Plus une société est coercitive, plus le risque de maladie mentale est élevé

Alternet, Bruce E. Levine le 25 septembre 2013

R-éveillez vous

 

C’est article est disons ancien mais ô combien d’actualité. Je comprends que la France compte autant de « malades mentaux et déséquilibrés » selon la novlangue… //RO

 

possible

 

La cause profonde des mariages tristes, des familles malheureuses et des problèmes émotionnels et comportementaux, est la même.

Tout au long de l’histoire, des sociétés n’avaient pas toutes les contraintes des nôtres. Bien que ces sociétés aient eu beaucoup moins de « biens de consommation » et moins de ce que la modernité nomme « l’efficacité, » elles avaient aussi beaucoup moins de maladies mentales. Bien sûr, cette réalité est passée sous silence par les champions peu critiques de la modernité et de la psychiatrie classique. La coercition – l’usage de la force physique, légale, chimique, psychologique, financière, ou autre, dans le but de conformer – est propre au travail, à la scolarité et à l’éducation des enfants dans notre société. Cependant, la coercition engendre la peur et le ressentiment, qui engendrent des mariages tristes, des familles malheureuses, et ce que nous appelons la maladie mentale.

Sociétés peu coercitives : peu de maladies mentales

Après avoir assisté aux horreurs de la Première Guerre mondiale et avoir écrit Les Révoltés de la Bounty (1932), Charles Nordhoff et James Norman Hall reçurent une commission de Harper’s magazine pour écrire des récits de voyage documentaires sur la vie dans le Pacifique Sud. Leurs témoignages sur les îles de Paumoto, les îles de la Société et les îles Cook ont été publiés sous la forme d’un feuilleton dans Harper’s puis ont été rassemblés dans le livre Faery, terres des mers du Sud (1921). Nordhoff et Hall ont été frappés par le faible degré de coercition dans ces cultures insulaires par rapport à leur propre société, et ils ont été enchantés par ce que devenaient les enfants dans de telles conditions non-coercitives :

« Il est fascinant de regarder ces jeunes, élevés sans vêtements et sans contraintes… Une fois qu’ils sont sevrés du sein de leurs mères – ce qui n’est souvent pas le cas avant l’âge de deux ans et demi ou trois ans – les enfants des îles apprennent librement à se débrouiller eux-même; il y de quoi manger à la maison, un endroit où dormir, et de quoi se vêtir s’il fait froid – et la responsabilité parentale s’arrête là. L’enfant mange quand il veut, dort quand il veut, où il veut, et s’amuse uniquement par ses propres ressources. En grandissant, on attend de lui quelques petites tâches – cueillir des fruits, aider à la pêche, nettoyer le sol autour de la maison – mais l’injonction de travailler est donnée fortuitement, et suivie fortuitement. La punition n’existe presque pas… [Mais] ces jeunes de couleur grandissent avec étonnamment peu de friction – ils ont un tempérament doux, enjoué, ils ne s’ennuient jamais, et sont rarement querelleurs. »

Pour de nombreux peuples autochtones, même la règle de la majorité que la plupart des américains appellent la démocratie est problématique du point de vue de la coercition, car elle engendre des ressentiments dans la minorité. Roland Chrisjohn, membre de la tribu des Iroquois et auteur de The Circle Game, souligne que pour son peuple il est considéré comme utile de passer le temps nécessaire pour parvenir à un consensus, afin d’éviter tout ressentiment. Selon les normes de la civilisation occidentale, ce serait totalement inefficace.

« Parvenir à un consensus pourrait prendre une éternité ! » s’est écrié un participant à une conférence de Chrisjohn. A quoi il a répondu : « Quoi de plus important ? »

De nombreux témoignages indiquent que la maladie mentale n’existe pas dans les sociétés autochtones, où il y a très peu de coercition et où il est bien connu que la coercition engendre un ressentiment qui brise les relations. Le livre Les soins en institution pour les fous aux Etats-Unis et au Canada publié en 1916, rapporte que : « Le Dr. Lillybridge de Virginie, employé par le gouvernement pour surveiller le retrait des Indiens Cherokee en 1827-89, a vu plus de 20,000 Indiens et s’est beaucoup renseigné sur leurs maladies. Il dit n’avoir jamais vu ni entendu parler d’un cas de folie parmi eux. »

Le psychiatre E. Fuller Torrey, a écrit en 1980 dans son livre Schizophrénie et civilisation, « La schizophrénie semble être une maladie de civilisation. » En 1973, Torrey a mené des recherches en Nouvelle-Guinée, qu’il a décrit comme « un pays se prêtant étrangement bien aux recherches épidémiologiques car les dossiers de recensement, même pour les villages les plus reculés, sont remarquablement bons. » En examinant ces dossiers, il a découvert « une différence dans la prévalence de la schizophrénie selon les districts, qui pouvait varier d’un facteur de 20; les districts où la prévalence était la plus élevée étant, en général, ceux qui avaient le plus de contact avec la civilisation occidentale. » Après avoir étudié d’autres études, Torrey conclut :

« Entre 1828 et 1960, presque tous les observateurs ont convenu que la psychose ou la schizophrénie étaient rares dans les zones technologiquement sous-développées du monde… Le plus frappant… est le consensus remarquable que la folie (dans les premières études) et la schizophrénie (dans des études ultérieures) étaient relativement rares avant le contact avec la civilisation euro-américaine… Mais vers 1950 quelque chose d’intéressant s’est produit… l’idée s’est répandue, dans la littérature psychiatrique, que la schizophrénie avait environ la même prévalence dans toutes les cultures et qu’elle n’était pas une maladie de civilisation. »

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