Opération ronces-voeux

Publié par Stratediplo, le 07 septembre 2016


En fait, l’Opération Ronces, c’est l’opération Karcher à la socialiste. //RO


 

L’expression qui sera rapidement sur toutes les premières pages, c’est « opération Ronces ».

Il est vrai qu’Eric Zemmour ne laisse pas indifférent, il ne mâche pas ses mots, il sait jouer de l’audience qu’on lui offre (bizarrement ?) facilement, et ses fidèles assurent qu’on ne l’a jamais pris en défaut d’information, jusqu’à présent. Toute occasion de diversion étant bonne à prendre, une partie de la presse, peu gênée de commenter un livre qu’elle n’a pas lu, annonce que M. Zemmour vient de révéler le plan de l’armée française pour reconquérir les terres perdues par la France en métropole. Une autre partie de la presse, qui a lu les trois lignes en question, annonce qu’il a révélé, du moins, l’existence et le nom de ce plan.

Car évidemment ce plan existe.

Il existe aussi sûrement que le fantasme de coup d’Etat militaire éventé il y a trois ans par le Lys Noir et son fidèle lecteur tombé tout petit dans les questions de démilitarisation, qui assurait que le ministère prenait l’affaire très au sérieux et qui activait ses sources bien informées. Il existe, et tous les officiers d’état-major de l’armée de terre et de la gendarmerie savent qu’un tel plan ne tient pas « dans les cartons ».

La planification de l’opération Ronces a certes bénéficié, c’est M. Zemmour qui le dit, du retour d’expérience de l’armée israélienne, que le gouvernement français a certainement choisie en raison de ses résultats (comme chacun sait) décisifs, positifs et exemplaires à Gaza, et qu’un certain nombre d’officiers français ont donc été chargés de noter, analyser, conceptualiser et formaliser. Cela ne saurait évidemment suffire, et l’état-major de l’armée de terre, riche en spécialistes de la coordination multinationale de patrouilles sur axe routier dans les vallées afghanes, a dû amener ses officiers traitants, diplômés et brevetés d’état-major, à dérouler leur fameuse méthode de définition du contexte physique et humain, détermination des effets majeurs à obtenir, identification des points décisifs, choix des modes d’action etc., en vue de l’élaboration d’une conception de manœuvre, en amont de l’entrée en scène des spécialistes chargés, pour leur part, de la déclinaison spécifique en termes techniques et tactiques des composantes appuis, renseignement, mobilité, transmissions, logistique… la planification d’une telle opération n’étant pas l’affaire d’un général et de deux colonels. Comme on le lisait aujourd’hui sur certains media, l’élaboration de ce plan a nécessairement impliqué aussi les bureaux opérations des régiments d’infanterie (susceptibles d’être) concernés, à la grande joie certainement des commandants et lieutenants-colonels sortis d’école après la guerre de Bosnie et Herzégovine et instruits par des anciens de la tempête du désert irakien.

Il est vrai aussi qu’après avoir rigolé de l’emballement étatsunien à citer abondamment le colonel Galula à contresens et à contre-emploi, les officiers français d’après le Pacte de Varsovie et le service mononational à menu unique n’ont plus eu honte de consulter en librairie les réflexions du colonel Trinquier. Cela n’a pu que faciliter les études du commandement de la doctrine, chargé de rédiger les manuels d’emploi des forces et les traités d’instruction (toutes armes ou spécifiques), sachant qu’un nouveau concept d’emploi des armées françaises, ou la résurrection d’un concept oublié depuis plus de deux générations, n’est pas aussi simple à adopter et mettre en œuvre qu’un vulgaire logiciel de paye.

Donc évidemment puisque ce plan existe, on peut avouer maintenant que pratiquement tous les officiers supérieurs sont au courant.


Lire la suite sur http://stratediplo.blogspot.fr

 


Lire aussi le septième scénario

Lire aussi Opération Ronce

 


Illustration par Le Colonel : Eric Zemmour : «L’armée française va reconquérir les banlieues comme Israël …
francais.rt.com

 

 


 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

One thought to “Opération ronces-voeux”

  1. Je vais me faire des ennemis!!!!Tant pis. Je dis ce que je pense.
    L’armée d’aujourd’hui n’a strictement rien à voir avec celle qui s’est battue en Indochine, en Algérie. Les méthodes militaires étaient calquées sur l’ennemi et il y a eu formation de ces fameux « Commandos de chasse » qui traquaient les fells en utilisant les mêmes méthodes et sans être accoutré tels des robo coops (pataugas, sac TAP, rations pour 3 ou 4 jours).
    Donc ces soldats étaient plus aguerris que ceux d’aujourd’hui car ils allaient au contact avec les mêmes méthodes. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, bien qu’il y ait quelques exceptions.
    L’armée d’Algérie était aussi (bien que ce ne fut pas son rôle) aguerrie aux centres urbains par le seul fait que ses soldats sillonnaient les rues à longueur de journée et surement pas en « sentinelles ».
    C’est ce qui a permis de démanteler de très nombreux réseaux dont le principal fut celui de Yacef Saadi.
    L’armée d’aujourd’hui n’est en aucun cas préparée à cela et dans l’hypothèse où elle recoive une formation il lui faudra encore plusieurs mois avant d’être efficace.
    Enfin un autre élément dont personne ne parle, c’est cette 5ème colonne qui EXISTE REELLEMENT dans nos Régiments y compris nos troupes d’élite.
    La solution qui serait la moins mauvaise serait un remake du 21 avril 1961; d’autant que nous avons une bonne dizaine de Généraux qui semblent (tout au moins par écrit) prendre conscience de cette nécessité. Mais que l’armée n’oublie pas quelque chose de fondamental : NE PAS ECARTER LES CIVILS.
    C’est par eux et avec eux que la victoire peut se faire; sans les civils l’armée, dans l’hypothèse bien entendu qu’elle veuille bien réagir, ne devra pas commettre cette erreur.
    Lorsque j’avoque civils: il est bien entendu que je n’évoque en AUCUN CAS les politiques au pouvoir depuis un demi siècle qui sont la cause de la situation actuelle.

Les commentaires sont clos.