Quelles options militaires en Syrie?

 

28 août 2013 Par Michel Goya Colonel, directeur d’études à l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire

Également publié sur le blog La voix de l’épée

L’emploi de la force armée n’est jamais une fin en soi mais toujours le moyen d’atteindre un objectif politique. La probabilité de succès d’une intervention militaire à l’étranger dépend donc en premier lieu de la clarté et la faisabilité de cet objectif et en second lieu des moyens et modes d’action qui sont consacrés à son atteinte.

Protéger et punir

La première question à se poser dans le cadre de la probable intervention militaire occidentale qui semble se dessiner en Syrie est donc bien celle de l’objectif à atteindre. Dans l’immédiat celui-ci paraît humanitaire: punir un massacre de masse et protéger la population civile d’autres attaques, non pas illégales, car toutes les attaques contre des civils le sont, mais spectaculaires.

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Cet objectif peut être atteint a minima par la destruction de l’instrument du délit, comme la France en octobre 2004 détruisant la force aérienne ivoirienne après une agression contre nos forces, mais ne punissant pas le pouvoir politique qui l’avait ordonné. Il s’agirait donc en l’occurrence de détruire les dépôts de munitions et de produits chimiques par des raids. Cela suppose évidemment de connaître leur localisation, mais aussi de pouvoir les traiter sans toucher la population civile, ce qui est plutôt délicat dans le cas de munitions chimiques. Pour pallier cette difficulté, on peut imaginer de monter une opération de saisie des dépôts par des unités de forces spéciales, mais c’est l’opération elle-même (en fait plusieurs puisqu’on parle d’au moins sept dépôts identifiés) qui est très risquée.

On peut aussi envisager de frapper d’autres cibles militaires clairement identifiées. Détruire les sites de défense anti-aérien par missiles de croisière présente l’avantage de faciliter la suite des opérations aérienne. Outre que cela peut indiquer que l’on envisage d’aller plus loin dans le temps ou l’engagement, ce type de cible est cependant assez éloigné de ce qui a causé l’intervention. On attaquera donc aussi des cibles plus symboliques comme le ministère de la Défense et les bases aériennes, sources d’autres attaques spectaculaires possibles contre la population.

Cette campagne de raids, pour peu qu’elle reste limitée, peut déboucher sur un point d’équilibre. Le régime syrien peut accepter de limiter visiblement l’emploi de sa force et cela peut suffire à satisfaire la coalition occidentale. La guerre civile continuera son cours, mais l’obligation de « faire quelque chose » aura été satisfaite.

Ce point d’équilibre peut toutefois ne pas être atteint en cas de refus d’Assad et son acceptation de l’escalade ou si la coalition élargit la notion de protection des populations en désignant le régime d’Assad comme ennemi (la réflexion stratégique fonctionnant toujours sur deux camps).

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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.