Nucléaire iranien: les raisons de l’échec des négociations de Genève

Propos recueillis par Catherine Gouëset, publié le 10/11/2013
Propos recueillis par Catherine Gouëset, publié le 10/11/2013

L’espoir d’un accord sur le nucléaire iranien a été douché dans la nuit de samedi à dimanche. Quelles sont les raisons de cet échec, les points de fixation de part et d’autre. L’analyse de François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Iran. 

Le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif (3e à gauche), la diplomate en chef de l'Union européenne Catherine Ashton (au centre) et le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius. L'intransigeance de la France a été pointée du doigt dans l'échec des négociations de Genève sur le nucléaire iranien. Reuters/Jean-Christophe Bott
Le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif (3e à gauche), la diplomate en chef de l’Union européenne Catherine Ashton (au centre) et le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius. L’intransigeance de la France a été pointée du doigt dans l’échec des négociations de Genève sur le nucléaire iranien.
Reuters/Jean-Christophe Bott

Après des années d’impasse, un accord semblait imminent entre l’Iran et les pays occidentaux sur la question du nucléaire, dans le cadre des négociations de Genève. Entamées jeudi, les discussions se sont accélérées, conduisant les chefs de la diplomatie des 5+1 (Etats-Unis, Russie Chine, France Grande-Bretagne plus l’Allemagne) à rejoindre l’équipe des négociateurs. Elles se se sont finalement soldées sur un échec dans la nuit de samedi à dimanche. Un nouveau cycle de discussions devrait se tenir le 20 novembre prochain. L’éclairage de François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Iran. 

La venue des ministres des Affaires étrangères des 5+1 à Genève laissait augurer une percée dans ces négociations? Comment, selon vous, expliquer cet échec?

Ce qui s’est produit à Genève est inhabituel dans une négociation. Il semble qu’à l’arrivée des ministres, John KerryLaurent Fabius, William Hague, Guido Westerwelle, les négociations ont été rouvertes. En général, le dossier est quasiment bouclé par les collaborateurs des cabinets. Il ne reste plus qu’à signer.

Visiblement, il restait des questions de fond non réglées. Comme l’enrichissement d’uranium et le réacteur d’Arak. On peut d’ailleurs s’étonner de la fixation de Laurent Fabius –et de Benyamin Netanyahu— à ce sujet. Ce réacteur à eau lourde destiné à la recherche, peut certes permettre la production de plutonium de qualité militaire, et présente donc un danger de prolifération. Il est semblable à celui qui a permis à Israël et au Pakistan de fabriquer l’arme atomique. Mais malgré les annonces de l’Iran sur son achèvement en 2014, tous les experts s’accordent sur le fait qu’il faudra encore plusieurs années pour qu’il soit achevé. Rien ne faisait donc de cette question une priorité à traiter dans un accord préliminaire.

Pourquoi l’Iran fait t-il de l’enrichissement d’uranium une ligne rouge?

L’enrichissement d’uranium est une pièce essentielle d’un programme nucléaire complet. Le combustible nucléaire peut soit être acheté à l’extérieur, soit produit à l’intérieur du pays. L’Iran considère que s’il se contente d’acheter de l’uranium enrichi, il peut avoir des mauvaises surprises. Il en a eu par le passé avec le contrat Eurodif [au lendemain de la révolution, la France avait refusé de fournir à la République islamique l’uranium enrichi prévu dans un accord contracté du temps du shah], même si à l’époque, la France avait de bonnes raisons d’avoir refusé de livrer l’uranium promis. Plus récemment, l’Iran a souhaité acheter de l’uranium enrichi pour son réacteur de recherche de Téhéran. En raison des réticences internationales, il n’a pas pu en obtenir. C’est pourquoi l’Iran souhaite être capable de produire lui-même au moins une partie du combustible dont il a besoin. Pas la totalité d’ailleurs. Pour la centrale de Bouchehr, ce sont les Russes qui fournissent le combustible.

La France a été au coeur du blocage des négociations…

Laurent Fabius a effectivement adopté une posture très intransigeante. Il a insisté sur le fait qu’il fallait prendre en compte la préoccupation d’Israël et des Pays arabes. Peut-être y a-t-il une question de calendrier, à une semaine de la visite de François Hollande à Tel Aviv. Faut-il y voir également une façon de manifester le dépit pour la façon dont la France a été traitée par les Etats-Unis sur le dossier syrien?

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Paris reste sur la ligne tracée par Nicolas Sarkozy. L’ancien président était convaincu que la ligne dure était la seule solution pour faire renoncer l’Iran dans sa course au nucléaire. Il a été en pointe pour l’adoption de sanctions au niveau européen. L’arrivée de François Hollande à l’Elysée n’a pas amené de changement de politique, malgré le geste symbolique de la poignée de main échangée avec le nouveau président Hassan Rohani en marge de l’Assemblée générale de l’ONU en septembre. Sans doute parce que les fonctionnaires et les experts du dossier du nucléaire iranien au Quai d’Orsay sont restés en place; ils ont imprimé l’orientation de la nouvelle équipe.

Quelle est la raison de la virulence de l’opposition d’Israël, ainsi que de l’Arabie saoudite à un accord avec l’Iran?

Lire la suite de cet excellent éclairage de François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Iran.

Lire aussi : nucléaire iranien, la France est-elle aux ordres d’Israël?

 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.