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MALI – Synthèse 2013-2017 par Pierre Bertet au Mali

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Par Pierre Bertet, le 07 décembre 2017

Pour Le Colonel 3.0

 

 

 

En finalisant cette synthèse pour 2017, j’ai été surpris par une chose qui jusque-là ne m’était pas apparue clairement. La France a agi et se démène encore en n’ayant pas le choix au Mali, alors que le pays lui s’est enfoncé et continue à le faire parce qu’il n’arrive pas à choisir parmi les OPTIONS MULTIPLES qui s’offrent à lui. Or cette étonnante pauvreté en termes d’options viables pour la France au Mali est indubitablement le signe d’une précarité de fond. Ce qui signifie en clair et contre toute attente, que Bamako potentiellement va beaucoup mieux que Paris !

La sous-région et le pays ont un potentiel susceptible d’apporter demain des points de croissance à l’Europe et la France, et s’il est un moment où les dirigeants de la zone doivent prendre conscience de cela, c’est MAINTENANT. Avec comme mesure immédiate à prendre, le gel des emprunts à vocation militaire pour les pays du G5 Sahel puisqu’en plus de ne rien résoudre, cette force qui apporte deux nœuds de tensions déstabilisatrices inutiles au Mali hypothèque également l’avenir des générations futures, les montants nécessaires à son fonctionnement étant colossaux et à crédits.

Pour le reste, ce boulier qui démarre avec l’opération SERVAL parle de lui-même. En développer tous les aspects ici prendrait une bonne dizaine de pages mais c’est inutile. Chacun je pense peut aisément en appréhender les développements divers, la lecture pouvant se faire dans tous les sens.

 

 

Je voudrais néanmoins souligner 3 aspects qui me semblent important. En premier lieu, la singularité de la ligne d’action de la Minusma qui n’est rattachée à quoi que ce soit dans la sous-région, puisqu’elle l’est uniquement à la France. En faisant glisser le point de tension N°2 en dehors du Mali sur sa ligne, on impacte du même coup la ligne d’action Algérienne. C’est donc deux nœuds de tensions (les N°2) qui « sautent », avec un seul glissement. Bien noter au passage que l’inverse n’est pas vrai.

En second lieu, on voit que l’on fait beaucoup mieux avec un glissement du point de tension N°4 sur la ligne d’action de la France. Puisque ce faisant, on agit simultanément sur 3 points de tension avec des glissements à décharge sur les lignes du Niger et du Burkina Faso.

Enfin le terrorisme, dirigé à l’endroit de la France en dehors du Mali, et qui a constitué le point de tension N°5 cristallisé par Barkhane. Le glissement de ce point en dehors du Mali ne sera salutaire pour le pays qu’à la condition expresse que la G5 Sahel NE SOIT PAS ASSIMILEE à une force supplétive par le NIM. Ce qui malheureusement n’est pas le cas, on l’a vu depuis Hawbi. Il y a là une escalade dont seule la France porte la responsabilité morale.

Et donc en conclusion et contrairement aux apparences, on voit avec cette synthèse qu’il y a d’excellentes options en cette fin 2017, pour reprendre le contrôle de la situation. Les stratégies de sortie durable de crise ne manquent pas, dès lors que l’on se place dans une posture volontariste visant à une réappropriation politique et militaire de ce dossier au Mali. Et le stabiliser en pivot en Afrique de l’Ouest, c’est contribuer à terme à stabiliser toute la sous-région.

J’en termine avec un dernier point, relatif à la frise du temps associée au boulier (flèches ascendante et descendante avec en vis-à-vis, les chiffres allant de 1 à 6). Ils correspondent à l’entrée en scène des différentes lignes d’action. Ce qui signifie qu’au départ de l’opération Serval le 11 janvier 2013, le seul et unique point de tension au Mali était le point N°1 – à savoir la mal gouvernance. Le point de tension N°00 créé par Ansar-Eddine reste bien à l’origine de l’OPEX. Mais en réussissant parfaitement sa mission, SERVAL a de facto supprimé ce double zéro en instaurant la première asymétrie de combat au Mali, depuis l’indépendance. C’est donc très logiquement APRES !… Que ça c’est gâté.

 

© 2017 texte et illustration Pierre Bertet

 

 

 

About the author / 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

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