Polémique entre le président de la République et le chef d’état-major des armées : décryptage et enseignements

, par François Chauvancy

Défense et sécurité

 

 

Je reprends les propos du Général (2S) François Chauvancy : « cette polémique est un vrai gâchis ». Il en restera sur le long terme de graves cicatrices. Pour le reste, je n’ai rien à ajouter au billet de François Chauvancy. Lequel est, comme à son habitude, un peu long mais toujours excellent. Bonnes vacances mon Général. //RO

 

 

 

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Après une semaine de vives tensions entre le pouvoir civil et la hiérarchie militaire, nous aurions pu imaginer une sortie de crise digne du bon fonctionnement de la République. Des échanges même vigoureux ne sont-ils pas le symbole d’une démocratie vivante et respectueuse des avis des uns et des autres ?

Après le manque de discernement du ministre Darmanin mettant le chef d’état-major des armées (CEMA) devant le fait accompli d’une baisse du budget des armées le 11 juillet, le discours du président de la République du jeudi 20 juillet 2017 sur la base d’Evreux aurait donc dû mettre un terme à cette crise politico-militaire.

Ce discours était initialement prévu pour affirmer les orientations présidentielles de la dissuasion nucléaire. Il a finalement abordé trois points :

* Le maintien des deux composantes Air et Marine de la dissuasion nucléaire, et donc leur modernisation à venir. De fait, cette approche présidentielle et régalienne a été effacée médiatiquement par l’affrontement entre le CEMA et le président de la République. Or, elles seront les bénéficiaires des augmentations du budget de la défense à venir au détriment des forces conventionnelles.

* L’amélioration de la condition militaire a été annoncée, moyen pour éviter toute cristallisation du mécontentement de la communauté militaire derrière le CEMA. Or, le président de la République est déjà destinataire annuellement du rapport du haut comité d’évaluation de la condition militaire (Cf. HCECM) sur la condition militaire qui lui donne cette responsabilité.

* Surtout, ce discours s’est adapté à la situation de crise entre l’exécutif et les armées. Décryptant en direct sur Cnews ce discours (Cf. Cnews Newsroom du 20 juillet 2017), j’avais estimé l’incident comme étant clos. J’avais exprimé le soir même ce point de vue au grand journal de France 3 (Cf. Mon interview sur France 3 le 19 juillet 2017).

Malheureusement la tempérance et l’intelligence de situation du politique n’étaient pas au rendez-vous. Seule la rancœur a trouvé sa place avec cette intervention affligeante le 20 juillet 2017 du porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner (Cf. Le Figaro du 20 juillet 2017). Quel manque de sens politique ! Quelle honte pour un tel comportement alors que ce gouvernement voulait exprimer l’exemplarité et le changement ! Peut-on croire que le porte-parole ait pu s’exprimer avec une telle vindicativité sans l’aval du président Macron qui nous offre donc une nouvelle facette inquiétante de son caractère.

Cette crise entre le pouvoir politique et la hiérarchie militaire était donc exceptionnelle et a suscité rapidement ma tribune publiée dans Le Monde (Cf. Tribune du 18 juillet 2017) ou d’autres réactions comme celle du général Desportes (Cf. Europe 1 du 19 juillet 2017). Elle a posé la question du lien entre le politique et le militaire dans la société d’aujourd’hui.

 

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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.