« Petites gens », « France d’en bas »… Comment les responsables politiques désignent les classes populaires

Frédéric Says, le 13 décembre 2016

le Billet politique – France Culture


Le moins que l’on puisse dire, c’est que la classe politique, dans son ensemble, évoque avec mépris et ambiguïté les Françaises et les Français qui ne sont pas né(e)s avec une cuillère en argent ou en or dans la bouche. Le dernier mot très en vogue depuis l’élection de Donald Trump étant le très méprisable « populisme » que j’assimile volontiers à « populace ». Mais qu’importe. Nous le leur rendons bien avec notre « tous pourris »… //RO


 

 

Expressions entortillées, euphémismes maladroits, périphrases risibles… Quand la sémantique trahit un problème politique.  

Question de sémantique politique : comment parler des classes populaires ? Comment les désigner dans le discours public ? On sent les responsables politiques particulièrement embarrassés sur le sujet. Jean-Pierre Raffarin avait choisi « La France d’en bas ». Manuel Valls a fait un autre choix. Écoutez, c’était lors de sa déclaration de candidature, il y a une semaine :

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Billet politique 1 M. Valls – « son programme ruinerait les p’tites gens »

« Les petites gens », on pourrait presque se croire dans une chanson de Pierre Bachelet :

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Billet politique 2 Pierre Bachelet – Les petites gens

Il est intéressant d’examiner le vocabulaire qu’emploie Marine Le Pen : dans son discours, les classes populaires sont souvent englobées dans des adjectifs : « les invisibles » ou « les oubliés ».

Derrière cette question sémantique, l’enjeu politique n’est pas mince : les employés et les ouvriers représentent 55% de la population active, auxquels il faut ajouter les retraités modestes. L’enjeu électoral n’est pas anecdotique non plus : impossible de gagner sans l’apport des classes populaires. Ce qu’avait réussi Nicolas Sarkozy en 2007, en candidat du « travailler plus pour gagner plus ». Alors pourquoi autant d’expressions entortillées, d’euphémismes maladroits, de périphrases risibles ?

Les politiques doivent d’abord faire face à une présomption d’arrogance. Une accusation de coupure vis-à-vis de la vie réelle. Le pain au chocolat à 10 centimes et le ticket de métro à 4 euros n’ont rien arrangé. Le responsable public doit choisir précautionneusement ses mots pour ne pas apparaître méprisant, ni même « surplombant ». Emmanuel Macron l’avait d’ailleurs appris à ses dépens, lorsqu’il avait évoqué les « pauvres qui prendront le bus ». Il ne faisait que reprendre l’expression d’un syndicaliste, mais dans sa bouche ce fut considéré comme une insulte. Autre exemple de cette sensibilité : les « sans-dents », expression attribuée à François Hollande, est aujourd’hui le seul résidu des 320 pages de récit de son ancienne compagne.

Cette incapacité à trouver des mots simples et directs renvoie au climat de défiance. Tout comme il semble devenu impossible de prononcer le mot « arabe » (comme si c’était une tare) ; mot auquel le discours public préfère les longues périphrases de type « personne issue de l’immigration maghrébine ».

Qu’il semble étrange et révolu ce temps où Pierre Mendès France parlait benoîtement de « la retraite des vieux ». Il serait aujourd’hui taxé de « seniorophobie » dans un de ces néologismes qu’affectionne l’époque.

Cela dit, de qui parle-t-on avec ces « classes populaires » ?

L’absence d’un mot évident ne viendrait-elle pas du fait que la réalité est plus complexe, moins monolithique ? « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement », selon la formule de Boileau. Le sociologue François Dubet note que ce bloc « classes populaires » n’est pas homogène, et l’est même de moins en moins. Le chômage et la précarisation du travail créent une palette de situations sociales fort diverses. Pour éviter ces inconforts linguistiques, certains ont trouvé des astuces. Par exemple, celle de définir le public dont vous parlez… par l’heure de son réveil :


Jean-Pierre Raffarin, l’inventeur de l’expression « France d’en bas » Crédits : Thomas CoexAFP

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

4 thoughts to “« Petites gens », « France d’en bas »… Comment les responsables politiques désignent les classes populaires”

  1. le mépris avec lequel les politiques traitent le peuple de France est purement inadmissible !
    Ils ont été élu pour représenter le peuple et non pour l’insulter mais peut être ne vivent ils pas dans la même France que nous ?

  2. La question du prix du pain au chocolat est vraiment une imbécillité: quel intérêt par rapport aux enjeux d’un pays? Cela dit, pourquoi répondre n’importe quoi si on n’en achète jamais?

  3. Ne pas oublier que la révolution est venue du peuple pour chasser les « nantis ».

    Notre bastille risque d’être le Palais de L’Elysée .

    Trouvera-t-on un nouvel bon docteur Guillotin ???? . Zut j’oubliais qu’il était Franc Maçon au Grand Orient De France

    çà ira , çà ira
    les aristocrates à la lanterne

    çà ira , çà ira
    Les aristocrates on les pendra

  4. Qu ils nous voient donc comme ce que nous sommes ….. des Français …. car c est ce que redevient ce BLOC fatigué de leurs dérives et trahisons en tout genre et sur lequel il est évident qu ils vont se casser leurs dents en or

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