Minute cynique… de Pierre Duriot

Le 01 février 2019 – Le Colonel 3.0

© Pierre Duriot

Depuis le 17 novembre, les lanceurs de balles de défense, fabriqués en Suisse par l’entreprise B&T AG, ont été utilisés pour un total de 9.228 tirs, il est vrai pour 37 924 manifestations, a indiqué une représentante du ministère de l’Intérieur, mercredi 30 janvier. Elle nous prend pour des billes, dans un tas de manifestations de province, les LBD n’ont pas été utilisés du tout, ce qui fait que les près de 10 000 tirs sont essentiellement à comptabiliser sur Paris et quelques grandes villes. 111 enquêtes sont ouvertes par l’Inspection générale de la police. Pour être utilisé, ce LBD nécessite que « le policier soit en état de légitime défense ou incapable d’assurer la défense du terrain qu’il est censé défendre », selon la consigne officielle, on appréciera. Le Centre de recherche et d’études de la police nationale explique, « le système LBD peut entraîner des lésions graves pouvant être irréversibles voire mortelles, lors de tirs à moins de cinq mètres. Pour des distances de tirs comprises entre cinq et dix mètres, des lésions graves sont observées. Les consignes d’utilisation policière interdisent de viser la tête. Cependant, « ces consignes ne sont pas toujours respectées », explique l’IGPN. À la date de 2019, le décompte de personnes ayant perdu tout ou partie de l’œil avec un LBD tournerait entre cinq, selon le ministère, mais plus de vingt selon des médecins et journalistes. Là où ça se corse est que les policiers et gendarmes qui tirent ont bénéficié de formations obligatoires et détiennent un certificat d’aptitude. En plus, ces LBD sont tous équipés d’un viseur holographique de la marque EOTech, en jargon de tireur : point visé, point atteint… le fabriquant assure : son arme est très précise, le viseur EOTech permet une « précision de tir indéniable, avec un réglage du viseur bloqué par des scellés, il faut être un très mauvais utilisateur pour rater son tir » (sic). En d’autres termes, pour avoir l’oeil, il faut avoir visé l’oeil. Et le Suisse, conciliant, d’ajouter : la faute revient à la munition utilisée par les français, qui n’est pas celle d’origine. Elle est conne cette munition, on lui dit de viser les jambes et elle arrive dans l’oeil. Sinon, il y aurait bien une autre version : « visez la tête les gars, on vous couvrira ». Et finalement, vu que ça monte en mayonnaise, « on vous couvre plus ». Et comme d’habitude, les petits lampistes vont se retrouver bien seuls. Non, ça c’est pas possible, pas le style de ce gouvernement, vous savez bien.

http://www.pierre-duriot.com/

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

3 thoughts to “Minute cynique… de Pierre Duriot”

  1. Les infos télé nous ont même dit « Si visage visé, c’est une erreur de tir car certains flics n’ont pas été assez entraînés à l’utilisation du flash-ball ». OK, mais alors pourquoi aucun pied touché ?
    Hier un gilet jaune a été touché au visage et plus précisément sur la bouche par un tir de ces engins. On peut imaginer les séquelles à vie pour cet homme.
    Merci pour cet article qui nous donne des précisions sur les performances de ces armes.

  2. Il me semble qu’il est pratiquement impossible de lier la munition tirée à son arme comme on le fait avec des armes/munitions classiques. Autrement dit, le tireur reste inconnu, d’où l’utilisation des cameras portées par les policiers tireurs.
    Peut être devrait-on revoir l’arme elle-même… Mais avec quoi les policiers vont-ils se défendre ? Sortir les MAS-36 des dépôts ou au moins leur crosses …

  3. Nous sommes dans un État verrouillé où toute manifestation est inutile; autorisée, mais inutile. Coluche disait :  » La dictature, c’est ferme ta gueule; la démocratie, c’est cause toujours ».
    L’État laisse causer, mais quand cela l’énerve de trop, il ferme les bouches, en visant les têtes, qui en prennent plein la vue.
    Rien de neuf au Pays. C’est juste un modernisme des moyens de lutte anti-manif.
    Et si cela s’aggrave, il y aura des tirs à balles réelles, d’un côté ou de l’autre, puis des deux côtés.
    L’être humain est ainsi : il y aura toujours les gendarmes et les voleurs, les chasseurs et le gibier, les partisans et la résistance.
    Ne demandez pas à un chasseur de tirer à côté du gibier.
    La France est foutue. PASQUA, reviens !!!…

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