Parents hélicoptères : comment l’angoisse des inégalités pousse les parents à surinvestir l’éducation de leurs enfants… tout en renforçant le mal contre lequel ils luttent

19 février 2019 – Pierre Duriot – Atlantico

© Pierre Duriot

Un parent hélicoptère désigne un parent qui « plane » en permanence au dessus de son enfant pour l’orienter ou encore qui vole à son secours dès qu’un problème se présente.

Atlantico : Dans l’objectif de comprendre le phénomène des parents hélicoptères -terme visant à décrire les parents qui se sur-investissent dans l’accompagnement éducatif de leurs enfants – les économiste Matthias Doepke (Université Northwestern) et Frabrizio Zilibotti (Université de Yale) mettent en évidence une corrélation entre le niveau d’inégalités rencontrées dans un pays et ce phénomène de parents hélicoptères. Une corrélation qui tendrait à démontrer que l’angoisse subie par une société inégalitaire pousserait ces comportements de la part des parents. Peut-on effectivement établir un tel lien ?


Pierre Duriot : Absolument, ce lien existe, mais il n’est pas le seul. Effectivement, dans nos sociétés modernes, de plus en plus inégalitaires, si on se base sur les écarts salariaux en augmentation au cours des dernières décennies, l’angoisse du déclassement a gagné le bas des classes moyennes dans un premier temps, jusqu’au haut de cette même classe dans un second temps. On en était resté, dans les Trente glorieuses et les quelques années qui ont suivi, à cette idée que les enfants faisaient toujours mieux que leurs parents dans l’échelle sociale et on travaillait, les enfants à l’école et les parents qui les portaient, pour s’élever dans l’échelle sociale. On fait la même chose maintenant, pour maintenir le niveau social, voire, pour limiter la descente, ceci bien sûr, dans une certaine angoisse. Ces parents hélicoptères, que l’on peut estimer, à la louche, entre 15 et 20 % des parents, se comptent principalement dans les classes moyennes, moyennes supérieures et supérieures, sont souvent des parents plus âgés que la moyenne et contribuent à la reproduction de la classe dirigeante, à une sélection renforcée sur le diplôme initial et à moins de porosité entre les classes sociales, ce qu’on appelle parfois le plafond de verre, pour certains étudiants suffisamment doués, mais ne disposant pas de la fortune parentale qui permet d’accrocher la très grande école susceptible de les propulser dans la classe sociale supérieure. D’une certaine manière, cela conduit effectivement à une inégalité des chances de plus en plus structurelle.

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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.