Pierre de Villiers, chef d’Etat major des armées : histoire d’une nomination qui n’avait rien d’évident

Publié le 17 janvier 2014 par Quentin Michaud
Publié le 17 janvier 2014 par Quentin Michaud

 

Pierre de Villiers, pourtant non-favori, a été nommé en conseil des ministres pour succéder à Edouard Guillaud au poste de chef de l’État-major des armées. Analyse d’une surprise dans la grande muette qui s’explique notamment par les réformes militaires qu’il a menées.

 

Pierre de Villiers, à gauche de la photo. Crédit Reuters
Pierre de Villiers, à gauche de la photo. Crédit Reuters

Atlantico : Il semble que cette nomination n’avait rien d’évident/ Comment expliquer ce choix ? En le nommant, le ministère s’assurait-il de ne pas rencontrer d’opposition dans les décisions qu’il aurait à prendre ?

Quentin Michaud : La nomination du CEMA (Chef d’Etat-major des armées, NDLR) n’est jamais évidente puisque c’est une décision politique qui doit faire l’unanimité dans la communauté militaire, peu encline aux changements de manière générale et qui aime que l’on respecte une certaine tradition y compris dans les nominations à ces postes stratégiques. Le choix de nommer le général de Villiers est significatif de la préoccupation que le ministre accorde à la réforme des armées, car le général de Villiers a piloté les grandes réformes des armées depuis son accession au poste de major général des armées en 2010. Il a managé en quelque sorte, auprès de l’amiral Guillaud, les suppressions des effectifs et les fermetures de sites militaires dans les trois armées, c’est une tâche difficile qu’il a fallu assumer et traiter rapidement. Le nouveau CEMA aura donc l’oreille attentive du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian pour poursuivre les suppressions d’effectifs que les armées vont continuer à connaître au cours des prochaines années.

Quant au fait que ce choix soit issu d’une volonté de ne pas rencontrer d’opposition, je n’y crois pas, contrairement à ce qui a pu être dit à ce sujet, car il n’était pas le candidat premier de la liste pour le poste. Preuve en est que les qualités professionnelles qui ont été mises en avant ne reflètent pas stricto sensu le souhait de nommer quelqu’un de « docile ». Et puis, docile ou pas, le CEMA a moins de pouvoir décisionnel qu’auparavant, depuis l’arrivée de Jean-Yves Le Drian.

La Revue de l’Arsenal, qui circulait sur Internet en juin dernier, évoquait « le grand mécontentement » des armées » et contenait un appel au putsch contre le cabinet du ministre de la Défense. Plusieurs officiers généraux, catholiques de renom, étaient présentés comme les initiateurs de ce mouvement, dont Pierre de Villiers. En quoi cette nomination représente-t-elle le désaveu de la tentative de déstabilisation ?

J’accorde peu de crédit à cette vision des choses. Mais c’est un sujet difficile dans les armées. Le général de Villiers fera certainement tout pour travailler dans le sens de son ministre et pour que les armées aillent de l’avant.

Jean-Yves Le Drian, accompagné de son directeur de cabinet Cédric Lewandowski, souhaitait voir nommer le chef de l’État-major de l’armée de l’air, Denis Mercier. Pourquoi n’ont-ils pas été suivis par François Hollande ?

Cette nomination n’est pas élyséenne et c’est une « cuisine » interne qui se décide au sein du ministère de la Défense, même si l’on imagine bien sûr pas qu’elle puisse aller à l’encontre de l’Elysée. Notons que le CEMA peut participer au conseil de défense réuni à l’Elysée lorsque la situation l’exige.

Le fait que Pierre de Villiers n’ait pas exercé précédemment la fonction de chef de l’État-major particulier de l’Elysée risque-t-il de lui porter préjudice ?

Elle ne risque pas du tout de lui porter préjudice, puisqu’il a besoin avant de tout de la confiance de son ministre. C’est simplement un autre cheminement de carrière, le CEMP occupant un poste politique très sensible. Le chef d’état major particulier du président (CEMP) a lui un rôle de « filtre » militaire auprès du président de la République. Peu importe les chiffres, ce qui compte c’est la personnalité du chef militaire et la manière dont il va traiter les grands dossiers des armées au sein du ministère de la Défense. Cette nomination rassure enfin les militaires de l’armée de terre, lésés, se sentant comme étant ceux qui pâtissent le plus de la baisse du nombre de soldats dans nos armées.

 

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