» On n’ira pas jusqu’à la syndicalisation « , assure le lieutenant-colonel Jean-Hugues Matelly, qui crée GendXXI, la première association professionnelle militaire

Par Olivier Berger le 19 décembre 2014

Défense globale et La Voix du Nord

 

Ainsi donc, la « boîte des Pandores » est ouverte! Je vous l’accorde, c’est un vilain jeu de mots. Il signifie mon désaccord sur le principe mais je loue le courage et la détermination de mon camarade Matelly dans cette action. Entre « gens d’armes », nous n’allons pas nous manger entre nous… //RO

 

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Un homme scrutait avec une acuité supérieure la publication du rapport Pêcheur sur la création du droit d’association professionnelle des militaires (APM). Le lieutenant-colonel de gendarmerie Jean-Hugues Matelly (photo AFP) est à l’origine de ce combat. Il en a payé le prix en 2008 avec le Forum gendarmes et citoyens, avant que la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) ne reconnaisse le 2 octobre la violation par la France de l’article 11 de la Convention (liberté de réunion et d’association).

Un projet de loi est en marche. Il y aura bientôt des APM dans les armées et la gendarmerie. Entretien avec Jean-Hugues Matelly, plus déterminé que jamais à  » faire entrer le militaire dans la société « …

– Pourquoi le rapport Pêcheur et le gouvernement sont très prudents avec le mot syndicat ?

 » Le gouvernement comme les militaires ont tout intérêt à ne pas mettre en avant le mot syndicat qui avec la vision française est connoté. C’est la contestation, la grève et la manifestation et ce n’est pas ce que réclame la CEDH et ce que nous voulons. Les militaires peuvent se retrouver sur une autre voix, sans abandonner tous leurs droits syndicaux.  »

– Pourquoi avoir créé GendXXI, la première APM de la gendarmerie ? Sera-t-elle ouverte aux autres armées ?

 » Pour l’instant, GendXXI est créée avec un conseil d’administration de treize gendarmes d’active mais les statuts ne sont pas déposés. Nous attendons le 5 janvier, date où l’arrêt de la CEDH sera définitif. Cette APM est uniquement ouverte à la gendarmerie et à ses deux corps de soutien. Elle s’adaptera à la future loi française et pourrait s’ouvrir aux autres même si c’est délicat avec de vraies cultures dans les armées. L’objectif est en tout cas d’accompagner ce mouvement, le travail politique et législatif vers une loi française qu’on peut espérer, dans un délai raisonnable, au deuxième semestre 2015.  »

– A quoi servira concrètement GendXXI ?

 » GendXXI avance profil bas, dans le respect des valeurs des militaires et des gendarmes. Ce qui manque aujourd’hui, c’est une vraie capacité d’expression publique, qui est le point minimum de la liberté et de la défense des intérêts. Ce verbe était bloqué par le devoir de réserve. Et personne ne pouvait parler collectivement. Si demain, je suis président de GendXXI, je pourrais dire ce que je pense et nos interlocuteurs seront obligés d’entendre ce discours. Ça modifie complètement le rapport de forces. entre le politique et le militaire.  »

– Comment cette évolution est-elle ressentie par les politiques et la hiérarchie militaire ?

 » D’évidence, beaucoup de choses ont changé, questions de personnes et de générations. Les  » grands patrons  » ont un autre rapport à la modernité et sur la place de l’armée dans la société. Il y a beaucoup moins de positions verrouillées qu’auparavant. Et puis, l’arrêt de la CEDH a tranché le débat même si on ne sait pas encore comment tout cela va bouger. Lorsque la guerre est finie, même si c’est sur le plan juridique, les adversaires respectent. C’est particulièrement vrai chez les gendarmes, les soldats de la loi.  »

– Pourquoi avoir verrouillé la charte éthique de votre APM, GendXXI ?

 » Nous avons éliminé les choses absolument incompatibles avec nos métiers comme le droit de retrait ou de grève. En règle générale, tout ce qui nuit à la permanence du service public S’il y a un secteur où il ne peut jamais y avoir un défaut dans le temps, c’est bien la défense, c’est l’évidence. Même chose pour l’accès aux installations. Il nous faudra aussi distinguer l’opérationnel, l’engagement des forces, la conduite des opérations, du ressort du chef et valeur centrale, et le reste où il y a matière à discussion. Vous imaginez si le président décide d’intervenir en République centrafricaine, il n’est pas question de s’y opposer..  »

– Il sera toutefois plus aisé de signaler les ordres manifestement illégaux…

 » Avant, il était en réalité infaisable de résister des de manière individuelle. Là, ce sera faisable de s’y opposer de manière collective. Il ne faut pas en exagérer la portée, il y a heureusement infiniment peu de cas de ce type mais la gendarmerie aurait pu éviter l’affaire des Paillotes ou l’armée l’affaire Mahé en Côte d’Ivoire.  »

– Sur quels secteurs porterez-vous vos revendications ?

 » La question des moyens, y compris en opération, sera un enjeu fort. On s’autorisera le questionnement. On comprend qu’on puisse lancer une mission avec les moyens du bord mais après, l’effort doit être fait. Mais le cœur du combat sera évidemment le hors opérationnel : la condition militaire, l’organisation, l’amélioration du service… Au-delà, si un budget est voté et ne permet pas de tenir le service de manière satisfaisante, nous interviendrons.  »

– Mais il existe les CFM (conseils de la fonction militaire) et le CSFM (conseil supérieur) pour cela ?

 » La CEDH reconnaît d’ailleurs que la France a fait des efforts en matière d’instances de concertation. Mais cela n’exclut pas de créer des associations librement. Le premier système est très bien mais n’est pas exclusif du second. Comment faire coexister les deux ? Nous verrons mais il me paraît un peu absurde de limiter la présence des APM au sein du CSFM puisque tous les gens pourront faire partie d’une association. Cette loi signera à mon avis la fin du tirage au sort des représentants dans les CFM (Terre, Air, Marine nationale, services des essences, de santé des armées, direction générale de l’armement et gendarmerie nationale). Il est indispensable que les gens sentent une avancée démocratique qui devra se manifester par des élections à tous les niveaux. Ce n’est pas prévu dans l’avant-projet de loi mais avec le temps, ça se fera tout naturellement.  »

– On a l’impression que le pouvoir improvise sur ce droit d’association…

 » Ils n’ont pas vu le coup venir. Pour eux, c’était inimaginable et aucun plan B n’a été mûri. C’est un choc juridique pour un droit nouveau.  »

– Avec la manif des gendarmes en 2001 et les réactions des épouses à cause du désastre Louvois, on aurait pu y penser plus tôt…

 

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1 réflexion au sujet de «  » On n’ira pas jusqu’à la syndicalisation « , assure le lieutenant-colonel Jean-Hugues Matelly, qui crée GendXXI, la première association professionnelle militaire »

  1. Bonsoir.

    A la lumière de ce qui se passait avec le CFM – le CFMG,et CSFM et CSFMG j’émets des doutes sur une éventuelle écoute des politiques.
    Enfin, on verra. Restons positifs

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