Ce sont quelques phrases qui ont affolé la maréchaussée. Mercredi 18 octobre, Emmanuel Macron prononçait un discours à l’Elysée face aux représentants des forces de sécurité intérieure. Peu avant de conclure, le président de la République s’est fendu de quelques mots énigmatiques, plus particulièrement adressés aux gendarmes. «Sur ce sujet du temps de travail, je dirai aussi très clairement que ma détermination est complète pour qu’aussi bien la gendarmerie que les militaires de manière plus générale ne soient pas concernés par la directive bien connue», a-t-il glissé. Cette «directive bien connue» dont parle le chef de l’Etat en des termes sibyllins n’est autre qu’une directive européenne de 2003 relative à l’aménagement du temps de travail. Le texte concerne tous les corps de métiers, et pas seulement les forces de l’ordre.

«Un moment d’incompréhension»

La directive contient deux mesures principales. Elle fixe un principe de 11 heures consécutives de repos entre deux journées de travail et plafonne la durée hebdomadaire du travail à 48 heures. Elle instaure aussi des temps de pause obligatoires toutes les six heures. Si l’armée n’en a pas vu la couleur, contrairement à la plupart des métiers, la directive est partiellement appliquée aux gendarmes depuis septembre 2016. Les képis bleus jouissent désormais de 11 heures de repos garanties entre deux services. Alors quand Emmanuel Macron prononce ces mots à l’Elysée, les réactions sont vives. Le chef de l’Etat touche une corde sensible. Immédiatement, les gendarmes craignent un retour en arrière. Ils ont peur que les 11 heures de repos – acquises dans le contexte de l’état d’urgence où ils sont très sollicités – soient supprimées. «Apparemment, un brouhaha a suivi l’annonce d’Emmanuel Macron. Je crois que la réaction de l’assistance a été assez parlante», raconte un officier de gendarmerie à Libération.

Auprès de l’association professionnelle de gendarmes GendXXI, de nombreuses craintes affluent. «Il y a eu un moment d’incompréhension. Le lendemain du discours, le directeur général de la gendarmerie nationale (DGGN) a clarifié la situation», poursuit cet officier. Jeudi 19 octobre, Richard Lizurey joue l’apaisement. «Nous ne reviendrons pas en arrière», rassure le patron des gendarmes. Dans un communiqué, le ministère de l’Intérieur appuie ses dires. «Il a confirmé que [les dispositions] relatives au temps de récupération des gendarmes n’étaient, quant à elles, pas remises en cause.» Entre les lignes, les 11 heures de repos ne sont pas supprimées. Mais le reste de la directive, qui devait être appliqué aux gendarmes, n’est manifestement plus une priorité.

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