Moins de Rafale ? Pourquoi il est urgent d’attendre…

Une rumeur court dans les milieux de la défense : les commandes de Rafale pourraient être réduites de 286 à 225, au prétexte de faire des économies. Mais si l’on examine les choses dans leur détail, on se rend compte que cela n’a aucun sens, du moins avant de longues années. Explications.

286, c’est le nombre total d’avions de combat que le gouvernement français prévoit d’acheter sur toute la durée du programme – environ un quart de siècle. 180 d’entre eux ont été commandés et 115 livrés. Le rythme de production actuel de l’usine Dassault de Mérignac est de 11 avions par an, soit un avion par mois, à l’exception du mois de vacances d’été.

Il reste donc aujourd’hui à livrer 65  Rafale (c’est-à dire :180 – 115) déjà commandés. Soit six années de production, ce qui nous renvoie au début de l’année 2019.

Supposons maintenant qu’une réduction à un format de 225 avions soit décidée. Il faudrait donc encore à passer une commande de 45 avions supplémentaires au cours de la prochaine loi de programmation militaire. Soit quatre années de production supplémentaire : nous voilà donc au début de l’année 2023, dans dix ans !

Tout cela s’entend sans commandes à l’exportation – et des signatures de contrat sont toujours attendues, en particulier en Inde. Si un contrat est conclu, il faut compter trois ans entre la signature et la livraison du premier avion. Rien donc dans le meilleur des cas avant le début de l’année 2017.

C’est à partir de ce moment là que les livraisons à l’armée de l’air et à la marine pourraient être freinées. La chaîne de fabrication de Dassault tournerait alors pour l’export, ce qui permettrait de conserver l’outil industriel français sans commandes nationales. Une solution transitoire – qui ne fera pas l’affaire des aviateurs et des marins – mais qui ne pourra intervenir au cours des trois prochaines années, les plus difficiles à passer selon les prévisions budgétaires actuelles.

Bref, toute annonce sur une baisse des commandes totales de Rafale ne serait qu’un affichage politique – sans conséquence budgétaire avant de nombreuses années. Il est d’urgent d’attendre.

Dimanche 31 Mars 2013
Jean-Dominique Merchet
Jean-Dominique Merchet
Jean-Dominique Merchet, journaliste à Marianne, je m’occupe des questions militaires depuis une vingtaine d’années. C’est une passion dans laquelle je suis tombé tout petit… Né en 1959, franc-comtois et versaillais, je suis un auditeur de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN 49). J’ai créé ce blog en 2007.

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.