« Moins le ministère a d’effectifs, plus il a de dépenses de personnel… »

Blog Secret Défense Publié le dimanche 15 septembre à 15h56 par Jean-Dominique Merchet
Blog Secret Défense Publié le dimanche 15 septembre à 15h56 par Jean-Dominique Merchet

Un rapport parlementaire pointe ce « curieux paradoxe » de la Défense

Cela ressemble à un cours de logique Shadok : « Moins le ministère a d’effectifs, plus il a de dépenses de personnel… » Une situation que le député (UMP, Territoire de Belfort) Damien Meslot qualifie poliment de « curieux paradoxe » dans le rapport sur le bilan des réformes du ministère de la Défense qu’il vient de publier avec Genevève Gosselin-Fleury (PS, Manche).

On se pince en effet lorsque l’on constate, comme l’avait déjà fait la Cour des comptes en juillet 2012, que « la masse salariale continue de croître en dépit des déflations drastiques opérées dans les effectifs du ministère » de la Défense. Cette baisse des effectifs de 54 000 en huit ans avait été décidé, en 2008, par Nicolas Sarkozy. L’idée était simple : moins d’hommes, plus de matériels pour les armées.

Cinq ans après, le nombre de militaires et civils de la Défense a bien été réduit de 44 000 (–13 %), mais cela coute plus cher au budget de l’Etat. Les experts ne sont pas d’accord sur le montant exact de ce surcoût, de l’ordre de plusieurs centaines de millions d’euros, mais aucun n’en conteste l’existence.

Pourquoi une telle dérive ? Les deux parlementaires avancent plusieurs raisons : un « repyramidage » des effectifs, c’est-à-dire l’augmentation du nombre de hauts gradés par rapport aux moins gradés, le « glissement vieillesse technicité » (GVT), c’est-à-dire l’impact des avancements, du vieillissement démographique et des augmentions de traitements visant à « revaloriser la condition militaire », et le trop faible recours à des fonctionnaires civils, car « un militaire coûte plus cher qu’un civil », affirment les deux rapporteurs.

Pour comprendre la logique à l’oeuvre, prenons le cas de l’augmentation des soldes. Les policiers et d’autres fonctionnaires civils en tenue (douaniers, etc) avaient vu leurs traitements revalorisés les années précédentes. Les gendarmes, qui sont des militaires désormais rattachés au ministère de l’Intérieur, ont alors obtenu un alignement sur les policiers. Puis les terriens, aviateurs et marins ont estimé qu’il n’y avait pas de raison que les gendarmes soient les seuls militaires à être augmentés. Le ministre Hervé Morin a alors ouvert largement la bourse, d’autant plus qu’il fallait faire accepter les fermetures d’unités et des réorganisations. Cela s’appelle acheter la paix sociale et cela existe aussi dans les casernes.

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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.