L’ordinaire ne s’améliore pas à Bangui

Le 03.04.2014
Le 03.04.2014 par Philippe Chapleau

 

Il faut souhaiter que les quelque 700 soldats d’EUFOR-RCA qui seront bientôt (?) déployés à Bangui auront été dûment prévenus que l’opération en Centrafrique n’aura rien d’une villégiature même rustique et que le terme « spartiate » devra figurer en tête des adjectifs à utiliser pour décrire l’état des emprises où ils seront logés et nourris.

Les gendarmes qui ont rejoint Bangui, eux, ont été avertis: rares repas chauds, rares espaces disponibles au camp de M’Poko, rares ressources en eau et énergie…

C’est une situation dont l’Eda (économat des armées) est conscient puisqu’il tenterait d’améliorer l’ordinaire (restauration et logements) des troupes de Sangaris. Mais entre les budgets limités et la lenteur de décision et d’exécution, les effets ne se sont toujours pas fait sentir à Bangui et encore moins dans le Nord où patrouillent les troupes françaises. Des troupes dont les rangs s’espacent pour cause de maladies (palu, dysenterie…).

Il y a du progrès toutefois. On lira ici un article sur un groupe de la section « Eau » du 3e RG arrivé « après maintes difficultés » (dixit l’article) à Bangui pour y mettre en œuvre des Unités Mobile de Traitement de l’eau (photo ci-dessous 3e RG).

 

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Mais globalement, les quelques témoignages recueillis auprès de rentrants sont unanimes: la vie est dure, ainsi que l’a reconnu le général Soriano ce matin. Et puis, il y a Louvois: comme le dit Jean-Marc Tanguy: « selon une évaluation de l’armée de terre, ce sont 1.500 de ses militaires basés en Centrafrique qui sont touchés, actuellement, par des soucis de fonctionnement de Louvois. Soit la quasi-totalité des ressortissants de l’armée de terre en Centrafrique ».

On ne s’étonnera donc pas de ce coup de gueule sur le Facebook de « Infos Des Milis »:

« Décembre 2013, Sangaris, RCA: officiellement, tout va bien, tout est sous contrôle, certaines photos donneraient presque l’impression d’une simple promenade de santé. De beaux points officiels de situation…Sauf que…
Sauf que les violences ne cessent pas, elles empireraient même, puisque maintenant les troupes françaises sont visées !
Sauf que nos soldats ne sont pas assez nombreux pour rétablir le calme, assurer la sécurité des populations, et la leur.
Sauf que les matériels sont à bout de souffle.
Sauf que les conditions d’exécution de la mission sont… – deux douches en fonctionnement pour tout le camp de l’aéroport de Bangui, – une logistique insuffisante, – pas de moustiquaires, sauf pour l’hôpital, – du matériel médical hyper contingenté pour des gars soumis aux piqûres d’insectes, aux infections, à des désordres intestinaux béton, – des patrouilles dans des véhicules non blindés, – des soldats en campagne qui dorment dans les camions ou à même le sol, – pendant les missions en dehors de Bangui (+/-2 semaines), 1l d’eau par jour, des rations aux dates parfois dépassées, souvent partagées avec les soldats africains, – des toilettes corporelles faites avec de l’eau récoltée dans des bacs, – du courrier et des colis qui n’arrivent pas, – des connexions téléphoniques rares, – cerise sur le gâteau: Louvois n’ayant pas pris en compte l’opex Sangaris, beaucoup touchent une solde ordinaire… »

Source

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

2 thoughts to “L’ordinaire ne s’améliore pas à Bangui”

  1. Tout à fait d’accord avec vous Mary. Je pense néanmoins que tout ceci reste très formateur, moralement, psychologiquement aussi dans cette société d’abondance. Ceci dit, je ne cautionne absolument pas cette situation. Nos hommes ont-ils droit à un passage dans un club Med lors de la relève, comme un sas de décompression. Chypre par exemple…… Bonne journée Mary et merci pour votre fidélité. //RO

  2. Ces hommes plongent brutalement dans un « autre temps », cela crée chez eux de graves perturbations. Avec le recul, lorsqu’on y pense, c’est comme un jeu terrible sauf que ce n’est pas un jeu.
    Quelle mère met au monde un garçon pour l’envoyer vivre dans de telles conditions ? Pour quoi, pour qui ?
    Il faut vieillir pour se rendre compte que, finalement, ce n’est qu’une farce macabre.
    Mais vous connaissez bien ceci Monsieur Ollivier.
    Bonne journée.

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