Premier Rappel à l’Ordre Français

Par sasapame, le 05 juillet 2016

AgoraVox


 


Premier Rappel à l’Ordre Français

 

1) L’alerte

 

a) Quelques déclarations

Ségolène Royal, ministre français : “Nous ne ferons pas l’erreur de David Cameron, rassurez-vous. Nous n’allons pas organiser de référendum pour la sortie de la France de l’Union européenne, ça, je puis vous l’affirmer”. (1)

Alain Juppé, présidentiable et probable futur candidat de la droite “républicaine” en 2017 : “On peut craindre le Frexit, c’est la raison pour laquelle je suis hostile à un référendum.” (2)

 

b) Un tel affront ne peut plus être toléré de la part de criminels de haute trahison, la menace doit être employée sans plus attendre

La rupture est totale. Ce n’est certes pas nouveau, surtout depuis 2008, mais à présent la forfaiture est même totalement revendiquée.

Je crains donc qu’il soit temps de devoir s’abaisser à redémontrer la chose suivante à l’attention de ce genre de personnes : du strict point de vue du droit français, le seul qui vaille en ce qui nous concerne, et en ce qui les concerne également au plus haut degré, ceci le plus officiellement et le plus légalement qui soit, il va très bientôt s’agir – pour plusieurs centaines d’intéressés, il s’agit déjà – de complicité active dans une entreprise qui n’est rien moins qu’un crime de haute trahison.

Nous avons là, en effet : une suspension arbitraire et indéfinie du régime constitutionnel, c’est à dire un coup d’État, doublé en l’occurrence d’intelligence avec des puissances étrangères contre la sécurité de l’État et contre les intérêts de la Nation.

Or ce régime règne officiellement depuis le 4 février 2008. Huit ans.

Excusez du peu.

Ils semblent aussi et surtout oublier que de tels crimes restent parfaitement jugeables en France, et ceci sans qu’il soit nécessaire de faire autre chose que de sortir de l’Union européenne.

La jurisprudence du Conseil constitutionnel est très claire, même si bien peu de gens la comprennent manifestement : la primauté de la Constitution est seulement suspendue de facto – de jure, elle règne sans partage – et cela ne vaut que jusqu’à ce qu’on sorte de l’Union européenne.

 

c) La grâce du fait accompli

A présent, le fait accompli par la grâce des Britanniques veut que chacun sache désormais qu’il est possible de sortir de l’Union européenne.

On en sortira donc bientôt. Nos élites le savent, elles ne veulent simplement pas réaliser.

Je n’invente donc pas ce que je propose ici d’exploiter sur le plan stratégique. Depuis le « Brexit », ils sentent le vent se lever : profitons-en bien.

 

d) Les Français n’ont plus de Constitution

Mais il y a encore au moins une chose décisive que les Français ignorent. Et à part qu’ils ne savent pas qu’ils l’ignorent, ils l’ignorent d’autant plus volontiers qu’ils pourraient aussi difficilement comprendre, sinon admettre, pour l’heure, que certaines choses qu’ils ont appris à croire sont fausses.

Par exemple, ils auraient du mal à accepter, à ce stade, l’idée que même leurs votes de 1992 et de 2005 sont nuls et non avenus.

Qu’on ait pu les insulter à ce point est une chose qu’ils préfèrent logiquement ignorer. Seulement le temps changera les discours.

Pour les peuples européens, même lorsqu’ils parlent de « coup d’État » s’agissant de la Construction européenne, l’état de psychose est de toutes manières encore bien trop profond chez eux pour leur autoriser un recul suffisant pour réaliser ainsi qu’il s’agit réellement d’un coup d’État.

Il importe évidemment de composer avec, sinon de respecter cela. Il s’agit finalement d’un simple problème de perspective historique ; elle changera.

Cet état dérive pour bonne part, évidemment, de l’intense adhésion idéologique que l’idée d’Europe, la vieille ficelle absurde, désormais trop usée, de la Construction européenne, a pu susciter chez la plupart d’entre nous depuis d’assez nombreuses décennies.

Mais il tient aussi à un facteur encore plus important en réalité. Un facteur plus « naturel » si je puis me permettre, bien qu’il ait pu paraître comme un décret arbitraire quand cela arrange. Le Préambule de la Déclaration de 1789 est non seulement très clair mais il constitue un clair avertissement : quand le peuple ne connaît pas du tout sa Constitution, comme au présent, c’est le corollaire du fait qu’il n’en a plus.

Ce principe est merveilleusement repris, comme en miroir, par son fameux article 16 – qui eut bien mieux été placé en 1 ou en 17 (en dernier) -, qui lance cette curieuse prescription énoncée comme une simple proposition :

« Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n’est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution.« 

Un peuple qui ne connaît pas sa Constitution n’a pas de constitution, rappelais-je simplement. Par ailleurs, si vous croyez ne pas comprendre le rapport entre les deux passages (Préambule d’une part, article 16 de l’autre), c’est très simple : songez à l’exemple extrême du film Matrix. Les humains élevés comme des pucerons par des machines qui se nourrissent d’eux, enfermés qu’ils sont par ailleurs dans leurs rêves commandés, ne savent absolument pas ni qu’ils ont des droits ni qui sont leurs maîtres, et cela pour la même raison qui veut qu’ils n’ont effectivement pas de droit et que leurs maîtres sont des despotes, c’est à dire à la fois des tyrans et des usurpateurs.

Pouvoir incontrôlé, Pouvoir indéfini. Pouvoir indéfini, Pouvoir incontrôlé. Mais rassurez-vous, le Conseil constitutionnel est encore plus con que le peuple. Blague à part, lui le fait exprès. Pour lui, soi-disant, la séparation des Pouvoirs c’est quand aucun d’eux n’a de prise sur l’autre. On l’a vu tout particulièrement, bien sûr, avec l’indépendance de la Banque centrale. On l’a bien vu aussi, par exemple avec l’affaire de Sarkozy qui se vote lui-même son salaire de Président. Ils ont réussi à retourner Montesquieu et dans l’esprit des lois et dans sa tombe.

A présent que les Français sont ainsi devenus idiots volontaires à force d’entretenir eux-mêmes l’illusion que sa majesté le juge était aussi bête qu’il voulait bien le paraître, il était à craindre qu’ils se montrent parfaitement indifférents au fait qu’on a suspendu jusqu’au régime républicain.

 

e) Implications stratégiques

Il nous faut donc changer de perspective : puisque la cause du mal restera sans doute malheureusement dans l’ombre jusqu’à nouvel ordre, il faut insister plutôt sur le traitement. Chose qui ne peut évidemment se faire que si l’éventualité de son application semble approcher du fait des évènements. Comme ici.

Reparler de la peine capitale à cet instant, surtout si c’est en démontrant la légalité et la légitimité de son emploi dans le contexte qui nous occupe, aiderait ainsi à donner plus de corps à la menace adressé aux bandits, sur la base d’une adhésion croissante et durable du peuple à un mécanisme de reprise de pouvoir combinant images de châtiment et réappropriation d’un processus auto-constituant.

Évidemment, les Français de demain ne seront guère choqués de parler des bassesses d’un pareil coup d’État : les gens ne comptent plus les horreurs dans l’histoire. Il y a simplement un temps pour tout. Que nous ne puissions faire certaines choses décisives pour le moment ne nous interdit aucunement d’avancer sur d’autres en attendant. Or ce dossier attend encore, dans le placards des partis.

Pour l’heure, il s’agit simplement de constater le fait juridique, caractérisé et même assumé, et de l’utiliser comme un moyen de pression assumé.

El s’agit de leur annoncer sans plus tarder ce qu’ils encourent, surtout s’ils persistent à partir de maintenant.

 

2) Le crime de haute trahison

Il s’agit donc avant tout de rappeler, en toute rigueur, pourquoi la situation du régime politique de la France en tant qu’elle est assujettie momentanément au régime de l’UE, constitue en réalité une suspension pure et simple, depuis de nombreuses années, du régime constitutionnel, laquelle suspension a été opérée en violation de la Constitution.

 

a) Le crime de haute trahison est désormais caractérisé

Depuis le 4 février 2008 (congrès qui a adopté le traité de Lisbonne), il y a violation formelle de l’article 3 de la Déclaration de 1789, puisque l’exercice de la souveraineté nationale par une clique autoritaire qui l’accapare (désormais le plus ouvertement qui soit) passe par un traité dont il “émane expressément” de la Nation qu’elle le rejette en bloc – seule interprétation littérale et honnête qui soit du vote français de 2005.

 

b) Le cœur du coup d’État l’article 89-5, le dernier mot de la Constitution que personne n’a lu

Mais il y a un autre élément qui, pourtant plus décisif encore s’agissant de haute trahison, est rarement pointé du doigt. Il ne l’est en particulier jamais par le Conseil constitutionnel. Du reste, c’est bien simple, personne n’en parle jamais, nulle part, aussi incroyable que la chose puisse paraître. Il s’agit de la toute dernière clause de notre Constitution de 1958, le 5ème alinéa de l’article 89, qui stipule :

La forme républicaine du Gouvernement ne peut faire l’objet d’une révision [de la Constitution].”

En particulier l’article 23 de la Constitution établit que

Les fonctions de membre du Gouvernement sont incompatibles avec l’exercice de tout mandat parlementaire“.

Or qu’est-ce que le Conseil des ministres de l’UE sinon un organe parlementaire (pouvoirs de nature législative et budgétaire) ?

Ceci s’applique dès lors que la transposition du “droit” “européen” (y compris dérivé) en droit français a été rendue systématique et automatique, que ce soit par voie législative ou juridique. C’est à dire qu’en pratique le droit dérivé UE prime inconditionnellement le droit national.

Or la nouvelle hiérarchie des normes, issue en bonne partie du fait de l’adhésion des juges au fanatisme européiste, s’impose effectivement : toute disposition “communautaire” prime automatiquement, « de fait », pour le juge national.

Enfin, tandis que la France serait immanquablement condamnée par la CJUE si elle en venait à suspendre quelques années des procédures de transposition, l’article 27 ordonne que

Tout mandat impératif est nul. »

« Le droit de vote des membres du Parlement est personnel. »

(Au passage, il m’avait semblé que ces deux alinéas n’en faisaient qu’un il y a encore peu de temps… Si je n’avais pas rêvé, j’applaudis encore au raffinement exquis de la manœuvre, ce serait du plus grand art.)

La Commission “européenne” ayant du reste le monopole de l’initiative. Mais c’est déjà un peu plus accessoire ici. Citons juste un seuls de ces exemples remarquables de ce qu’est le véritable parlement européen : c’est madame Voynet, ministre écologiste, qui signa à Bruxelles une directive qui nous somme d’accepter le droit de brevets portants sur des gènes humains, une disposition exactement symétrique de celle que le Parlement français avait adoptée à l’unanimité. La Commission a simplement patienté bien volontiers en attendant qu’on change de gouvernement, après quoi il fallut que chacun des centaines de nos députés et sénateur abjure et signe lui-même la nouvelle loi.

Il ne fait donc pas le moindre doute qu’il pourra être établi plus tard qu’il s’agissait là d’un régime ayant purement et simplement aboli la Constitution, simplement sans le proclamer et en procédant par une suspension à durée indéfinie.

La création de ce qu’on appelle le chapeau de l’article 88 (appartenance à l’UE) a constitué un changement de constitution, et non pas une révision de la Constitution, lequel changement a été opéré par voie illégale. Un coup d’État.

 

c) L’intelligence avec l’ennemi

Il ne m’appartient évidemment pas de lister ce qui, par ailleurs, pourrait relever de l’intelligence avec des puissances étrangères : je ne juge pas des hommes, je rappelle la règle.

Pour ce qui nous concerne ici, il me suffit de noter qu’en pareille situation, de toutes manières, c’est, comme on dit, « open bar ». Ce qui ne fait que nous rappeler que nous parlons ici du crime le plus grand qui soit.

 

d) L’affront symbolique fait à la France par ses plus hauts représentants

Je vois enfin un premier facteur profondément aggravant pour les responsables de ce crime, si encore on a la charité de ne pas le juger lui-même en soi comme un autre crime contre la Nation. J’y reviendrai en parlant des référendums français de 1992 et de 2005, car nous avons eu affaire ici à une manoeuvre des plus crapuleuses.

Plus généralement, le procédé pourrait être jugé particulièrement répréhensible en France, où le fondement de la Constitution – le Préambule de la Déclaration de 1789 – clame textuellement que la source de tous les malheurs des hommes réside dans l’ignorance de leurs droits inaliénables et des devoirs de leurs représentants.

Cette proclamation, faut-il le dire, s’impose au jugement du Conseil constitutionnel, qui n’a pas à juger lui-même, par exemple, de savoir quelle est la source de tous les malheurs des hommes… Par exemple, en décidant que nous avons un impérieux besoin d’ « Europe intégrée ». C’est donc à un crime on ne peut plus averti sinon à un crime délibéré dont nous avons affaire.

Nous avons déjà cité l’article 16, tous aussi remarquable par son souci pédagogique délibéré. Il va également sans dire que cette disposition ne peut être comprise par le Conseil constitutionnel autrement que dans le cadre d’une interdiction première de nous laisser perdre notre Constitution.Mais ça va mieux en le disant.

On imagine difficilement crime plus abominable.

Seul le fanatisme, évidemment, peut expliquer pareille situation.

On comprend qu’ils s’y attachent. Mais voici donc un premier rappel à l’ordre, à la règle française, la plus officielle qui soit.

Si le rideau idéologique tombe, ils tombent.

 

e) Qui est responsable, outre Nicolas Sarkozy ?

D’abord, le Congrès du 4 février 2008 marque, bien sûr, un ralliement très majoritaire des députés et sénateurs à cet acte de haute trahison caractérisé. Ils avaient le pouvoir et le devoir de l’empêcher. Faut-il rappeler comment ?

Ensuite, il faut peut-être rappeler que ce même Congrès est aussi celui qui a seul le pouvoir de juger le président (Haute Cour).

Enfin, je suis d’avis que l’on ne peut pas innocenter le Conseil constitutionnel. Il a très gravement failli lui-même, cela notamment, comme je l’ai souligné, en négligeant totalement le 5e alinéa de l’article 89, qui interdit expressément et textuellement que la révision de la Constitution puisse donner lieu à l’abolition de la forme républicaine du Gouvernement.

A quoi s’ajoute, pour le gardien de la Constitution, l’infamie d’avoir orchestré cette enfumage juridique épouvantable.


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Illustration par Le Colonel : photo frexit[1]
centpapiers.com

 

 


 

 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

One thought to “Premier Rappel à l’Ordre Français”

  1. Nous, Madame Ségolène Royal, Nous, Monsieur Alain Juppé, nous sommes hostiles à votre présence sur la scène politique. Nous vous demandons de la « fermer » en attendant ce jour tant attendu où vous serez virés.

    Pour vous, Il y aura bien pire que le Frexit dans les urnes en 2017 !

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