L’Iran et la guerre très complexe contre l’organisation EI

Par Alireza Manafzadeh Publié le 03-10-2014

RFI

 

Les ennemis de mes ennemis ne sont pas nécessairement mes amis. C’est la raison pour laquelle la guerre contre le groupe Etat islamique s’annonce très complexe.

A cela plusieurs facteurs, notamment le fait que les pays de la coalition sont en même temps en conflit avec les Etats qui vont profiter de l’affaiblissement, voire de la disparition, du groupe jihadiste de l’EI qu’ils combattent.

Après de longues hésitations dont les causes restent toujours inexpliquées et à propos desquelles il vaut mieux, faute d’indices fiables, ne pas trop spéculer, les Occidentaux ont décidé non seulement d’endiguer immédiatement l’avancée du groupe Etat islamique (EI), mais aussi de l’éradiquer à terme. Ce groupe jihadiste dont les crimes atroces contre les populations civiles ont révolté le monde entier, a pris le contrôle d’un immense territoire entre la Syrie et l’Irak. Il s’est sans doute épanoui sur les ruines de ces deux pays. Il contrôlait, jusqu’à ces derniers jours, des raffineries en Irak et en Syrie et réussissait à vendre du pétrole en contrebande, en tirant des bénéfices allant de 1 à 3 millions de dollars par jour, selon les experts.

Pour combattre ce mouvement jihadiste, une mobilisation internationale impliquant les Etats-Unis, plusieurs grands pays européens et asiatiques et certains Etats de la région dont l’Iran se sont mis en marche. Mais l’Iran n’a pas été officiellement invité à rejoindre la coalition internationale bien qu’il ait été tenu au courant du début des opérations aériennes en Irak. Il a pour sa part prévenu qu’il n’hésiterait pas à combattre le mouvement EI sur le territoire irakien si celui-ci s’approchait d’aventure de ses frontières étant donné que les combattants de ce groupe contrôlent actuellement de larges secteurs de Diyala, une province frontalière avec l’Iran.

Bachar el-Assad est toujours indésirable

L’exclusion de toute participation de Damas à la coalition par les États-Unis et les pays européens comme la France et la Grande-Bretagne n’est pas difficile à comprendre. La guerre contre l’organisation EI ne doit surtout pas contribuer au maintien au pouvoir du président Bachar el-Assad contre lequel les Occidentaux soutiennent des factions rebelles syriennes considérées comme modérées.

Le premier objectif de la coalition est de tarir la source principale de financement du groupe Etat islamique. C’est pourquoi les frappes aériennes ont obstinément visé les raffineries contrôlées par l’EI. Ainsi, de nombreuses raffineries dans l’est de la Syrie ont été frappées le 24 septembre par les Etats-Unis, l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis. Les raffineries modulaires sont des installations préfabriquées qui fournissent du carburant pour les opérations de l’EI et des fonds pour financer la poursuite de leurs attaques en Irak et en Syrie (Le Monde 26 sept).

La Russie, quant à elle, considère ces raids de la coalition illégaux puisque non effectués en coordination avec Damas, son allié dans la région. L’Iran, autre allié de Damas, a aussi dénoncé par la voix de son président, Hassan Rohani, « les ingérences inappropriées en Syrie » qui relèvent selon lui d’une « approche stratégique erronée » des Occidentaux au Moyen-Orient.

Qui vient grossir les rangs des jihadistes en Irak et en Syrie ?

La menace jihadiste ayant dominé les débats à la récente Assemblée générale de l’ONU à New York, le Conseil de sécurité réuni le mercredi 24 septembre a adopté à l’unanimité une résolution qui impose aux Etats, sous peine de sanction, d’empêcher leurs citoyens de s’enrôler dans des groupes extrémistes. Selon les renseignements américains, plus de 15 000 combattants étrangers venus de plus de 80 pays auraient rejoint ces dernières années les jihadistes en Irak et en Syrie.

Outre les pays européens comme les Pays-Bas et la Belgique qui ont annoncé une grande participation à la coalition, l’Australie et le Japon soutiennent d’une façon ou d’une autre ces opérations militaires.

Le revirement spectaculaire du pouvoir islamo-conservateur turc qui, outre à son inaction face aux extrémistes voulant rejoindre les rangs du groupe EI à travers les frontières turques, avait refusé jusqu’à ces derniers jours d’intégrer la coalition, est aussi un fait d’importance qui change la donne. Dès son retour de l’Assemblée générale de l’ONU, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a annoncé sa participation prochaine à des opérations militaires. Il est même allé plus loin en jugeant les frappes aériennes insuffisantes. Dans un entretien accordé fin septembre au quotidien Hürriyet, il a déclaré que son pays pourrait envoyer des militaires en Syrie afin de mettre en place une zone de sécurité pour secourir les réfugiés fuyant les jihadistes de l’EI. D’après lui, des forces terrestres sont complémentaires. Les opérations aériennes sont logistiques, s’il n’y a pas de troupes terrestres, il n’y aura pas de règlement permanent (Hürriyet, 27 Eylül 2014 Cumartasi).

En Irak, les forces armées irakiennes continuent leur combat contre les jihadistes sur plusieurs fronts, surtout dans la province occidentale d’Al-Anbar. Ceux-ci assiégeaient sur le territoire syrien la ville d’Aïn al-Arab (Kobane en kurde) située à la frontière turque qu’ils tentaient de prendre après avoir conquis plus de 60 villages dans cette région du Nord syrien. Cette offensive a poussé plus de 160 000 civils kurdes à fuir en Turquie. Près de 24 heures après les premières frappes lancées par la coalition, des avions venus de Turquie ont mené dans cette région plusieurs raids contre des positions et des routes d’approvisionnement du groupe EI. Selon une ONG, ces frappes étaient beaucoup plus puissantes que celles menées par le régime Bachar el-Assad dans cette zone.

A qui profitent ces opérations ?

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Illustration : Des peshmergas sur la ligne de front face aux jihadistes du groupe Etat islamique. 18 août 2014.
Reuters/Youssef Boudlal

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.