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Libye, la communauté internationale persiste dans ses errements: QUEL BILAN POUR LE GOUVERNEMENT D’ACCORD NATIONAL ?

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Patrick Haimzadeh, le 11 avril 2017

Orient XXI


Il m’a été donné d’assister à plusieurs conférences dans lesquelles intervenait Monsieur Patrick Haimzadeh. C’est probablement l’un des meilleurs connaisseurs de ce dossier particulièrement sensible dans lequel la responsabilité de la France est fortement engagée. Un article que je vous recommande vivement. //RO


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Le gouvernement d’accord national mis en place il y a un an sous la pression occidentale n’a fait que renforcer la fragmentation du pays. La communauté internationale devrait pourtant tirer les leçons de l’impasse actuelle et, en phase avec la culture politique locale, encourager plutôt la création d’un cercle vertueux en repartant d’en bas.

La Libye apporte une nouvelle illustration, s’il en était encore besoin, de la difficulté à traduire dans la réalité les belles théories de construction étatique « par le haut » développées par les grandes organisations internationales et les Occidentaux durant ces dernières décennies. Un an après l’installation à Tripoli du gouvernement d’accord national sous la pression directe de la « communauté internationale » — en l’occurrence les États européens et les Etats-Unis —, force est de reconnaître que la fragmentation du pays n’a jamais été aussi grande. À la division existante qui prévalait, avec la dissidence de la Cyrénaïque ralliée majoritairement à l’Armée nationale libyenne (ANL) incarnée par le maréchal Khalifa Haftar, s’est ajoutée une nouvelle ligne de fracture à l’ouest entre partisans et opposants au gouvernement d’accord national.

À Tripoli, l’équilibre dynamique et fragile qui s’était maintenu tant bien que mal entre ces deux camps depuis un an a été remis en question ces dernières semaines, ce qui s’est traduit par des affrontements à l’arme lourde dans plusieurs quartiers de la capitale. Les alliances ou antagonismes liés à des rivalités personnelles entre chefs, des ambitions de pouvoir ou territoriales, des différends idéologiques, des intérêts économiques et des rivalités traditionnelles entre milices issues de la capitale et milices « extérieures » (originaires principalement de Misrata ou du djebel Nefoussa) se sont en effet articulés autour de la rivalité politique entre opposants et partisans du gouvernement d’accord national. En un sens, le gouvernement d’accord national a donc contribué à créer une nouvelle ligne de fracture politique qui inévitablement s’est traduite en affrontements militaires entre deux blocs.

UNE NOUVELLE LIGNE DE FRACTURE IDÉOLOGIQUE

Les ralliements à l’un ou l’autre camp ont été, comme c’est traditionnellement le cas en Libye, le résultat de choix pragmatiques d’acteurs soutenus à des degrés divers par leur communauté d’origine. Ceci dit, l’émergence d’une nouvelle ligne de fracture idéologique jusqu’alors peu déterminante risque de compliquer la recherche des compromis indispensables pour sortir de l’impasse actuelle. Cette opposition idéologique ne se situe pas entre islamistes et nationalistes comme cela est souvent évoqué dans les médias étrangers, mais entre islamistes madkhalistes (du nom de l’imam saoudien Rabi Al-Madkhali) partisans du rigorisme wahhabite et de l’obéissance au représentant du pouvoir légal (al taa li wali al amr) et islamistes ayant pour ambition d’accéder au pouvoir politique ou tout du moins d’y être associés. Ces derniers constituent une alliance hétéroclite entre partisans du grand mufti de Libye Sadik Al-Ghariani et anciens du Front islamique libyen du combat — dont certains se sont reconvertis en entrepreneurs politiques classiques, mais qui tous perçoivent le gouvernement d’accord national comme une entité imposée de l’extérieur. Dans les récents combats à Tripoli, cette alliance a perdu une bataille contre les milices ralliées au gouvernement d’accord national, comprenant notamment celles de leurs rivaux madkhalistes1. Mais ces combats ne s’expliquent pas, tant s’en faut, que par cet antagonisme « idéologique ».

La ligne de fracture entre habitants et milices de Tripoli et milices considérées comme étrangères à la capitale est quant à elle réapparue à la lueur des affrontements de ces dernières semaines. Les slogans et les manifestations anti-Misrata se sont multipliés à Tripoli, visant directement les milices du front du refus du Misrati Salah Badi, engagées contre le gouvernement d’accord national. Celles-ci sont cantonnées en périphérie de Tripoli, de même que la force nationale mobile2 perçue comme étrangère également à la capitale.


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PATRICK HAIMZADEH

Ancien diplomate français à Tripoli (2001-2004), auteur de l’ouvrage Au cœur de la Libye de Kadhafi, Jean-Claude Lattès, 2011.

About the author / 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

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