L’interview de Valérie Fourneyron de retour du Sahel

Par Thierry Delacourt publié le 03 janvier 2015

Paris-Normandie.fr

 

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La députée de Seine-Maritime, Valérie Fourneyron, témoigne après trois jours auprès des forces françaises engagées en Afrique, sur le front « antijihadistes».

Pour elle, c’était une première sur un théâtre de guerre. Six mois après retrouvé son mandat de députée de Seine-Maritime, l’ancienne ministre Valérie Fourneyron a fait partie d’une délégation de 16 parlementaires qui ont accompagné pendant trois jours, du 31 décembre au 2 janvier, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, auprès des forces françaises en Afrique. Plus de 3000 militaires sont déployés sur la bande sahélo-saharienne – Mauritanie, Mali, Tchad, Niger et Burkina Faso (*) – traquant les groupes islamo-mafieux qui se jouent des frontières et déstabilisent la région. Depuis août, l’opération Barkhane a basé son centre de commandement à N’Djamena. La secrétaire de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale s’y est rendue mercredi avant de se rendre au Niger (Niamey et Madama) et au Mali (Goa). Hier, dans son appartement rouennais qu’elle a rejoint le matin même, elle témoigne.

Quel est votre sentiment général après ces trois jours ?

Valérie Fourneyron : « Il s’agit d’une expérience extraordinaire. Une vraie reconnaissance de l’action de nos armées sur place. La France peut être fière. Il y a sur place une vraie reconnaissance de l’importance de notre présence. Au Mali, elle a déjà permis non seulement de sécuriser le pays mais d’installer la démocratie. Car, dans l’ensemble de cette région, même si l’urgence est la mise en sécurité, il s’agit aussi d’installer de la démocratie et de soutenir les actions de développement. Sur le camp de Gao, au Mali, par exemple, où nous nous sommes rendus hier (NDLR : vendredi), on trouve beaucoup d’ouvriers civils maliens. »

Vous êtes allée aux côtés de Jean-Yves Le Drian au Tchad, au Niger et au Mali. Avez-vous constaté une grande diversité des situations selon les pays ?

« Non, car le commandement est unique. C’est d’ailleurs ce qui fait l’originalité de cette opération. Il y a une vraie coopération des forces françaises avec les autorités et les armées régionales à travers le Groupe des Cinq du Sahel (*). »

Avez-vous eu resenti un sentiment d’insécurité, avec la menace de lancement de roquettes sur les camps, d’explosion de mines au passage des convois…

« Il est clair qu’il s’agit d’une mission extrêmement difficile. Dans une région grande comme neuf fois la France et dans des conditions climatiques extrêmes. A Madama, par exemple, au nord du Niger où notre délégation française s’est rendue jeudi, l’amplitude des températures est de 50 degrés et les conditions sanitaires rudimentaires. C’est d’ailleurs sans doute là que l’on sent le plus la tension. Nous sommes à 100 kilomètres de la frontière libyenne et pour l’instant l’installation dans un ancien fort est provisoire. Il y règne une ambiance particulière. »

Vous avez pu discuter avec des soldats ? N’ont-il pas pu exprimer une certaine frustration, une certaine impuissance face à cet ennemi qui se montre peu, qui utilise des méthodes terroristes ?

« Non, moi j’ai senti une grande confiance des soldats envers le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian qui pour le Nouvel An 2014 était déjà venu en Afrique, à Gao. Et puis l’expérience de Serval au Mali a montré qu’on est efficace. Le général qui commande les forces sur place nous racontait qu’ils avaient récupéré un prisonnier qui disait qu’il voyait des Français partout ! Pourtant il n’y a que 3 000 soldats engagés. Mais il y a un commandement unique et des moyens techniques importants. Avec notamment plusieurs drones que j’ai pu voir décoller et qui réalisent un travail de renseignement considérable. »

Évoque-t-on beaucoup la crainte d’un embrasement en Libye ?

« Oui et cette inquiétude a été portée par le ministre de la Défense lui-même. Au Mali, le président Mahamadou Issoufou a clairement réclamé le service après-vente de la chute de Kadhafi ! On sent bien que la Libye est au cœur des inquiétudes et des enjeux. Il y a la nécessité de sortir du chaos politique qui engendre toutes les violences. »

Avec une intervention internationale ?

« C’est beaucoup trop tôt. Il faut déjà que l’on poursuive cette opération qui sera longue. Ce type d’opération, c’est rarement moins de trois ans avec différentes évolutions. On a fermé la base à Bamako et on va vraiment installer celle de Madama dans quelques semaines. »

Pensez-vous que le coût de ces opérations militaires puisse à terme susciter une polémique en France ? On parle d’environ un million d’euros par jour. En ces temps de disette budgétaire, l’addition pourrait soulever des doutes.

« C’est intéressant car cela me fait repenser à notre arrivée au Niger. Au sein de notre délégation de parlementaires, Jacques Gautier, de l’UMP, a tenu à prendre la parole pour dire aux élus nigériens que toute la France était derrière l’action du gouvernement en Afrique de l’ouest. On sent qu’il y a un vrai rassemblement parlementaire autour de cette question. Cela a forcément un impact sur la programmation militaire car c’est important pour nos soldats qu’il y ait des moyens consentis. C’est le cas avec de nouveaux drones et de nouveaux chars qui sont programmés. »

La France peut-elle longtemps supporter seule le poids de cet engagement ?

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PROPOS RECUEILLIS PAR THIERRY DELACOURT

Remerciements à Rassembler, Transmettre, Soutenir pour avoir partagé cet article qui m’avait échappé. //RO

 

 

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