Obama face au chaos irakien

 

Par mayakandel le 21 juin 20°14

Froggy Bottom

 

La série noire continue pour Obama sur la politique étrangère, pourtant son point fort au moment de sa réélection en 2012. Voilà donc l’Irak qui revient hanter le président américain, alors même que l’Irak a un poids particulier dans son histoire politique personnelle.

En quatre points, voici un rapide point de situation sur Obama et le chaos irakien.

1. L’Irak et Obama:

L’Irak, plus précisément l’opposition à la guerre en Irak, constitue sans doute le marqueur identitaire le plus fort d’Obama, puisque dès 2002 Obama déclarait que l’Irak était une « guerre stupide » (dumb war) donc avant même l’invasion (2003). Ces propos le différencient de nombreux démocrates qui vont voter pour la guerre (Hillary Clinton, John Kerry), et son opposition à la guerre en Irak joue d’ailleurs un rôle décisif dans la bataille des primaires qui l’oppose à Hillary Clinton en 2008.

Cette opposition est aussi l’une des raisons de sa victoire contre le candidat républicain John McCain lors de l’élection générale de 2008 et on peut donc considérer qu’Obama est élu sur cette promesse de mettre fin à la guerre en Irak et tourner la page des années Bush, qui deviennent également l’objectif principal de sa politique étrangère (avec deux corollaires : se concentrer sur les problèmes intérieurs notamment économiques, faire pivoter les Etats-Unis du Moyen-Orient vers l’Asie, ce second objectif restant pour l’instant davantage un objectif qu’une réalité).

Ce qu’on peut résumer en une phrase : si la politique étrangère de George W. Bush a été une réaction au 11 septembre (2001), celle d’Obama a été une réaction à cette réaction. D’où l’ironie (tragique) de la situation actuelle en Irak.

Quel est aujourd’hui le débat sur l’Irak à Washington ? En réalité, il y a deux débats en ce moment : le débat partisan, le plus présent ; et le débat sur les options possibles et l’avenir de l’Irak.

2. L’Irak dans le débat intérieur américain (le débat partisan):

Ici il faut avant tout rappeler l’état de polarisation extrême de la vie politique à Washington, à des niveaux inédits depuis le 19e siècle. Aujourd’hui les républicains font feu de tout bois pour critiquer Obama.

Or pendant le premier mandat, ces critiques étaient concentrées sur la politique intérieure, pour diverses raisons (opposition de la population dans son ensemble à la guerre en Irak et à la politique de Bush, réaction conservatrice aux plans de relance budgétaire de la fin 2008/début 2009 et surtout au vote de la réforme de santé), tandis qu’Obama semblait protégé sur la politique extérieure (retrait d’Irak, mort de Ben Laden, Libye semblant encore un succès et printemps arabes n’ayant pas encore fait basculer la région dans le chaos).

Depuis quelques temps déjà, on assiste à un retour de bâton, qui a permis aux républicains de retrouver un de leurs angles d’attaques favoris contre les démocrates, l’accusation de faiblesse et de brader le leadership américain (critique récurrente depuis quatre décennies), avec une succession d’événements internationaux qui semblent leur donner raison : Syrie, Ukraine, mais aussi en Asie (Pékin en mer de Chine du Sud) et maintenant donc en Irak.

Au-delà, on a également une tentative de revanche des néoconservateurs qui ont mal vécu leur mise au ban de l’establishment de politique étrangère. Leurs réactions n’en sont pas moins surprenantes, par exemple quand Dick Cheney accuse Obama d’avoir perdu l’Irak sans rappeler son rôle dans le déclenchement et les modalités de l’invasion, ou quand Paul Bremer (qui a démantelé armées, polices et baasistes avec les résultats catastrophiques que l’on sait) explique que « seule l’Amérique peut sauver l’Irak ».

Ce qui est vrai, c’est que l’administration Obama n’a pas réussi à négocier l’immunité juridique et donc le maintien de quelques milliers de soldats américains en Irak après 2011, dont la présence sur place aurait peut-être pu éviter (ou atténuer) la catastrophe actuelle.

Mais ce qui est certain aussi, c’est que ce sont le gouvernement Maliki et le parlement irakien qui ont refusé de ratifier l’accord ; car à l’époque le départ des Américains arrangeait tout le monde, chiites, sunnites et Américains.

3. Le vrai débat sur les options:

Fidèle à son approche de prédilection, et à son hostilité quasi-idéologique pour toute solution militaire (au sens de l’emploi de la force, ici des bombardements), Obama a donc décidé d’envoyer 300 conseillers militaires américains en Irak (forces spéciales pour l’essentiel), en plus des 275 Marines déjà dépêchés pour protéger les ressortissants et ambassade américaine. Des frappes n’ont pas été exclues mais elles sont « remises à plus tard ».

En réalité, les frappes sont sans doute surtout un effet d’annonce destiné au débat partisan (voir ci-dessus) et notamment les critiques au Congrès. Il faut cependant rappeler ici que, si l’on entend beaucoup ces critiques, en réalité :

– Les démocrates sont alignés derrière la prudence présidentielle ;

– La majorité des vétérans de la guerre d’Irak au Congrès sont également favorables à la prudence ;

– De même que la population américaine et une fraction importante des conservateurs donc des républicains (voir ce brillant éditorial de Rand Paul dans le Wall Street Journal du 19 juin, pitch parfait pour un candidat à la présidentielle tant il semble en phase avec l’opinion américaine).

Par ailleurs, des frappes aujourd’hui n’auraient ni effet ni intérêt militaire, en tout cas pas pour défendre Bagdad, déjà bien défendue et que l’EEIL n’a ni l’intention ni les moyens de prendre. Le risque étant grand pour les Etats-Unis s’ils bombardaient de passer pour la force aérienne des chiites avec des conséquences désastreuses non seulement dans la région mais également en Irak (renforcer le soutien de la population sunnite à EEIL). C’est en gros ce qu’ont dit Dempsey et Hagel lors de leur audition au Congrès le 18 juin.

Donc Obama a choisi l’approche indirecte, avec des forces spéciales qui pourront se partager le travail de conseil formation et encadrement aux côtés des Iraniens. Les deux pays connaissent bien le terrain, les deux ont fait récemment la guerre à l’Irak.

Pour finir sur les frappes, il faut aussi rappeler que les Etats-Unis ont déjà mené cette guerre il y a quelques années, avec au plus fort 170 000 soldats sur place. Ce ne sont pas quelques frappes de drones et 300 hommes qui pourront refaire le surge, dont le succès était lié au retournement d’une grande partie de la coalition sunnite (et des bombardements pourraient on l’a dit avoir l’effet inverse).

4. Le lien avec le débat sur l’Afghanistan:   Lire la suite sur http://froggybottomblog.com

 

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