Quand la bureaucratie européenne freine la lutte contre le terrorisme au Sahel

Par Seidik Abba (chroniqueur Le Monde Afrique), le 18.08.2016

LE MONDE 


 

Sur le papier tout a été parfaitement réglé depuis plusieurs mois : l’Union européenne financera à hauteur de cinquante millions d’euros la force mixte multinationale (FMM) créée par les pays membres de la commission du bassin du lac Tchad (CBLT:Cameroun, Niger, Nigeria, Tchad) et le Bénin pour lutter contre la secte extrémiste nigériane Boko Haram.

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Mais à ce jour, pas le moindre centime n’a atterri dans les caisses de la CBLT en son siège à N’Djamena, la capitale tchadienne. Et il est même à craindre que cette aide européenne ne soit pas libérée avant la fin de l’année, en raison des lourdeurs et des dogmes bureaucratiques bruxellois.

En effet, alors que l’urgence de la lutte contre les attaques répétées de Boko Haram dicte que l’aide soit décaissée directement au plus vite en faveur de cinq pays contributeurs de la FMM, l’UE entend la fairetransiter par les caisses de l’Union africaine (UA), son homologue pour le continent africain.

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Il reviendra ensuite à l’UA de convoyer les fonds vers la Commission économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) puis vers la CBLT. En mettant ensemble le maquis bureaucratique de chacune des institutions, on pourrait craindre que l’arrivée effective de l’aide européenne à la FMM ne prenne encore quelques années.

Promesses non tenues

La décision de l’UA de faire transiter son aide par Addis-Abeba, où la présidente de la Commission, N’Kosazana Dlamini-Zuma, et ses commissaires sont en fin de mandat, est d’autant plus surprenante que l’UE s’était engagée en novembre 2013 à Bamako, aux côtés d’autres institutions internationales telles que la Banque mondiale, l’ONU, la Banque africaine de développement (BAD), à mettre en place des procédures dérogatoires pour les pays du Sahel.

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En temps normal, dix-huit mois pourraient facilement s’écouler entre le moment où un donateur annonce sa contribution et son arrivée effective dans les caisses de l’Etat bénéficiaire. Au Sahel et dans le lit du lac, ce délai freine les efforts nationaux de lutte contre les groupes armés djihadistes. Dans le cas précis de la FMM, le retard peut même remettre en cause les avancées significatives de la lutte contre Boko Haram.

Après avoir perdu du terrain dans son berceau au Nigeria, la secte a vu ses cellules dormantes démantelées, les unes après les autres, au Cameroun, au Niger et au Tchad. A ce revers militaire s’ajoute désormais la violente querelle de commandement entre l’aile historique incarnée par Abubakar Shekau et les tenants de l’affiliation absolue à l’Etat islamique en Irak emmenés par Abu Musab Al-Barnawi.

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Les Etats membres de la CBLT et le Bénin entendent profiter de ce contexte favorable pour donner le coup de grâce à la secte islamique. Pour eux, l’aide de l’UE européenne doit arriver maintenant ou jamais.


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CRÉDITS : SIA KAMBOU / AFP

 

 


 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

One thought to “Quand la bureaucratie européenne freine la lutte contre le terrorisme au Sahel”

  1. Ces Etats Africains continuellement en guerre depuis des décennies nous coûtent la peau des fesses dans tous les sens du terme. Il y a sans doute des intérêts cachés à y envoyer nos troupes, nos finances, nos géo- politiciens stratèges (s’il en existe !) . Mais on nous cache beaucoup de choses à ce sujet sous couvert des « intérêts de la France ».

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