans maintenant, de réduire le format des armées devenu aujourd’hui notoirement insuffisant.

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1 réflexion au sujet de « LIBRE OPINION : Un besoin de France »

  1. « Ils n’ont pas peur des terroristes, mais ils ont peur de la faiblesse de leurs gouvernants. »
    Comment avons-nous pu élire le chef des pleutres à la tête de notre pays? Un incapable qui s’entoure d’autres incapables qui pensent plus à s’exprimer sur twitter et dans les media qu’à faire le boulot pour lequel ils sont bien trop grassement payés.
    Où sont les Salle, Jouhaud, Salan?

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