Mais pourquoi jouons-nous à nous faire peur en surestimant les capacités militaires de la Russie ?

Alain Rodier, le

Atlantico


Le potentiel nucléaire est traité en cinq lignes et pourtant il pourrait faire la différence. //RO

Je cite : « La seule parité se trouve du côté des armes nucléaires, les Américains ayant 1481 têtes opérationnelles contre 1 735 russes. De quoi détruire plusieurs fois la planète. Bien sûr, ces chiffres ne prennent pas tous les éléments en compte, en particulier la disponibilité des matériels – très souvent en dessous de 50% -, la valeur combative et l’expérience des différents acteurs. //AR


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Les dépenses militaires de Paris dépasseront celles de Moscou en 2017. Au vu de la chute vertigineuse des dépensses russes en la matière et du contexte économique défavorable du pays, une chose est sûre : les capacités opérationnelles du Kremlin sont bien moindres qu’il n’y paraît.

Atlantico : La Russie a vu baisser ses dépenses militaires de manière vertigineuse malgré les démonstrations de force en Syrie. Les dépenses sont dix fois moins élevées que les Etats-Unis et proches de celles de la France. Dans ce contexte, n’a-t-on pas tendance à surestimer les capacités militaires opérationnelles du Kremlin ? 

Alain Rodier : Pour être précis, selon le rapport du SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute) publié le 24 avril 2017, les pourcentages des dépenses militaires mondiales pour 2016 ont été de 36% du fait des États-Unis, de 13% pour la Chine et 4,1% pour la Russie. Les chiffres cumulés de la France, de l’Allemagne et de la Grande Bretagne aboutissent à 8,6% soit plus du double !

 

Les services de renseignement ont toujours adoré comparer les nombres de personnels et de matériels (military balance). Je ne résiste pas au plaisir de me livrer à cet exercice en sachant que ces chiffres sont approximatifs.

Tout d’abord, les populations. Les pays de l’OTAN représentent environ 917 millions de citoyens (dont 317 millions d’Américains) pour un peu plus de 142 millions de Russes. Or, les combattants se recrutent dans ces populations. La ressource des pays occidentaux est donc très supérieure à celle des Russes.

 

L’OTAN compte 3,6 millions d’hommes (et femmes) sous les armes (dont 1 500 000 Américain(e)s) contre 800 000 Russes. Au plan de l’aviation, l’OTAN est forte de 5 900 avions de combat (dont 3 500 Américains) contre 1 900 Russes.

L’US NAVY possède 10 portes aéronefs (sans compter les portes-hélicoptères) alors que Moscou en aligne un (en cale sèche pour une très longue période)… L’OTAN a approximativement 5 900 chars de bataille (dont 2 300 Américains) contre 2 800 russes.

La seule parité se trouve du côté des armes nucléaires, les Américains ayant 1481 têtes opérationnelles contre 1 735 russes. De quoi détruire plusieurs fois la planète. Bien sûr, ces chiffres ne prennent pas tous les éléments en compte, en particulier la disponibilité des matériels – très souvent en dessous de 50% -, la valeur combative et l’expérience des différents acteurs.

D’où provient cette exagération des capacités militaires de la Russie ? Par qui est-elle le plus entretenue et pour concourir à quel objectif ? 

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, Washington s’est toujours employé à exagérer la menace de l’URSS, puis du Pacte de Varsovie et enfin de la Russie. Ses alliés de l’OTAN qui étaient tributaires (et qui pour beaucoup, le sont encore totalement) du renseignement américain n’avaient pas de raison de douter des affirmations du grand allié US d’autant que les Britanniques abondaient toujours dans leur sens et que leurs services bénéficiaient d’une solide réputation de sérieux.

La France a commencé à douter (un peu, puis plus sérieusement) de ces affirmations en analysant le conflit afghan mené par l’Armée rouge. A savoir que les informations recueillies nationalement ont démontré que la belle mécanique militaire russe n’était pas aussi efficace que prévue.


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Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

 


 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

3 thoughts to “Mais pourquoi jouons-nous à nous faire peur en surestimant les capacités militaires de la Russie ?”

  1. Et je parie que « MoiJe » et même « l’Emmanuel », se terreront dans le blockhaus au 4ème sous sol du château. Là ou Mitterand faisait « écouter » certains VIP français.
    Quant aux militaires, « ils » ne leu apporteront pas la mallette des codes, car ils n’auront « pas de bol » et Napoléon n’en a pas eu à Waterloo.
    Alors, si monsieur Poutine voulait jouer à la roulette russe avec le nouveau et l’ancien président, il lui suffirait de survoler Paris avec des avions équipés d’ogives et de demander le départ du locataire du château, ainsi que de son équipe. Avant que tous ses avions ne s’écrasent sur la capitale. Il pourra toujours évoquer un détournement d’escadrille par des jyadistes, et la préfecture de Paris cautionnera l’information, puisqu’elle entendra les paroles mythiques lancées par ceux ci, avant la chute finale.

  2. Peut-être qu’un élément de puissance manque ici, et qui joue en faveur des Russes: c’est la liberté d’action politico-juridique.
    L’armée Russe pourra compter sur un gouvernement résolu, déterminé, pragmatique quant aux buts de guerre et aux moyens pour y parvenir. Elle pourra (comme vu en Ukraine et en Tchétchénie) agir presque comme à sa guise en s’asseyant facilement sur des conventions de Genève et même quelque droits de l’Homme. Elle bénéficiera d’une population nationaliste galvanisée par des médias inféodés au régime.

    L’OTAN sera paralysée par les pays qui ne voudront pas y aller,ceux qui voudraient bien mais ne peuvent point, ceux qui exigeront l’aval de l’ONU, ceux qui attendront les élections, etc. Quant aux populations…entre Français nihilistes, Allemands pacifistes, Britanniques pragmatiques, Américains isolationistes, difficile de trouver du soutien dans l’opinion publique.
    La puissance n’est pas qu’une comparaison de volume de matériel, il me semble.

  3. Bonsoir mon Colonel,

    Ne voyez pas d’outrance ou d’insolence dans ma remarque, mon commentaire, mais je dois vous écrire que la logique de la raison n’a plus court, ici bas, en France.
    C’est mon avis, il n’engage que moi.

    Oh bien sur, logique de connivence, oui il y a, mais logique d’un peuple, non.

    Comment pourrait-il y avoir une logique universelle française si l’on restreint celle-ci à une minorité qui empêche le peuple de se parler, quelqu’en soient les justifications.

    Non, décidemment, autant je crois en la grandeur de mon pays, la grandeur de ce que mon peule, à commencé par les celtes ( pour ne citer que les plus lointains souvenirs que les archiologues puissent exumer, à l’exception de quelques scelettes ne disant rien de l’organisation social au temps où ils furent de chair ), autant je doute de représentativité de nos élus, je ne parle même pas de leur volonté.

    Truquer une élection, en truquer une deuxième, faire de la tricherie la norme, en utilisant tous les pouvoirs pour ce faire, ce n’est pas gouverner, non ! non, je crois que le verbe qui convient le mieux est DICTER. Verbe qui donna le mot dictateur, celui qui dicte, dans le sens ou il ne lui importe pas ce que les autres pensent, conçoivent et/ou veulent. Les autres signifiants le peuple lorsque le dictateur est le représentant d’un pays.

    Alors voyez-vous, la sagesse veut que je continue à construire mon petit bonheur, ma liberté, ce que je fais, mais le coeur, mon coeur et celui de mes amis, de mes amies, me dit qu’en cette année, en l’an 2017 après Jésus Christ, nous venons de voir l’avénement d’une dictature en France.

    Non, il n’y a plus de logique ici bas en France, car nous n’avons plus le droit d’être logique tant par les nombres que les mots.

    Ce soir, j’ai une pensée émue pour Harlem qui branle rien au parlement européen, j’ai une pensée émue pour dray, le truand condamné, j’ai une pensée émue pour hollande, qui, dans la compromission permanente, ne se représente même pas lui même, dans le sens où je crois fermement que lorsqu’il se regarde dans une glasse, il ne peut pas se reconnaitre.

    Cordialement,
    Ondo.

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