Otages d’Arlit : l’ancien espion Jean-Marc Gadoullet se rebiffe

Par Antoine Izambard et Vincent Lamigeon, publié le 26-05-2016

Challenges



Le moins que l’on puisse dire, c’est que depuis un certain temps, ça balance pas mal et ça vide son sac à la Piscine, boulevard Mortier, siège de la DGSE. L’affaire n’est pas banale et elle parfaitement décrite dans cet article particulièrement bien documenté. Et pour cause. Le héros bafoué n’est autre que Jean-Marc Gadoullet, ex-DGSE en guerre ouverte contre un autre ex-DGSE Pierre-Antoine Lorenzi. Mais pas que… L’enjeu est de taille. Trois millions d’euros.

A la Piscine, tous les agents ont l’habitude de nager en eau trouble. Moins fréquent est de nager en eau glauque. Mais ça arrive. Ici, vous trouverez tous les ingrédients d’un excellent film d’espionnage. Des réseaux, dont l’un semble plus puissant que l’autre, la finance, la politique, le mensonge, la manipulation…

Je ne me prononcerai pas sur le fond de cette affaire que je ne connais que par presse interposée.

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L’ex-DGSE Jean-Marc Gadoullet réclame 2 millions d’euros à Areva et Vinci pour la libération des otages d’Arlit. Et remet en question la version officielle du ministère de la Défense.

Challenges revient sur ces négociations chaotiques.

Trois millions d’euros, pas un centime de moins. Deux ans et demi après leur libération, l’affaire des otages d’Arlit (Niger) est encore loin de connaître son épilogue. L’ancien agent secret Jean-Marc Gadoullet, un des négociateurs de l’affaire, réclame deux millions d’euros à Areva et Sogea Satom (filiale de Vinci), soit un million par société, pour avoir mené à bien la libération des sept otages d’Arlit. Son associé touareg malien, Ahmada Ag-Bibi, demande, lui, 500.000 euros à chacun des deux groupes.

L’ex-espion, après avoir essuyé une fin de non-recevoir d’Areva, négocie depuis quelques jours avec Vinci et menace de porter plainte avant l’été s’il n’est pas entendu. « On a essayé de me calmer pour 500.000 euros, mais je ne céderai pas, assure Jean-Marc Gadoullet à ChallengesJ’irai jusqu’au bout, je veux récupérer la totalité de l’argent qui m’est du ». Selon nos informations, l’ancien négociateur devrait aussi être entendu courant juin-début juillet par la juge d’instruction Nathalie Poux, qui conduit l’information judiciaire ouverte en octobre 2013 pour enlèvement et séquestration.

Guerre de réseaux

L’affaire va bien au-delà d’un simple différend commercial. Non content de réclamer son dû à ses anciens employeurs, Gadoullet remet aussi en cause la version officielle de la libération des quatre derniers otages, en octobre 2013. Selon le ministère de la Défense, cette libération avait été obtenue par Pierre-Antoine Lorenzi, alors patron de la société de sécurité privée Amarante, un homme de réseaux proche d’Arnaud Montebourg comme de l’ex-patron de la DCRI Bernard Squarcini. Selon la version rendue publique par l’Etat, Lorenzi avait travaillé avec le Touareg Mohamed Akotey, un proche du président nigérien Mahamadou Issoufou. Et réussi là où Gadoullet avait échoué, en libérant les quatre derniers otages en octobre 2013.

Mensonges, assure Jean-Marc Gadoullet. L’ancien officier de la DGSE accuse le réseau Lorenzi – un autre ancien du boulevard Mortier – d’avoir parasité son action dès 2012, alors qu’il était encore l’unique négociateur soutenu par la DGSE et les industriels. « La négociation était finie depuis longtemps, et entérinée par toutes les parties, assure-il. Si les quatre derniers otages sont sortis, c’est grâce à mon action, à mes réseaux. »

Entre septembre 2010 et octobre 2013, trois réseaux distincts se sont mis en branle pour libérer les otages d’Arlit (infographie Valérie Xandry)

Pour bien comprendre l’histoire, il faut rembobiner le film, jusqu’au 16 septembre 2010. Dans la nuit d’Arlit, au nord du Niger, une poignée de djihadistes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) déjouent la protection de l’armée nigérienne, et enlèvent sept employés d’Areva et Satom. Cinq Français, Daniel et Françoise Larribe, Pierre Legrand, Marc Féret et Thierry Dol, sont victimes de ce rapt, ainsi qu’un Togolais et un Malgache. Une première filière de négociation se constitue rapidement. A sa tête, Guy Delbrel. L’homme est bien connu des palais présidentiels africains: il conseille depuis la fin des années 1990 le PDG d’Air France, Jean-Cyril Spinetta pour tout ce qui concerne le continent.

Or Spinetta est également, à l’époque, président du conseil de surveillance d’Areva. Il informe l’Elysée et Anne Lauvergeon, la patronne du géant du nucléaire, qu’un homme bien introduit dans la région peut donner un coup de main. Delbrel obtient le feu vert. « Je me mets alors au travail, je fournis la preuve que les otages sont en vie, je rencontre à plusieurs reprises ATT (Amadou Toumani Touré, le président malien de l’époque, Ndlr), explique-t-il à Challenges. Puis vers la mi-novembre un de mes contacts touaregs me dit qu’il y a quelqu’un d’autre sur la ligne. Un homme proche de la DGSE. »

« Un agent hors du commun »

Le nouvel arrivant est loin d’être un inconnu. Décoré par deux présidents successifs (Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy) pour son action en Afrique et en ex-Yougoslavie, Jean-Marc Gadoullet, ancien colonel de la « Boîte » – le surnom de la DGSE, affiche des états de service en béton armé. « C’était un agent hors du commun, qui alliait un courage physique impressionnant et une grande intelligence de situation », assure un ex du boulevard Mortier. « Un grand pro, mais aussi un casse-cou qui avait le goût du risque et de l’aventure », abonde un autre, qui l’a côtoyé sur le terrain. Consultant de longue date pour Areva et Vinci sur leurs sites en Afrique, Gadoullet est mandaté dès 2010 par les deux groupes pour négocier la libération des otages, avec le soutien de la DGSE.


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Photo de Une : Jean-Marc Gadoullet a été colonel au sein du 11e choc, le service Action de la DGSE (c) Icare

 

 

 


 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

3 thoughts to “Otages d’Arlit : l’ancien espion Jean-Marc Gadoullet se rebiffe”

  1. Bonsoir,

    Comme je vous l’avais exposé lors de l’un de mes nombreux commentaires:
    je crains que le secret du roi soit devenu celui des autres, qu’ils fussent maintenant qualifiés juridiquement de présidents, une question persiste en mon fort intérieur: existe-t-il encore un secret?

    Et ce n’était pas pour rien que je vous affirmais à mes risques et périls que je concevais, seul ou presque, mon service, mon secret, et ce dans le secret du secret; non que je me pense roi mais que tout français devrait se considéré comme un roi.

    Et j’en ai appelé aux dieux. Etranger par défaut, mais pas tous.

    Ne croyez pas qu’écrire c’est se trahir, au contraire, c’est avant tout partager une information que vous ne verrez pas dans les blogs ou les journaux traditionnels.

    Et a ceux qui pensent le courage, je leur dit qu’en plus de le vivre gentillement, je le suis.

    Penser des stratégies « française » à la hauteur de notre histoire, être stratégiste c’est penser la pensée, être stratège c’est pensée, être l’object d’une stratégie écrite par un stratège, elle même étudiée et conçue par un stratégiste, c’est agir.

    Reconstruire une logique dans ce merdier, c’est aussi penser à des choses insensées, des choses que l’on enseignent pas mais que l’on vit et /ou subit.
    Construire un avenir, c’est aussi se permettre de voir naître une vision, c’est aussi favoriser l’émergence d’individus capable non de juste suivre cette vision mais de la construire, de la sublimer.

    Je suis français. Ni plus ni moins. Pour le meilleur et pour le pire.

    Cordialement,
    un français comme tant d’autres.

  2. Je penche pour la version Gadoulet moi aussi. Je connais bien la bande mais je ne peux pas entrer dans le détail.

  3. Un bien joli sac de noeuds ! Je pencherais pour celui qui réclame son du et à qui on a proposé la modique somme de 500.000 E pour qu’il la ferme. Le moins que l’on puisse dire de Gadoulet, si ce qu’il revendique est vrai, c’est qu’il en a…Il s’attaque à deux géants Français de l’Energie, mais aussi à des gens peux scrupuleux. Qu’il reste prudent …qu’il ne se retrouve pas comme Nigel Farage avec une roue déboulonnée sur l’autoroute !

    Ne pas oublier que l’ex-baronne du Nucléaire Mme Anne Lauvergeon, mariée à un mec qui porte bien son nom : Monsieur Olivier FRIC. Tous les deux ont été mis en examen dans le scandale URAMIN. Je comprends Mme Lauvergeon qui ne se sert pas du nom de son cher époux. Comme l’a fait habilement Marisol Touraine mariée à un Michel Reveyrand-de-Menthon ! ben j’la comprends ça fait pas socialo ce nom à particule. Quant au couple sulfureux FRIC …on ose y croire et pourtant c’est un nom si bien porté !!!

    Ben dites donc pas que du BEAU LINGE tous ces gens-là…

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