Pourquoi nos soldats vont en RCA (part.2)

posté par DF1 en Samedi 7 décembre 2013 dans RCA
posté par DF1 en Samedi 7 décembre 2013 dans RCA

Le 5 décembre, le président de la république François Hollande a annoncé le déclenchement immédiat de l’opération SANGARIS en RCA, après avoir reçu un peu plus tôt dans la journée l’aval de l’ONU via une résolution adoptée à l’unanimité, afin que les soldats français prennent « toutes les mesures nécessaires pour soutenir la Misca (force africaine en RCA) dans l’accomplissement de son mandat ».

Depuis, nous suivons en direct les opérations à la télévision qui font état de massacres et du désarroi de la population chrétienne face aux exactions de la Seleka majoritairement musulmane, et de la population musulmane. Michel Djotodia, lui-même,  président auto-proclamé, membre de la Seleka, chef de l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement, est le premier président musulman dans un pays majoritairement chrétien.

Tout laisse penser que nous assisterions à une guerre de religion entre chrétiens et musulmans, avec agression musulmane et que la France au nom des liens historiques qui nous rattachent à la RCA, se fait un devoir de porter secours aux Centrafricains. C’est moins simple que cela.

 Les raisons de l’intervention française en RCA

Sans attendre l’aval de l’ONU, la France a commencé depuis quelques semaines la préparation de l’intervention SANGARIS en renforçant par 200 militaires l’opération Boali de sécurisation de l’aéroport et de sa piste et en envoyant le 25ème régiment du génie de l’armée de l’Air chargé d’agrandir l’aéroport pour l’accueil d’autres gros chargements. De plus, 350 hommes ont été débarqués par le Dixmude et des forces spéciales ont été déployées pour des missions de renseignement et de reconnaissance.

Le Drian a déclaré sur Europe 1: « La France appuiera cette mission africaine, de l’ordre d’un millier de soldats(…)Nous le ferons en appui et non pas en entrée en premier, comme nous avons pu le faire pour le Mali, et pour une période brève, de l’ordre de six mois à peu près », a ajouté le ministre.

Fabius a défini les missions de la France: « Venir en aide à une situation humanitaire abominable, rétablir la sécurité dans un pays qui est en train d’imploser […] et permettre une transition politique ».

Les raisons de l’intervention française paraissent autant stratégiques qu’économiques:

– AREVA 

 En 2012, Hollande déclarait d’ailleurs : «  Si nous sommes présents, ce n’est pas pour protéger un régime, c’est pour protéger nos ressortissants et nos intérêts et en aucune façon pour intervenir dans les affaires intérieures d’un pays, en l’occurrence la Centrafrique » . On est loin des déclarations de Fabius.

Nos intérêts s’appellent AREVA.

– En 2010, Areva prévoyait de commencer les travaux sur le gisement d’uranium de Bakouma, site sur lequel les réserves seraient de 40 000 t identifiées, dont 17 000 t à haute teneur. Areva avait racheté en 2007 le groupe UraMin pour  2,5 milliards $, dont les actifs du gisement de Bakouma.

 – AREVA annonçait en octobre 2011 qu’elle suspendait ses activités pour un ou deux ans: « Nous avons pris la décision d’interrompre temporairement le développement du projet minier de Bakouma pour une durée allant de 1 à 2 ans. Suite à l’accident de Fukushima, on a enregistré une baisse du cours de l’uranium dans le monde. Des projets de centrale nucléaire ont été abandonnés et entraîné une baisse de nos activité » Pourtant, Areva (deuxième producteur mondial d’uranium ) envisage une hausse substantielle de la demande aux alentours de 100.000 tonnes par an à l’horizon 2030.

– D’autre part, on apprenait en janvier 2013 que AREVA était en train de mettre au point l’un des plus importants investissements en RCA, au sud du pays à Bakouma. A mettre en relation peut-etre avec les déclarations en 2011 de Jean-François Millian, directeur général de Areva en Centrafrique : « On a intérêt à exploiter le projet minier de Bakouma le plus vite possible. On y a injecté beaucoup d’argent depuis 2008, plus de 70 milliards de francs CFA. Environ 300 000 000 de francs CFA ont été alloués dans les actions sociétales dans cette région : la construction des routes, d’un centre polyvalent, la dotation des écoles en matériels didactiques, l’alphabétisation des adultes ».

Mais l’exploitation du site AREVA de Bakouma ne peut se faire sereinement car il est l’objet des convoitises de bandes de pillards telle l’attaque du 24 juin 2012 ou des ressortissants français avaient été pris en otage. Cette attaque aurait été perpétrée par Joseph Kony, surnommé Le Messie sanglant, et chef de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) qui opère entre l’Ouganda et le Soudan du Sud.

Nos intérêts passent par la sécurisation de la zone. Pour ce faire, la France se dit prête à « entrainer 20 000 soldats africains par an, a annoncé vendredi 6 décembre François Hollande, à l’occasion du sommet de l’Elysée pour la paix et la sécurité en Afrique organisé à Paris ».  La problématique est la même qu’au Mali et il s’agit des mêmes bandes qui ont les mêmes intérêts.

– Les islamistes cherchent à installer une plaque-tournante en Afrique

De même que l’on parlait de sanctuaire au Mali, on redoute le phénomène HUB en RCA. Le danger est encore plus grand que dans le désert de l’Azawad, car la RCA est boisée et offre une protection naturelle facilitée contre la surveillance des drones.

Le pays a aussi une position centrale, le refuge pour les islamistes vers d’autres pays est facilité par une géographie plus accueillante que l’Azawad qui les sépare de l’Algérie ou de la Lybie.

Il est limitrophe de pays ou nous avons aussi des ressortissants et des intérêts: Tchad ,Cameroun, Congo, ainsi que le Gabon non limitrophe mais guère éloigné, ou se trouve Total.

La RCA, si elle tombait aux mains des islamistes, pourrait ainsi devenir une base de razzia et un sanctuaire, et par les richesses de son sous-sol (diamant, or et uranium) elle fournirait aux idéologues islamistes moyens financiers et moyens de pression sur notre indépendance énergétique.

– Les exactions de la Seleka contre la population crée les conditions d’un génocide et d’une guerre civile

Outre l’aspect humanitaire et la peur d’un nouveau Rwanda qui pourrait nous être reproché si nous n’intervenions pas, une guerre civile ferait tomber le pays dans un chaos qui mettrait en péril nos intérêts.

Des centaines de civils auraient perdu la vie depuis le début des événement et la Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Navi Pillay,a mis en garde contre « le cycle d’attaques et de représailles violentes qui entraine la RCA dans un nouveau conflit » et parle du « manque absolu de considération pour la vie humaine » des combattants, en particulier les forces de l’ex-Séléka. Ces massacres des rebelles de l’ex-Séléka ont provoqué des déplacements de population à grande échelle. Les violences inter-religieuses (musulmans contre chrétiens) ont chassé de leurs maisons environ 400.000 personnes et des milices d’autodéfense, connues sous le nom d’«anti-Balaka», se sont mises en place.

Bien que Le Drian affirme que la situation est différente de celle du Mali et que ce n’est pas un nouveau SERVAL, nous avons tout de même les mêmes ingrédients: des islamistes dont une partie arrivent du Mali, un pouvoir local incapable, une armée autochtone  mal équipée et mal entrainée, une force panafricaine qui manque d’hommes et de moyens, des exactions et des massacres sur une partie de la population en raison soit de leur race, soit de leur religion, soit de leur ethnie, un appel au secours, un gouvernement français qui laisse trainer un peu les choses et qui intervient quand la capitale est menacée.

Comme pour le Mali, on nous annonce également une opération qui « n’a pas vocation de durer », « de l’ordre de six mois à peu près ».

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