Misère ou pauvreté ?

Par Madame Nadezhda Gazmuri-Cherniak

Le 01 octobre 2017 – Le Colonel

 

 

 

Ce billet exceptionnellement long de Nadezhda Gazmuri-Cherniak fait suite à un article que j’ai partagé récemment sur mes réseaux sociaux France : des centaines de milliers de seniors en situation de « mort sociale ».

Il a déclenché chez Nadezhda une irrésistible envie d’y répondre. Je vous propose aujourd’hui en lecture cette réponse avec l’aimable autorisation de son auteur que je remercie vivement. //RO

 

INTRODUCTION

Il faudrait se mettre d’accord avant de commencer, c’est en lisant vos analyses sur la misère française que je constate que personne ne sait parler de la misère dans sont état brut. La misère est vue de loin, je découvre des spectateurs étonnés.

Les uns s’étonnent de l’état de leur pays, et les autres, ce qui se disent « la vivre pleinement» racontent leur misère, dès leur quotidien appauvri, sans espoir, ou font l’éloge des bénévoles parfois les miséreux sont aidés par des âmes caritatives.

J’ai une autre version, et pour la raconter il faut laisser de coté les mots raccommodés, car la souffrance de la misère n’est pas à confondre avec la pauvreté.

La misère exige la vérité crue, si ma déclaration vous effraie ou si vous pensez à une probable exagération, je vous demande de quitter mon espace personnel, personne ne vous demande de poursuivre la lecture, mais, je vois, vous poursuivez… D’aucuns, très mal intentionnés, ceux qui voudront défendre leur France contre vent et marées, auront l’envie de m’attaquer, de me contredire, vous direz que c’est une version trop personnelle, or j’ai déjà entendu tout cela.

Je ne perdrai pas mon temps à vous répondre car dans des cas extrêmes comme l’est la vie quotidienne sans argent, n’est autre chose que vivre soumise à rester enfoncée dans le puit abyssal dans lequel sombre au jour le jour le misérable, et répondre aux imbéciles serait se forcer en plus à se justifier ! Cela est une humiliation supplémentaire à laquelle je ne me prêterai point, car je sais la valeur du silence dans les cas comme le mien.

Vous aurez parfois raison, le cas de la famine individuelle, est un cas exceptionnel de famine absolue, elle ne se partage point, seulement dans des occasions très spéciales elle fut partagée par des millions, mais ici nous parlerons d’un cas particulier, le mien, d’où nous irons vers l’universel.

Et, détrompez vous, je ne prétends pas être la seule à subir la misère, m’adjuger cela est idiot, je ne peux qu’affirmer qu’un témoignage individuel, parmi d’autres a une valeur irremplaçable, parce que sorti de la vie et non des analyses de sociologues et d’économistes.

Allons à l’essentiel, je ferai très court et je veux la clarté et l’éradication de l’ambiguïté, causes de toute cette « confusion », volontaire.

I. Un premier point, la misère française n’est pas le produit d’un virus contagieux qui est tombé sur la France de manière subite et dont d’aucuns sont atteints par des forces obscures, l’un de ces jours je lirai que vous l’attribuez à des effets de sorcellerie inévitables, l’absurdité et la peur gagne le terrain et atteint des cerveaux que l’on croyait bien éveillés.

L’analyse des institutions bénévoles et les statistiques qui font le bilan, se limitent à émir et à écrire des dénonciations et à établir par écrit ces articles avec des états des lieux, rien d’autre, et leurs analyses sont faits sans la moindre précaution de faire une séparation entre les différents cas de misère, elle n’est pas produite par les mêmes causes et c’est dans ce point où il faut approfondir l’analyse.

Je parlerai de la misère française, celle devant laquelle les uns l’observent et analysent de très loin, une misère qu’ils découvrent surpris, et les autres, nous, qui la subissons au jour le jour dans ce merveilleux pays. Des Lumières !!!

Allons par étapes.

Ô ! Les 800€ français !!!!!

Ils vont faire le tour du monde !

Je fais une déclaration PLANETAIRE

ASSEZ !

Les 800€ ont été établis par décret, il est « le seuil de pauvreté » qui fut, établi par un DECRET de 1945, modifié et renouvelée constamment.

Il s’agit du minimum de survie établit maintenant par la UE, la misère à un rang européen, on nivelle par le bas dans cette grandiose Europe des ténèbres.

Ce plafond de 800€, soit qu’ils vous soient attribués en entier, soit qu’ils vous soient complétés à vos faibles revenus « personnels » ne peut pas être dépassé. Ils sont déclarés aux impôts, et si vous obtenez par ailleurs une autre somme qui pourrait venir compléter et vous aider dans votre misère, l’Etat vous supprimera immédiatement de votre « allocation de minimum vieillesse ou d’handicap » la somme obtenue « ailleurs »

Cet Etat ne vous permettra pas de « cumuler » votre minimum avec autres sommes venues se greffer d’ailleurs, cela veut dire que si vous êtes dans ce dispositif et si vous gagnez autre petite somme qui viendrait vous aider, l’Etat vous diminuera de cette minime somme de 800e au seuil de pauvreté la somme gagné ailleurs.

Un peu d’intelligence et de sens commun, seulement un peu d’intelligence vous dira ce que vous devez faire…Subir le « fixe » de la misère bien entendu, car si vous ne payez pas votre loyer et vos créanciers non seulement vous verrez diminuer votre revenu de misère mais votre lendemain sera un des plus brillants et lumineux : SDF !

La France des Lumières.

Il est formellement Interdit de bénéficier de plus de ces 800€

Vous le comprenez ?

L’Etat vous demandera de le rembourser, vous êtes pris au piège À VIE et si vous n’obéissez pas, l’Etat vous dira que vous faites FRAUDE. Interdit de percevoir plus de 800€.

Il va de soi que cette interdiction ne vaut que si vous êtes inséré dans le « dispositif » d’aide du minimum de 800e octroyés par l’Etat, ce fameux seuil de pauvreté.

Si vous avez votre retraite « personnelle » vous pouvez retravailler, gagner de l’argent à coté et faire ce que vous voudriez en faire de votre capacité de travail !

Ces 800€ que l’Etat vous octroie si généreusement doivent être respectés avec un soin exact, un euro gagné de plus, si vous ne le déclarez pas, peut vous coûter la suppression ipso facto de vos prestations, je vais vous expliquer, ne venez pas me dire que je ne sais pas de quoi je parle, car je suis experte en lois administratives et je me bats au jour le jour pour ne pas sombrer encore plus bas du niveau de misère que ces maudits 800e m’imposent de subir.

Pourquoi je les nomme « maudits » ?

Ah, je vois ! Vous voudriez que je me mette à genoux devant l’Etat qui me jette 621€ pour « m’aider » à survivre dans ce merveilleux pays de Droits de l’Homme !?

Et non, vous ne me verrez pas reconnaissante, car je devrais en ce moment recevoir une retraite bien confortable de 2000€ et j’ai étudié et travaillé ma vie durant pour ne pas arriver à cet âge rabaissée entre les griffes d’aucun Etat de par le monde !

Selon d’aucuns je devrais être si « reconnaissante » à la France et lui remercier de me jeter tous les mois sur mon compte non 800€ mais 621€, C’est l’ASPA : l’Allocation Solidarité Vieillesse !!!!!

Ces 621€ qui me jette la France, ils viennent compléter ma « retraite personnelle » de 121€ + la « retraite complémentaire » de 70,85€ !

Ô quand je pense à mes études universitaires couronnées des notes d’excellence.

Quand je pense à mes études de Pédagogie en espagnol en faculté où dans mon université d’origine, l’UTE, qui fut fondée par mon père en 1942 le peintre Hernán GAZMURI qui était Professeur d’Histoire de l’art, dessin et peinture jusqu’à 1972, cette même université où je suis entrée à mes 17 ans !

Quand je pense à mes études en Sorbonne !!! Dirigée par mon directeur recherches, à nos conversations littéraires, à la rédaction de ma thèse de Maîtrise et de doctorat sur l’œuvre d’Ernesto Sábato !

Quand je pense aux heures consacrées sérieusement à devenir la meilleure professionnelle, car c’est ce qui s’impose chez tout professionnel qui se respecte et qui veut donner le meilleur de lui-même.

Quand je pense à mes années de jeunesse perdues misérablement passées à la trappe par la mafia de l’Education Nationale française, je prendrais le train en ce moment même, car ce mépris de votre pays me salit, parce que rester est un déshonneur, parce qu’accepter par obligation ces 800e est une humiliation et une honte que je ne dois aucunement supporter !

Mais la réalité n’est pas ce que je veux faire, mais ce dont je peux faire sans RIEN, sans jeunesse et sans argent, maintenant je ne suis plus RIEN !

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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

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