Péril sur l’armée française: seul un tiers des hélicoptères est en état de vol

Vincent Lamigeon, le 04 novembre 2016

Challenges


Et ça, on n’en parle jamais… //RO


 

C’est le talon d’Achille de l’armée française: du fait de l’organisation complexe de la maintenance et de l’usure accélérée liée aux opérations extérieures, les taux de disponibilité des avions et hélicoptères sont catastrophiques. Un chantier majeur pour Jean-Yves Le Drian.

Dans les discussions sur le budget de la défense 2017, en cours à l’Assemblée nationale, il y a bien sûr les bonnes nouvelles. Suite aux arbitrages de l’Elysée après les attentats de novembre 2015, le budget du ministère va augmenter de 600 millions d’euros par rapport à 2016, à 32,7 milliards d’euros. Le chiffre n’a rien de symbolique: la loi de programmation militaire de décembre 2013 prévoyait 31,6 milliards pour l’exercice 2017, soit 1,1 milliard d’euros de moins que le budget finalement retenu. Les armées vont aussi voir, pour la première fois depuis des décennies, leurs effectifs repartir à la hausse. L’arrêt des déflations d’effectifs jusqu’en 2019, décidé par François Hollande, va aboutir à 782 créations de postes entre 2017 et 2019, dont 400 sur la seule année 2017, au lieu des 10.000 suppressions de postes prévues.

Le problème, c’est que ces agrégats cachent une réalité moins rose sur un des domaines les plus stratégiques de l’outil de défense français: la maintenance des équipements militaires, le maintien en condition opérationnelle (MCO) en sabir militaire. L’examen du budget 2017 en commission élargie dans la nuit du 2 au 3 novembre a apporté son lot d’informations inquiétantes sur le sujet, notamment sur le segment des hélicoptères de l’armée de terre. « Nos capacités critiques sont très bridées par le très faible taux de disponibilité de nos hélicoptères, en moyenne 38% », s’est ainsi alarmé François Lamy, rapporteur pour les forces terrestres.

Seul un Tigre sur six en état de vol

Le comble, c’est que ce sont les hélicoptères les plus récents, comme le Tigre (combat) et le NH90 Caïman (transport), qui affichent les taux de disponibilité les plus faibles. « Lorsque les nouveaux équipements arrivent, ceux-ci montrent d’inquiétants signes de faiblesse, résume le député LR François Cornut-Gentille, rapporteur des crédits de défense. J’en veux pour preuve les hélicoptères Tigre qui affichaient une disponibilité inférieure à 20 % [17,4%, NDLR]  en 2014. En 2015, le chiffre est subitement classifié. » La situation n’est guère meilleure sur l’hélicoptère de transport NH90 en version marine, qui atteignait péniblement les 33% de disponibilité en 2014. « La marine a 17 machines, dont 10 sont en entretien, déplore Gwendal Rouillard, député PS et rapporteur du budget de la marine. Le 17ème NH90 ne peut pas voler à cause d’un problème mécanique, ce qui est totalement inacceptable pour une machine neuve. »

Même situation abracadabrantesque du côté des avions: le C-130 affichait 28,8% de disponibilité en 2014, moins que l’antique Transall (40,1%). Les députés ont aussi signalé la situation ubuesque de l’avion de patrouille maritime Atlantique 2(ATL-2), dont une partie sont en cours de rénovation: « Il y a moins d’ATL-2 sur la base opérationnelle de Lann-Bihoué qu’à Cuers-Pierrefeu, où est effectué le MCO, souligne Gwendal Rouillard. Sur les 22 appareils en flotte, la moitié est immobilisée à Cuers. Et la durée de la rénovation a doublé, de 18 à 36 mois. » On comprend mieux les réticences du ministère de la défense à publier les fameux chiffres de disponibilité, un choix aussi étonnant qu’inédit.


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Photo de Une : Du fait de l’organisation complexe de la maintenance et de l’usure accélérée liée aux opérations extérieures, les taux de disponibilité des hélicoptères de l’armée sont catastrophiques : 17,4% seulement pour l’hélicoptère d’attaque Tigre en 2014. AIRBUS HELICOPTERS

 

 

 


 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

5 thoughts to “Péril sur l’armée française: seul un tiers des hélicoptères est en état de vol”

  1. Heureusement que certains « brasseurs de vent », aujourd’hui en dehors du service, continuent de voler en escadrille (C’est même à ça qu’on les reconnait !) pour faire croire à une force vive!

  2. le pouvoir rose a donné un joker aux ht fonctionnaires civils de la défense et aux généraux contrôleurs aux détriments des généraux des forces vous avez le résultat
    Nobostant le fait que les crédits réservés au mco ne sont pas a la hauteur, que la chaine entre les industriels et les organes militaires de réparations fonctionne très mal,et que depuis 50 ans les militaires se debrouillent par cannibalisme,de plus les armées prennent en compte des matériels non aboutis,pour mémoire les déboires de l’A400;mais le problème c’est que nos dirigeants ont donné préférence au qualitatif,par rapport au quantitatif,donc vu les petites séries possédées le moindre grain de sable grippe la machine

  3. La disponibllité du matériel militaire est aussi lamentable que du temps à Mitterrand. Pour voler un Crusader ou un autre avion ou hélicoptère. Au niveau de la flotte c’était la même chose. Le PA Clémenceau il fallait sortir les godilles pour le faire naviguer comme transport de matériels et non pas comme Porte-Avions. Comment être crédible devant des clients potentiels de matériels militaires lorsque que nous avons un taux de disponibilité aussi faible.

  4. Une nouvelle fois, on va nous sortir la réplique : « responsable mais pas coupable ». Pourtant depuis près de 40 ans, tous les budgets de la défense ont été rognés sans que cela dérange des élus irresponsables à des postes clé de l’Etat, et en première ligne les présidents de la république qui se sont succédé. Pourtant il y en a eu des interviews devant les commissions de la défense, des alertes présentées par les nombreux chefs d’état-major. Les problèmes de défense sont prioritaires dans un pays pour garantir sa sécurité mais bien entendu cela dépasse toute politique politicienne si en verve dans notre pays pour sauver ses intérêts personnels. Par ailleurs, peu de chefs d’état-major des armées ont manifesté leur mécontentement en démissionnant de leur poste !. Je me souviens de l’Amiral Patou dans les années 70 qui a eu ce courage en raison d’une diminution du budget alloué à la Marine et d’annulations de constructions de bâtiments prévus dans des programmes. Dès les années 1970, le format de la flotte est réduit tant dans ses bâtiments que dans ses effectifs, les budgets de renouvellement ne sont plus respectés. Voilà la réalité et les conséquences de la situation actuelle.

  5. Bonsoir,

    On touche là les (très) mauvais choix effectués depuis une vingtaine d’années. Les députés ont beau jeu de déplorer la situation mais ils en sont les principaux responsables. La classe politique dans son ensemble s’est servi du budget de la Défense, comme celui de certains autres ministères régaliens (je pense à la Justice), de variable d’ajustement aux lubies et délires du moment. Pour info, j’ai effectué ma transfo Puma en 1984. Ma descendance pourrait faire sa carrière sur la même machine.
    De report de programme en amputation de budget, le roi est désormais nu. Il y a une trentaine d’années, les OPEX étaient minimes et les parcs existants suffisaient généralement à satisfaire les besoins. Actuellement, non seulement les nouveaux matériels n’arrivent pas assez vite mais le potentiel technique des machines les plus anciennes fond comme neige au soleil du fait de leur utilisation intensIve en OPEX (le potentiel technique est le potentiel d’heures alloués, après accord entre l’utilisateur et le constructeur, entre deux visites majeurs. Exemple, toutes les 2500 heures, un Puma part en grande visite pour 6 mois chez l’industriel. Quand le potentiel technique est épuisé, l’appareil est stocké en attendant sa GV. C’est valable pour toutes les machines) quand elles n’arrivent pas en fin de vie comme le Transall ou le Puma. C’est non seulement la dimension capacitaire en terme de volume disponible qui est touchée (nombre de machine disponible à l’instant T) mais également la dimension « compétence ». Sans machine, pas de possibilité de former les nouveaux équipages. Or ces compétence sont longues et difficiles à acquérir (exemple: le vol sous JVN) mais elles ne servent à rien si on ne peut pas les entretenir. Sans compter la perte de motivation générée auprès des nouveaux qui n’hésiteront pas à aller tenter leur chance ailleurs s’ils en ont l’occasion.
    En sacrifiant l’avenir des forces à leurs ambitions et à leurs chimères, les dirigeants de ce pays, civils ou militaires, ont profondément négligé leurs devoirs envers la Nation. Le pire est hélas devant nous.

    Bonne soirée

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