Quand Thémis n’est plus qu’une pute…

Le 30 Octobre 2016, par le Capitaine (e.r.) J.M.
Ancien Officier à Titre étranger

Exclusif Le Colonel


Thémis, allégorie délabrée à l’instar de la justice et du droit qu’elle représente aujourd’hui.

Un triste constat. Une triste réalité. //RO


Thémis, déesse de la Justice représente la justice immanente et l’ordre établi, le glaive à la main, symbole du châtiment, une balance dans l’autre pour l’équilibre qu’elle maintient et les yeux bandés en signe d’impartialité sont ses attributs les plus connus. Il y en a d’autres beaucoup moins connus, comme le genou dénudé, symbole de majesté et de grandeur qui est donc une marque de pouvoir. Le garder droit étant un signe de courage et le plier un signe d’humiliation, mais aussi d’humilité.


Aujourd’hui, ces symboles ont perdu de leur superbe et ne représentent plus grand-chose, voire plus rien du tout pour la majorité des citoyens de ce pays. Suivant en cela, l’avis de ces mêmes citoyens sur le déclin et l’inefficacité flagrante de la Justice en général. Et parce qu’il est devenu commun en France, de mettre dans le même sac, la Police, la Justice et l’état de nos prisons, autant dire que c’est l’état de droit, un des piliers de notre démocratie, qui est au bord de la ruine.


Nos policiers avec le soutien moral de nos gendarmes, expriment désormais leur mécontentement à juste titre dans la rue. Tous les jours alors même qu’ils ont pour mission de nous protéger, ils se retrouvent entre deux feux. Celui de ceux qui n’hésitent pas une seconde à faire l’usage de leurs armes contre eux, et celui des magistrats qui ne voient en eux d’abord que de possible suspects ayant fait usage de leur arme de service à mauvais escient, ou de racistes suspectés de délits de faciès, ou encore d’incompétents n’ayant pas respectés à la lettre, les droits de tel ou tel multirécidiviste. Qu’ils soient surchargés eux aussi, de lourdes tâches administratives, bureaucratiques et chronophages, ces magistrats n’en n’ont cure. A la moindre petite erreur, le présumé coupable devenu « victime du système » est relâché, non sans que des excuses lui soient présentées pour les désagréments encourus. Peu ou pas soutenu par leur hiérarchie, ils ne savent plus ou ne peuvent plus, remplir leurs missions alors même que l’insécurité se fait plus forte d’année en année. Subissant une attaque d’une violence inouïe avec des jets de cocktails Molotov et bien que leur vie soit en danger, ils n’osent même pas utiliser leurs armes de service pour la défendre. Ainsi dans leur inconscient, la peur des représailles judiciaires est apparemment plus forte, que la peur de bruler vif… En sous-effectif, sous équipés, ils peinent à remplir leurs missions au quotidien, certains ne le supportent plus, ainsi sur la décennie, plus de 700 hommes ou femmes se sont suicidés parmi les gendarmes et policiers (1). La réponse de nos politiques à ces légitimes attentes est d’une affligeante consternation, se situant entre l’accusation d’un « mouvement » d’extrême droite, la dénonciation d’actes illégaux de la part de ces mêmes policiers en manifestant, à la promesse de mettre en place des équipements de protection déjà détenus…


Nos juges qui dénoncent à la moindre occasion, surtout quand ça les arrange, l’intervention du politique dans les affaires, ont semblent-ils oublié comment rendre la Justice. Syndicalisée et politisée à outrance, notre magistrature applique désormais les lois suivant leurs sensibilités politiques, en lieu et place de l’impartialité qui devrait être la règle. Le célèbre et honteux « mur des cons » en est un symbole criant (2). Les fiascos judiciaires de ces dernières années prouvent également que notre système judiciaire actuel est arrivé à ses limites. Qu’un petit juge ambitieux, arrogant et méchant, puisse être responsable d’un drame judiciaire d’une ampleur jamais connue, se soldant par la destruction de nombreuses familles et la mort d’un homme innocent (3), et qu’il puisse rester ensuite dans la magistrature, démontre également que cet état dans l’Etat, a perdu le sens de sa mission sacrée. Nos juges se défendent d’être laxistes dans leurs attendus, mais préfèrent quand même les peines de substitution aux peines de prison ferme. Ils avancent pour cela toujours de bonnes raisons : les prisons sont surchargées, la promiscuité avec d’autres détenus plus expérimentés, la possibilité d’offrir à chacun la possibilité de se racheter. Y compris si cette possibilité a déjà été offerte à de multiples occasions à la même personne. Même le Président de la république, ne se cache plus pour dire qu’il les considère comme des lâches (4). C’est dire si la Justice est en crise. Ce ministère également en sous-effectif et sous équipé, travaille dans des conditions que peu de concitoyens sont à même d’imaginer. Certains tribunaux, faute de moyens, impriment leurs documents sur le verso de vieux papiers, car ils ne disposent plus de budget pour le papier des imprimantes… A la traîne dans l’appropriation du numérique par exemple, la Justice se plaint de crouler sous les dossiers, mais refuse la modernité. Aujourd’hui, on peut effectuer des transactions financières internationales en toute sécurité, les notaires utilisent le numérique pour la gestion de leurs documents officiels également en toute sécurité, mais les documents de la Justice ne peuvent pas être sécurisés ! La vérité est que cette administration est sclérosée, incapable de se réformer et trop imbue de ses prérogatives pour accepter les critiques même constructives de qui que ce soit. La Justice est indépendante, point barre ! La consanguinité intellectuelle qui la ronge, finira par la détruire…


Nos prisons sont à l’image de la Justice et de notre pays, c’est-à-dire pitoyables. Quand elles ne sont pas d’un autre âge et indignes de la Patrie des droits de l’homme, elles sont dans tous les cas, surpeuplées. Plus de 67 000 détenus pour seulement 57 400 places suivant les chiffres de 2016 (5). Pendant les cinquante dernières années, tous nos gouvernements de droite et de gauche ont méprisé ce dossier. Et ce n’est pas faute d’avoir été alerté, par le ministère de la Justice, la Pénitentiaire, les organismes en charge de l’observation des prisons, les médias et même par certains politiques passés par la case prison… La situation est telle que beaucoup de peines de prison ne sont tout simplement pas effectuées faute de place. La surpopulation générant des effets mortifères de violence et de suicides au sein des établissements accentue ce problème. Un suicide est déclaré tous les trois jours en moyenne, selon certaines sources (6). La radicalisation a trouvé là son meilleur environnement pour s’étendre. Les récidives après la sortie de prison faute d’avoir pu mettre en œuvre une véritable politique de réinsertion pendant le temps d’incarcération, sont en constante augmentation.


Pour résumer, notre Police n’est plus en mesure de nous protéger alors même que les hommes et les femmes qui la composent, sont investis par le sens du devoir et la volonté de protéger les plus faibles. Notre Justice a perdu ses repères et n’inspire désormais que défiance et suspicion auprès des politiques dont notre Président de la république, auprès de la population, mais plus grave encore auprès de ceux qui sont en charge de notre sécurité. Nos prisons sont indignes d’un pays comme la France.


Tous ces symboles dont Thémis, déesse de la Justice est sensée être la gardienne, n’ont plus d’existences, ni de sens. Elle ne représente plus la justice immanente, mais des intérêts corporatistes et politiques qui sapent ses fondements. Elle ne représente plus l’ordre établi, car le désordre fait désormais le lit d’une délinquance de plus en plus violente. Son glaive, ne pouvant être rangé dans son fourreau (7), a été jeté aux ordures, faute d’un bras fort pour le brandir avec fermeté et détermination devant les assauts quotidiens de ces armées de « sauvageons » qui constituent cette racaille, qu’un certain voulait nettoyer au Karcher… Sa balance déséquilibrée et rouillée est devenue symbole d’injustice. Les victimes étant toujours du mauvais côté, la machine judiciaire n’ayant pas vocation à les soulager du poids de leurs souffrances. Alors que les toujours «présumés coupables» bénéficient eux d’un allégement de leurs peines, suivant leurs âges, leurs origines ou le «manque de chance» dans cette vie qu’ils se sont pourtant choisie. Le bandeau qui jadis bandait les yeux de la déesse de la Justice en signe d’impartialité a depuis bien longtemps été perdu. Elle n’est même plus déesse, tant elle s’est vendue corps et âmes, aux plus offrants tout au long de ces derniers quinquennats, pour satisfaire nombre d’ambitions personnelles et des intérêts corporatistes ou politiques. Ce n’est plus qu’une vieille prostituée, laide et humiliée, qui garde désormais ses deux genoux pliés à terre et que ses plus virulents ennemis ou les blessés les plus marqués par la violence de ses injustices appellent désormais vulgairement une pute…


(1) www.gendxxi.org/les-suicides-de-gendarmes-et-policiers-analyse-2016-decennie-2006-2015/
(2) www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/04/23/01016-20130423ARTFIG00697-le-mur-des-cons-du-syndicat-de-la-magistrature.php
(3) erreurjudiciaire.com/l-affaire-d-outreau/
(4) www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/10/13/01016-20161013ARTFIG00198-propos-de-hollande-les-plus-hauts-magistrats-denoncent-une-humiliation.php
(5) prisons.free.fr/
(6) www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/06/09/01016-20160609ARTFIG00125-les-suicides-en-prison-ce-fleau-que-la-france-n-arrive-pas-a-juguler.php
(7) « Le glaive de la justice n’a pas de fourreau ». Joseph de Maistre (1821)

 


Illustration Le Colonel : club.ados.fr


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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

2 thoughts to “Quand Thémis n’est plus qu’une pute…”

  1. Belle description d’une grande dame affaiblie par l’usure du temps autant que par le manque d’entretien avec surtout un délaissement budgétaire depuis des dizaines d’années. Dans un pays où le train de vie et les avantages protégés des élus en nombre passent avant les priorités budgétaires de ministères régaliens essentiels au fonctionnement de l’Etat, (Défense, justice et sécurité), il ne faut pas s’étonner des conséquences désastreuses dans une société où personne ne croit plus en rien et ne respecte aucune autorité. Il est incroyable que l’Etat par le biais de ses dirigeants (de tous bords politiques) continue à gaspiller l’argent du contribuable dans la rétribution de milliers d’élus en activité ou en retraite et de poursuivre un train de vie somptueux dans des réceptions fréquentes que l’on ne voit nulle part ailleurs dans le monde. La mariée vit au dessus de ses moyens et le citoyen s’en aperçoit , il se détourne de ce monde à part qui n’habite pas sur la même planète mais qui se permet de faire la morale : « faire comme je dis mais pas comme je fais ».

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