Ma lettre de réponse à Manu…

Par le Capitaine (e.r.) J.M., Ancien Officier servant à Titre étranger.

© Exclusif Le Colonel 3.0

© Pierre Duriot

Ma lettre de réponse à Manu…

«Monsieur le Président, je vous fais une bafouille que vous lirez sûrement si vous avez des couilles… » (1)

Salut Manu,

Tu m’as écrit et tu m’appelles «chers Français », preuve que tu portes un grand attachement à ma personne et que j’occupe une place privilégiée dans ton cœur. Moi, qui suis toujours désigné plutôt comme un «français moyen» par le fisc, les médias et la technocratie. Je te remercie pour cette très longue lettre, car j’imagine que cela à dû te prendre du temps. Je ne peux donc que souligner l’intention.

Je te tutoie et je t’appelle par ton prénom. Ni vois aucun manque de respect, ni une quelconque preuve d’insolence ou de mépris. Je te parle ici en toute liberté. En toute égalité, car sauf si j’ai mal compris notre devise nationale « Liberté, Egalité, Fraternité », tu ne pourras qu’être d’accord avec moi sur le fait, que toi et moi sommes égaux. Et en toute fraternité aussi, car après tout, nous sommes frères devant la Nation paraît-il. 

Mais peut-être, que tu ne te rappelles déjà plus de moi ? Et pourtant, tu m’es redevable, mon Manu ! Car c’est à moi que tu dois, de pouvoir tous les jours que Dieu fasse, t’assoir devant ton grand bureau, dans ton beau Palais sous les Ors de la République. Souviens-toi, je suis celui qui a voté pour toi aux élections présidentielles ! Tu n’étais pas mon premier choix, mais devant la bêtise effarante de ton adversaire au second tour, je n’ai eu d’autres choix que de te donner mon vote. Car je vote toujours, c’est un devoir pour moi.

Oh, je l’ai fait en toute connaissance de cause, personne ne m’a forcé. Mais la vraie raison de mon vote, c’est que je suis un éternel optimiste. Je me suis dit, ce petit gars, il a les dents qui rayent le plancher, mais il croit à ce qu’il dit. Il n’est pas con et en plus, il a l’air honnête. Il est jeune, alors pourquoi ne pas lui donner une chance de redresser la France. Oui, je sais, je suis d’une naïveté à bouffer du foin. Mais bon, je te l’ai écrit plus haut, je ne suis qu’un français « moyen », alors s’il te plait Manu pour une fois, soit un peu indulgent…

Mais depuis, c’est-à-dire en même pas deux ans, quel bordel tu as foutu en France, mon Manu ! Tu as fait mieux que tous tes prédécesseurs sur les quarante dernières années. Là, je dois dire que tu as fait fort : Plusieurs morts, des centaines de blessés, des milliers d’arrestation, une perte colossale pour notre économie, une défiance pratiquement généralisée maintenant envers nos Institutions, nos représentants et les médias. Des français qui se regardent encore plus de travers, accusant les uns, maudissant les autres. Faut dire aussi, que tu es bien aidé au quotidien. Ton Gouvernement, c’est quand même des champions du monde, il faut bien le reconnaître. La fine équipe à Manu, n’a pas déméritée depuis ton élection. Et tout ça pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut rien entendre…

Alors du coup, tu ne veux toujours pas nous écouter, mais tu veux bien nous lire apparemment. D’où l’idée de ta lettre et du grand débat démocratique. Alors cette lettre, sur la forme pas de problème. Tu es toujours très professionnel, les tournures des phrases, les mots, tout ça, c’est très bien, rien à dire (juste une petite remarque quand même : la France ce n’est pas une figure géométrique. La France c’est la France : Pas un « hexagone »).

Par contre sur le fond, tu es à côté de la plaque, mon Manu ! Si tu veux mon avis, je crois que tu devrais consulter un ophtalmologiste et t’en que tu y es, va voir aussi un spécialiste de l’audition car tu  vois de moins en moins bien et tu n’entends plus rien non plus, mon pauvre Manu. 

Bon tout n’est pas à jeter dans ta bafouille, c’est sûr, mais quand même ? Tu me dis que tu as retenu « quatre grands thèmes qui couvrent beaucoup des grands enjeux de la Nation : la fiscalité et les dépenses publiques, l’organisation de l’État et des services publics, la transition écologique, la démocratie et la citoyenneté ». Très bien, je te suis. 

Tu me dis ensuite, « que tu as la ferme volonté de tirer toutes les conclusions ». Ok, mais je ne suis pas sensé te croire encore sur ce coup-là. Puis, tu précises au cas où je me ferais des idées que «ce n’est ni une élection, ni un référendum ». Ok, tout cela n’a donc aucun poids finalement, c’est juste de la « com » ou de la « pipe ». Puis, pour enfoncer le clou dans ma petite tête, tu soulignes que «c’est mon expression personnelle, correspondant à mon histoire, à mes opinions, à mes priorités, qui t’intéresses ». Ok, super, mais tu vas en faire quoi de mes propositions ? Non, parce que, des comme moi avec des idées, il y en a des millions en France.

Perso, moi je vois les choses de cette façon : un de tes irresponsables au sein d’un ministère, va demander à un baby énarque stagiaire de faire une synthèse de ce grand «tonneau des doléances». Ensuite, l’incompétent vaniteux en charge de ce ministère va y mettre sa «patte» personnelle avant de la soumettre à l’incompétent en Chef de ton Gouvernement, qui lui aussi voudra faire ses propres corrections ou adaptations. Ensuite, tout ça va tomber sur le bureau d’un de tes très nombreux conseillers à l’Elysée. Tu sais cette bande de branleurs qui t’ont soufflés toutes tes bonnes idées depuis le début de ton mandat. Là, ces prétentieux vaniteux vont se réunir et vont reprendre tout ce bazar afin qu’il tienne sur le recto d’une page A4 au maximum. Puis enfin, les résultats de ce grand débat démocratique vont pouvoir être analysés par ton auguste personne. Tu vas ensuite te présenter devant les Français et tu risques alors de te planter lamentablement encore une fois, parce que tu n’auras pas entre les mains les bonnes informations, à tenter bien sûr que ta démarche soit sincère…

Mais ce que tu n’imprimes pas mon pauvre Manu, c’est que je suis d’accord avec tous « tes grands enjeux de la Nation ». Ce n’est pas ça qui me gratte le fondement. Toi et des prédécesseurs, ça fait quarante ans que vous me sortez les mêmes conneries. A chaque fois, on me la fait à l’envers ! Alors comprend aussi que ça commence à me piquer sévère après toutes ces années. 

Et s’il te plaît, Manu, ne vient pas me sortir ta litanie habituelle, sur le sens du partage, de la solidarité, de l’effort et Tutti quanti ! Et encore moins, sur le sens des responsabilités, la Patrie, la grandeur de la France, pas à moi, Manu ! J’ai servi mon Pays, avec « Honneur et Fidélité » pendant plus de vingt-cinq ans. Je continue à bosser, parce qu’il le faut. Mon épouse bien aimée, pareil ! J’ai trois grands enfants maintenant et deux petits-enfants. Je leur ai «botté le cul», pour qu’ils bossent à l’école et pour qu’ils soient bien élevés et respectent les autres.  Nous leur avons surtout appris en tant que parents, que rien n’est gratuit et que seul le travail permet de réaliser ses rêves. Mais grâce à toi et à tes prédécesseurs, années après années, les choses ne faisant qu’empirer, je ne sais même pas ce que sera demain. Ce que je suis sûr par contre, c’est que je dois aider mes enfants à s’en sortir, car eux ils ne s’en sortent pas et qu’avec vos conneries, ce n’est pas près de s’arranger.

Je suis un français « moyen » ! Tu ne comprends pas ce que ça veut dire ? C’est trop compliqué pour ton esprit réputé complexe ? Alors je t’explique encore une fois : « Je n’ai droit à rien, si ce n’est qu’à payer toujours plus d’impôts et de taxes en fermant bien ma gueule ! » Voilà, c’est aussi simple que ça. Sauf qu’un mauvais matin, je ne pourrais plus payer et je basculerai alors comme tant d’autres avant moi, dans la précarité. Je ne serais plus un français «moyen», mais un de ces «minima sociaux»  qui voudra aussi que l’Etat providence s’occupe de moi, par solidarité, par justice sociale, etc. Et toi ou un de tes successeurs, vous me direz alors la bouche en cœur «Mais mon con, ce n’est pas possible, toi et les tiens, tu nous coûtes un pognon de dingue et les caisses sont vides !»

Tu n’as pas compris que nous sommes dans une France où c’est désormais « chacun pour sa gueule », et cette France-là, c’est à toi et tes semblables que nous la devons ? Ce n’est pas pour rien, que les gilets jaunes que tu méprises tant, ne sont aujourd’hui d’accord avec personne et ne veulent plus aucun représentant.

Surtout que je suis sûr que tu vas me la mettre à nouveau bien profond avec ton « grand débat » et ce n’est pas ton « one man show » qui va me faire changer d’avis, car tu le clames haut et fort « je ne changerai pas ! ». Tu vas donc pouvoir me reprocher de n’avoir pas participé à ce « grand débat démocratique »(2). Tu vas pouvoir me montrer du doigt à la vindicte populaire, moi « le français réfractaire aux réformes». Tu m’as offert le moyen de m’exprimer et cela ne suffit pas ! Bien joué Manu, t’es trop fort. Mais, comment veux-tu qu’après cela, je te fasse encore confiance à toi et à tous ceux qui veulent ta place ? En faisant croire à ce temps de parole démocratique, tu joues avec le feu. Car à la fin, si personne n’entend ce que le peuple hurle, c’est bien la démocratie qui en prendra plein la gueule et accessoirement nous avec. 

Voilà Manu, je vais en rester là. Tout cela me déprime et me désespère. Je suis triste pour les miens, pour ceux qui me sont proches et pour la France aussi, un peu. Car, s’il y a bien une chose qui nous rapproche encore Manu, c’est que je suis sûr que tu aimes ton pays autant que moi. Tu vois, j’ai mis de côté tes écarts de langage, quand tu les as de travers et que tu nous manques de respect. Lorsque tu nous insultes, tu nous invectives ou tu nous méprises. Moi aussi, je les ai parfois à l’envers quand je regarde ce qui se passe en France. Et nous sommes très nombreux à avoir les gonades comme des montgolfières.

Portes-toi bien Manu, et s’il te plaît fait en sorte d’être à la hauteur de la fonction qui est la tienne, car c’est des « Chers Français » comme moi qui t’avons mis là…

  • J’espère que tu apprécieras cette citation, tirée de la reprise par Renaud de la chanson « Le déserteur » ? Venant d’un mec avec mon parcours, c’est plutôt gonflé non ? Maintenant, si tu préfères, j’ai aussi en référence « Hexagone » du même artiste, qui quarante ans après sa sortie, reste tristement et cruellement d’actualité…
  • Ce qui est faux car je participe à ce grand débat.

© 2019 Le Colonel 3.0 et lecolonel.net

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

8 thoughts to “Ma lettre de réponse à Manu…”

  1. @Jean pas de bol. Il est vrai qu’une fôte d’orthographe puisse perturber certains esprits; mais je crois que sur ce site les intervenants sont suffisamment intelligents pour savoir que l’on écrit il y a parfois des erreurs de frappe.
    En ce qui me concerne j’aurai fait la rectification moi-même sans avoir à le faire remarquer à toutes et tous.
    Par ailleurs, cela ne concerne pas évidemment ce blog et encore moins notre camarade Régis, mais il m’est arrivé au sein de mes activités de recevoir des courriers bourrés de fautes, dans un français chatié (tiens il tombe à propos) je ne m’y suis jamais attaché, l’important était le contenu. Alors mes chers compatriotes un peu de retenu svp envers ceux qui prennent la plume ou le clavier; ce n’est déjà pas si simple. Cela étant je vous salue à toutes et tous.

  2. Vous écrivez :
    … »Ok, mais je ne suis pas sensé te croire … »

    J’aurais préféré :
    … »Ok, mais je ne suis pas censé te croire … »

    Merci de croire en mon bon sens.

  3. Avec toute mon admiration pour ce chef d’œuvre, digne de Balzac cloné avec du Flaubert !
    Seulement je ne suis pas sur que votre « Manu » prenne la peine de lire ce qui pourtant intéresse tant de français en ce moment . Bien entendu je partage totalement vos propos et vous encourage a continuer…Mais je ne suis pas sur que cela intéresse vraiment Manu !
    Cordialement !

  4. Je ne pense pas que l’on puisse dire que notre président aime la France; sinon il n’aurait pas porté ces jugements surréalistes sur la colonisation française en Algérie, il n’aurait pas favorisé la nomination d’une affidée de Kagamé à la présidence de la francophonie, il n’aurait pas tancé vertement en public le CEMA, et il aurait commémorer la victoire de 1918 et non la fin des combats pour ne pas vexer Merkel! Il s’aime lui, c’est indéniable, et sa cour!

  5. Mon cher Capitaine, une rumeur qui court que Macron sera bientot demis de sa fonction par un gouvernement militaire aibsi que d’autres personalitees qui ont volees la democratie en France, apres quoi une veritable democratie sera instauree.
    Peut etre que ce combat va payer.
    WGOWGA!

  6. Rien à rajouter de cette magnifique lettre, il ne pouvait en être autrement, émanant, d’un légionnaire.
    Mais hélas je crains fort que ce ne soit qu’une lettre de plus qui échouera dans le panier à crabes…pardon..panier à papiers.
    Je conclue à l’intention du rédacteur de cette missive: Salutations légionnaire d’un ancien du 2ème REI.
    Et évidemment que je vous salue et vous fais part de ma gratitude pour votre engagement.

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