Mayotte : la France à la dérive

Par Jean Louis Grasso

Le 03 avril 2018

Réseau International

 

 

« « La France fait ce qu’elle peut, Mayotte n’est un département français que depuis peu » entend-t-on ça et là de la bouche de ceux qui se sentent constamment obligés de justifier l’injustifiable. Un peu comme si couvrir les manquements de la France constituait une sorte de devoir moral, pour certains métropolitains qui veulent se racheter une conscience. Mais c’est faux, l’Etat ne fait pas ce qu’il peut. » //JLG

 

© Tosque Jean-Louis

 

Voilà presque 4 ans que je vis à Mayotte. Je m’apprête à en partir et je ressens aujourd’hui le besoin de dresser le bilan. Non pas pour la postérité ni pour donner une leçon de morale, ce serait bien trop prétentieux et malvenu. Mais peut-être plutôt pour retrouver mon honnêteté intellectuelle. Pour dépasser un cas de conscience. Le fait de partir m’a enfin permis d’ouvrir les yeux sur ce qu’il se passe ici. La grève générale qui paralyse l’île actuellement y est aussi certainement pour quelque chose, il faut bien le dire.

Sur « l’île aux parfums » ça sent encore la merde. Les poubelles dégueulent, ça grouille de rats, les étals des supermarchés sont encore vides et il n’y a toujours pas d’essence dans les stations. Et puis surtout la chasse aux étrangers continue dans l’indifférence générale. Des affiches mentionnant le nom des « traîtres mahorais » qui aident les clandestins sont toujours placardées sur les murs en face de chez moi et des maisons d’Anjouanais[i] brûlent encore au nord et au sud de l’ile… On étouffe littéralement. On reste calfeutrés chez nous à compter nos dernières boîtes de conserve. Mais la sortie de crise est peut être pour bientôt car les négociations ont enfin repris depuis trois jours. Certains sont tellement excédés qu’ils s’organisent en ce moment même pour aller se confronter aux grévistes qui tiennent les barrages routiers, parce qu’ils n’en peuvent plus de ne pas pouvoir circuler. J’apprends à l’instant qu’un homme vient de foncer sur des « barragistes » avec sa voiture. Malgré tout, l’intersyndicale et le collectif de Mayotte tiennent bon. Ils ne veulent rien lâcher car ils n’ont toujours pas obtenu ce qu’ils réclament. Ce qui est sûr, c’est que la population de Mayotte est à bout de nerfs et complètement divisée.

Il y a 4 ans, comme beaucoup de jeunes profs, deux possibilités s’offraient à moi : la grisaille de la banlieue parisienne ou l’exotisme des DOM (Mayotte ou la Guyane).  Avec ma conjointe on n’a pas hésité et on s’est laissé tenter par les tropiques. On a choisi Mayotte, le nouveau département français. Cette petite île méconnue – qu’on avait nous-mêmes du mal à placer sur une carte – d’un peu plus de 200 000 habitants, entre Madagascar et le Mozambique. Très vite, avant notre départ, on se renseigne un peu et on se rend vite compte que cet endroit n’est pas le paradis. Je me souviens de ce titre lu dans la presse et qui m’avait alors interloqué : « Mayotte, un département au rabais »[ii]… Mais on se dit qu’après tout ce sera toujours mieux que la banlieue parisienne.

Une fois sur place, on découvre un endroit fantastique ! Pourquoi ce discours aussi sombre sur Mayotte ?! C’est est un grand terrain de jeu ! … Les rencontres sont faciles, on se fait plein d’amis, on s’éclate à faire la fête à Mamoudzou et le lagon tient ses promesses, il est vraiment d’une beauté exceptionnelle. Les élèves sont d’une gentillesse incroyable et mon salaire à 4000 euros est inespéré !

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2 réflexions au sujet de “Mayotte : la France à la dérive”

  1. La réponse est non. Mais nous a-t-on demandé notre avis? Les intérêts des uns et des autres ont été plus forts….

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