« Passé »

PAR JM DZE – LE 27 JUIN 2020

Illustration par l’auteur

Le temps est paraît-il, infidèle pour qui en abuse. Pour d’autres, le passé, le présent et le futur ne serait qu’une illusion. Il y a peu, notre inconséquent président, nous expliquait, les yeux dans les yeux, la main sur le cœur : « qu’il y avait un avant et qu’il y aurait un après ». L’avant est passé. Nous sommes donc maintenant dans l’après. A moins que nous ne soyons encore dans le présent, c’est-à-dire juste à la fin de l’avant et un peu avant le début de l’après. Il n’est donc peut-être pas encore temps, pour nous, de faire le bilan de l’après. Et puis, pour qui a du temps, rien ne presse, procrastinons encore un peu, nous verrons après, si notre quotidien s’est amélioré.

Pourtant, à y regarder de plus près, rien n’est déjà plus comme avant. Sans doute que l’immédiateté de nos modes de vie, fait que les choses changent plus vite qu’avant. Il y aurait donc du mieux ? Voyons ensemble, ce qui s’est passé depuis et qui serait passé si vite que nous ne l’aurions pas vu passer…

Est-ce que la vie de nos anciens héros, médecins, infirmières, aides-soignantes s’est améliorée ? Pour ce qui de la fameuse prime, c’est déjà du passé. Un tri a été fait, ce ne sera pas pour tout le monde, loin de là, et seulement ceux ou celles qui par le passé étaient au bon endroit et au bon moment, pourront en bénéficier. Pour ceux qui pensaient, que le temps passé auprès des malades et les risques encourus par eux et par leurs proches étaient des critères suffisants, faudra repasser. Car ça, c’était avant et alors qu’ils avaient le dos tourné, d’autres en ont profité, pour oublier les promesses du passé. Si d’aventure, le COVID réapparaissait, dans toute sa brutalité, j’espère que ceux qui seront à nouveaux nos héros, se rappelleront cette trahison, et qu’ils feront alors attendre aussi longtemps que possible, tous les politiques qui se présenteront pour être soignés, en souvenir des promesses passées.

En France, il convient de toujours nommer un projet, un évènement, une cause, afin de lui donner toutes les chances de réussite. Ainsi le « Ségur de la santé », nouvelle promesse d’après, a été conçu. Espérons que tous ceux qui sont concernés au premier chef par cette nouvelle cause nationale, ne finissent pas comme ceux de Montségur. Lancée à l’initiative d’un ministre visiblement concerné par le sujet devant les médias, mais concrètement, très peu sur le terrain, et sous la direction d’une ex-Secrétaire générale de la CFDT. Celle qui, après le syndicalisme, était à la tête d’une agence de notation extra-financière, a donc toutes les qualités requises pour ce poste. La preuve, qu’il y a du changement et que « après », ce ne sera pas comme « avant ». Les partenaires sociaux vont donc se confiner, Avenue de Ségur, à l’ouest de Paris. Mais les résultats de cette grande concertation, ne seront connus qu’après… Comme ceux du grand débat, que nous avons connu avant et dont nous attendons toujours des résultats concrets aujourd’hui. Les promesses n’engagent que ceux qui les croient et celles du passé n’engagent plus personne, puisque « ça, c’était avant » et que maintenant c’est différent, car depuis, le fameux « contexte » est passé par là.

Pour notre démocratie, comme par le passé, pour le deuxième tour des élections, retournements de veste et trahisons sont légion. Les marcheurs qui ne veulent plus marcher au pas, comme avant, mettent leurs pas dans ceux des Républicains. Et chez ces derniers, ceux qui ne veulent plus attendre leur tour de profiter des largesses de notre république putassière, font comme avant, ils changent de camp. Avec tout ce qui s’est passé, depuis le braquage démocratique de LREM, combien auront compris la leçon ? Il suffirait de voter, tout, sauf LREM aux municipales, pour mettre une claque monumentale à cette majorité d’incapables. Nous serions alors, peut-être, un peu plus écouté. Dans le cas contraire, lavé de toutes ses erreurs passées, c’est un blanc-seing que nous offrirons à notre gouvernement. Il ne faudra donc pas venir pleurer après. Dans quelques années, viendra le temps de chasser ce président honni, mais bien avant cette échéance, je prédis également que beaucoup auront oubliés, ses errements passés. Et ils feront comme avant, en votant frileusement, ou pire encore en ne votant point, comme par le passé.

Pour ce qui concerne nos libertés, La Loi Avia est passée par là et heureusement pour nous, le Conseil Constitutionnel l’a depuis passé à la moulinette. Mais qui s’en souciait, finalement ? Quelques aigris qui regrettaient le temps d’avant, quelques écrivaillons qui pleuraient sur leur liberté d’expression bafouée…Mais comme cela n’était encore pas suffisant, une nouvelle proposition de Loi, veut interdire de filmer les forces de l’ordre, lorsqu’elles interviennent. Il ne sera donc plus possible, comme par le passé, de prouver les violences policières. Ceux qui se plaignaient de la brutalité exercée par certains nervis aux ordres, vont regretter le monde d’avant. A moins, que comme certains veulent l’imposer maintenant, ceux qui étaient par le passé des « gens d’armes », soient désarmés, afin sans doute qu’ils puissent faire valoir « force de Loi », en toute égalité, mano à mano ou à la « tchétchène », c’est selon.

Quant à l’économie, c’est comme avant. Une seule règle prévaut, faire des bénéfices à distribuer aux actionnaires. Si le chômage explose, tant pis, nous verrons après. Pour la dette, c’est pareil, on crie, on s’alarme, on culpabilise, puis on continue à distribuer à crédit comme par le passé. Plaie d’argent n’est pas mortelle, pourquoi faire autrement ? Nous devions nous réinventer, pour le coup, nous verrons après, s’il est encore possible de le faire, sinon nous ferons comme avant.

Pour ce qui est de l’environnement, il ne s‘est pas passé grand-chose. Le meilleur moment pour planter un arbre c’était il y a vingt ans et le deuxième meilleur moment, ce serait maintenant. Sauf, que depuis, l’économie va mal, c’est à dire pire qu’avant. Donc, pour les arbres, la planète et cette pauvre Greta, nous verrons après. Enfin, bien sûr, seulement si la planète veut bien nous donner encore un après.

Quant au vivre ensemble, après des décennies de « SOS racisme », de « pas d’amalgame », de « chances pour la France », de « vous n’aurez pas ma haine », voilà que certains ne rêvent plus seulement de revanches, ils passent maintenant aux actes. Mais qui aura le courage, de dire que ce qui a été fait, dit, déclamé à corps et à cris avant, était, au mieux une gageure, au pire une imposture ? Le vivre ensemble ne se décrète pas, c’est un choix commun, que chacun doit faire avant toute chose. Après, n’oublions pas que les hommes ne peuvent pas vivre longtemps ensemble sans éprouver tôt ou tard, du penchant ou de la répugnance les uns pour les autres, et qu’ils cherchent toujours à se grouper conformément à leurs inclinations. Mais nous sommes malheureusement, incapables d’appendre de notre passé commun.

J’en conclu qu’il n’y a pas de grandes différences entre avant et après. Ils sont nombreux à vouloir, échapper aux responsabilités de demain en évitant celles d’aujourd’hui. Aussi nombreux que ceux qui refusent d’assumer leurs responsabilités passées. Décidément, comme par le passé, après, demain, après-demain resteront toujours aussi incertains…

Capitaine (e.r.) Jean-Marie Dieuze, ancien officier à titre étranger.

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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.