Pourquoi « Tous à poil » n’est effectivement pas un livre à prendre à la légère

 

Publié le 13 février 2014 par Pierre Duriot
Publié le 13 février 2014  par Pierre Duriot

 

Transparence à outrance

Le livre pour enfants « Tous à poil » occupe le devant de la scène médiatique et commerciale depuis que le 9 février Jean-François Copé en a dénoncé le contenu. Selon l’éditeur, le but de l’ouvrage est de « dédramatiser la nudité, sujet trop souvent tabou ».

 

 Crédit Reuters
Crédit Reuters

 

Explication technique : « Les trois brigands », grand classique de la littérature « jeunesse » pourrait être taxé de « dangereux », après tout, les enfants pourraient être incités à devenir brigands à leur tour. Non, les trois brigands relèvent de l’imaginaire et du fantasmatique et ne constituent pas un devenir envisageable pour le lecteur.

« Tous à poil » ou « Papa porte une robe », ne relèvent pas de l’imaginaire et du fantasmatique mais du « modèle identificatoire » proche, c’est-à-dire du personnage réel, auquel l’enfant peut s’identifier et ces livres sont justement conçus pour que le phénomène du « modèle identificatoire » y soit puissant, sous couvert de rigolade bien entendu. Les objectifs sous-jacents sont bien sûr l’abattage de la barrière des générations, donc la négation d’une certaine forme d’autorité honnie du gauchiste libéral, dans le fait de se retrouver tous à poil. Mais au second degré, figure aussi une forme de « sexualité » dont les enfants ne seraient pas exclus puisqu’eux aussi sont « à poil », ce qui relève de ce qu’on appelle « l’implicite » et dans lequel l’enfant est poussé à imaginer qu’il « est » ce qu’il n’est pas et qu’il « fait » ce qu’il ne fait pas en réalité.

Il se passe la même chose lorsqu’une maman dort seule avec son petit garçon qui imagine qu’il « fait » alors qu’il ne fait pas : j’ai des cas concrets de ce type plein mes dossiers tant il est devenu coutumier qu’adultes et enfants se retrouvent dans les mêmes lits. Et quand « papa » porte une robe, c’est bien de manière possible dans la tête de l’enfant, c’est « mon » papa et peut-être que ce sera moi aussi quand je serai grand : je porterai une robe. Ou même, « mais alors, si je grandis, je risque moi aussi de porter une robe », d’où le trouble. L’implicite est dans l’incertitude créée dans l’idée que l’on se fait de devenir un garçon ou une fille et surtout la conviction d’avoir le choix de devenir un garçon ou une fille, choix que nous n’avons pas en réalité.

Mais alors, pourquoi faire cela ? C’est assez simple, dans une société libérale libertaire et surtout consumériste, plus un enfant est éduqué par ses parents ayant autorité et qu’il respecte et moins il consomme car les parents savent résister à la pulsion infantile et être castrateurs de l’achat. L’intérêt du monde libéral, des médias qui vivent de la publicité est de disposer d’une société totalement infantile, asexuée, où personne n’est susceptible de castrer le moindre achat et où tout le monde est manœuvrable à merci et incapable d’associer son égo malmené, individualiste, à d’autres pour former un collectif susceptible de résister. Vision dangereuse et à court terme qui au mieux fera marcher le commerce quelques années, au pire, permettra d’installer une forme de dictature consentie et aliénante. Ces livres ne sont évidemment que l’un des aspects de l’offensive libérale-libertaire, il ne faut pas les brûler puisque ce faisant ce serait la dictature politico-policière classique bien connue, qui ne vaut pas mieux que l’autre, mais on n’est pas obligé de les acheter et de les lire à ses enfants.

 

 

Pierre Duriot est enseignant du primaire.

 

Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les familles.

 

Il est l’auteur de Ne portez pas son cartable (L’Harmattan 2012) et de Comment l’éducation change la société (L’harmattan 2013).


Source : http://www.atlantico.fr

4 réflexions au sujet de “Pourquoi « Tous à poil » n’est effectivement pas un livre à prendre à la légère”

  1. Quand on est parent, c’est très très inquiétant, voire affolant. On aimerait pouvoir payer l’école privée à ses enfants. D’autant plus que l’on se sent vraiment impuissant.
    La France n’est pas une dictature, mais il y a des méthodes en ce moment qui font peur.

  2. Merci à vous. On est d’accord.
    Je suis tenté de dire : « c’est quoi ce monde de dégénérés? ». C’est quoi cette pseudo-littérature pour enfants, c’est quoi ces films de cul « grand public » sur nos écrans, c’est quoi ces sextoys que les publicités nous suggèrent d’offrir à profusion pour la Saint Valentin, C’est quoi ces hommes politiques avec le pantalon en tire-bouchon sur les godasses à la moindre occasion……. WTF!!!! //RO

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