Quel lien entre le terrorisme qui frappe la France et sa politique étrangère ?

Par le Colonel Alain Corvez le 04 décembre 2015

Arrêt sur Info

 

 

Voici l’intervention préparée par le Colonel Alain Corvez, pour le colloque sur le terrorisme organisé par l’Académie de géopolitique de Paris, qui devait se tenir le 3 décembre, annulé pour des raisons de sécurité.

 

Dans la revue trimestrielle de la Fondation Charles de Gaulle, Espoir n° 166, automne 2011, consacrée à la politique arabe de la France depuis de Gaulle, l’historien Renaud Meltz écrit :

« Le fait est que Paris s’aligne sur les Etats-Unis, sous la présidence de Sarkozy, sur presque tous les dossiers, de l’Iran à la Libye en passant par le Liban, à l’exception notable d’une position encore distincte sur la question palestinienne. »

On aurait pu penser, ou espérer, que cette tendance se serait modifiée avec l’arrivée de François Hollande, mais c’est l’inverse qui s’est produit, la France devenant le premier allié de la stratégie américaine dans le monde, avant même les Britanniques de l’aveu même de diplomates étasuniens.

Ceci est dramatique car nous voyons les effets dévastateurs de la stratégie du chaos appliquée depuis des années par Washington, ses armées dévastant les pays musulmans stables, seuls capables de s’opposer au terrorisme islamiste. Celui-ci s’est désormais implanté durablement en Irak, en Syrie, en Libye et fragilise la Tunisie, l’Algérie, l’Egypte, de même que l’Afrique sahélienne et sub-saharienne.

Heureusement, récemment, le gouvernement d’Obama a imposé un accord avec l’Iran, contre les puissantes pressions des groupes menés par la finance internationale qui s’agitent à Washington. Accord que la diplomatie française a longtemps cherché à torpiller, associée en cette manœuvre à Israël et l’Arabie Séoudite. Heureusement que la fine diplomatie iranienne a accepté le revirement français qui a suivi l’accord du 14 juillet dernier. Car comment lutter contre l’islamisme sunnite sans s’appuyer sur l’Iran ?

En réalité Téhéran a toujours cherché à s’entendre avec les pays arabes sunnites en proposant des arrangements raisonnables, mais l’Arabie, champion du wahhabisme sectaire et intolérant, a toujours rejeté ses avances. La Turquie, dont la constitution est laïque mais la politique de plus en plus islamiste s’est placée en alliée de cette intransigeance et, après avoir eu un comportement douteux, voire hypocrite, a brusquement tranché en abattant un avion russe en Syrie.

Car la Russie, par son intervention militaire en Syrie en septembre a bouleversé la donne et obligé les uns et les autres a mettre bas les masques hypocrites. Ce qui lui vaut l’hostilité plus ou moins affichée des puissances qui tirent des avantages directs ou indirects des conquêtes de DAESH, notamment de la Turquie dont l’objectif obsessionnel est de renverser le gouvernement de Damas pour y installer ses alliés islamistes. D’où son attaque du SU-24 russe et, aussitôt, son appel à la solidarité de l’OTAN.

Cet acte impardonnable sera lourd de conséquences pour Ankara et sans doute pour la coalition dirigée par les EUA car le Président Poutine est sorti du langage diplomatique pour dénoncer le rôle de la Turquie depuis l’origine dans son soutien à DAESH, lors de la conférence de presse qu’il a tenue en compagnie du Président Hollande à Moscou vendredi dernier. La Russie défend en Syrie ses intérêts stratégiques, car elle est menacée directement par un retour chez elle des terroristes islamistes. Son soutien au Président Assad s’appuie sur le droit international en répétant que c’est aux Syriens de décider de leur sort et non à des puissances extérieures.

A ce sujet, pour en finir avec la désinformation largement diffusée par les médias occidentaux, il convient de savoir que des sondages d’organisations occidentales, notamment américaines, ont montré que le résultat d’un vote des Syriens, contrôlé par l’ONU ou des instances impartiales, serait en faveur de Bachar el Assad, malgré les mensonges éhontés sur l’emploi des armes chimiques ou les massacres de civils. C’est bien pourquoi ceux qui veulent son départ ne veulent pas d’un vote libre.

Alors, face à la réalité devenue évidente que pour lutter contre le terrorisme islamiste il faut s’appuyer sur l’armée syrienne en premier lieu, comme il faudra ensuite le faire avec l’armée irakienne, on manie des subterfuges ou des arguties pour dire que l’on va s’entendre avec les Russes, avec l’armée syrienne et ceux qui participent activement à la lutte comme le Hezbollah libanais et les forces spéciales iraniennes, donc qu’on va s’entendre avec le gouvernement mais pas avec Bachar !

Il y a là comme une litanie schizophrénique, car comment séparer l’état syrien qui lutte depuis près de cinq ans contre un terrorisme international, soutenu directement ou indirectement par des puissances régionales ou pas, de son chef qui a pris une ampleur incontestable pour les observateurs impartiaux et connaît aussi à l’intérieur une adhésion de la majorité de la population effrayée par la perspective d’une arrivée au pouvoir des islamistes à Damas. Contrairement aux slogans répétés par les médias, le gouvernement n’est pas une minorité d’alaouites s’accrochant au pouvoir par la terreur avec l’appui de quelques minorités notamment chrétiennes, mais un gouvernement d’union nationale majoritairement constitué de sunnites.

La France qui a commis des erreurs sur le dossier iranien et a su les corriger pour s’adapter à la nouvelle donne, peut reconnaître celles sur le dossier syrien et s’adapter à la nouvelle situation engendrée par l’initiative russe. Il semble qu’elle en prenne le chemin depuis la rencontre de Moscou en acceptant les propositions russes de collaboration avec leurs forces et celles qui agissent sur le terrain. C’est admettre implicitement qu’on s’était trompé d’ennemis, et nous n’en demanderons pas plus, à partir du moment où nous savons qu’il n’est plus question de rester dans l’ambiguïté face au terrorisme qui nous menace directement sur notre territoire, comme il menace d’autres pays européens.

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Illustration de Une : Colonel Alain Corvez

 

 

 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.