Polémique : Pablo Neruda a-t-il été tué par la dictature chilienne ?

Le Point.fr – Publié le  – Modifié le 

Selon son ancien assistant, le Prix Nobel de la littérature n’est pas mort d’un cancer de la prostate, mais d’une piqûre mortelle effectuée par les militaires.

Le poète Pablo Neruda (ici en octobre 1971) a-t-il été assassiné par la dictature chilienne ?
Le poète Pablo Neruda (ici en octobre 1971) a-t-il été assassiné par la dictature chilienne ? © AFP
De NOTRE CORRESPONDANT À BUENOS AIRES, 
Pablo Neruda est-il mort d’un cancer ou a-t-il été assassiné par la dictature chilienne en 1973 alors qu’il s’apprêtait à s’exiler auMexique ? Quarante ans après le décès du poète, auteur notamment de Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée, la justice chilienne tente de résoudre l’énigme. La dépouille de l’écrivain, enterrée à Isla Negra (île Noire), village côtier où se trouve la maison-musée Neruda, a été exhumée ce lundi par une équipe d’experts. Les autorités de Santiago poursuivent ainsi leur travail de mémoire sur les « années noires », après avoir enquêté sur la mort douteuse du président Salvador Allende, dont la thèse du suicide a finalement été confirmée en 2011.

Officiellement, Pablo Neruda est mort douze jours après le coup d’État militaire d’Augusto Pinochet, le 23 septembre 1973, à 69 ans, des suites d’un cancer de la prostate. Pourtant, la version a été contestée par Manuel Araya, ancien chauffeur et assistant du Prix Nobel de la littérature. En 2011, dans une interview au magazine mexicain Proceso, Manuel Araya affirme que Pablo Neruda allait s’exiler au Mexique, à la suite du coup d’État militaire du 11 septembre 1973. Le poète aurait alors fait croire que son état de santé était particulièrement grave afin d’être transporté en ambulance dans une clinique de la capitale Santiago, pour y faire escale avant de fuir. Pablo Neruda ne foulera jamais le sol mexicain. Selon Manuel Araya, les militaires ont pénétré discrètement dans sa chambre d’hôpital et lui ont injecté un liquide mortel dans l’estomac. Démentie par la Fondation Neruda, la version a néanmoins poussé le Parti communiste chilien, dont fut membre le poète, à porter plainte en 2011. L’exhumation des restes du poète doit aujourd’hui permettre d’en savoir plus.

Ménestrels

Monument de la littérature latino-américaine, auteur La centaine d’amour et L’Espagne au coeur, Pablo Neruda était très attaché à la France. Diplomate et écrivain, comme Romain Gary, il a été consul spécial pour l’immigration espagnole à Paris, en 1939. À ce titre, il affrète un bateau, le Winnipeg, pour aider deux mille réfugiés espagnols à fuir la guerre civile en ralliant le Chili. Puis il retourne en France comme ambassadeur chilien à Paris en 1970, après l’élection de son ami, le chef d’État socialiste Salvador Allende. Il y publie L’épée en flammes et Les pierres du ciel, deux livres qui reflètent bien sa plume incisive et sa conception de la solidarité.

En 1971, il reçoit le prix Nobel de la littérature des mains du roi de Suède. Il raille dans ses mémoires « l’ancien monarque [qui] nous donna la main, nous remit le diplôme, la médaille et le chèque. On dit que le roi passa plus de temps avec moi qu’avec les autres lauréats, qu’il me serra la main avec une sympathie emphatique. C’est peut-être la réminiscence de la gentillesse antique du palais envers les ménestrels. »

Pablo Neruda avait démissionné en février 1973 de son poste d’ambassadeur à Paris pour des raisons de santé. La justice lèvera bientôt le voile sur les circonstances de la mort du poète.

 

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