Qu’est-ce que le populisme ?

Par Laurent Bouvet, le 15 novembre 2016

iPhilo


J’avoue détester ce mot qui n’aura jamais autant été galvaudé. A toutes les sauces. Un mot des plus péjoratifs à mon sens pour désigner la piétaille, la plèbe, la populace, j’en passe et des meilleures et de tout son corollaire de mépris qu’il suscite chez ceux qui en usent et en abusent. Pour savoir si vous en êtes ou pas, un article à découvrir. //RO


 

Le spectre du populisme hante à nouveau l’Europe. Partout ou presque, des partis qui s’en réclament plus ou moins ouvertement gagnent des voix et du terrain. Une telle résurgence, dont les causes sont multiples et difficiles à cerner à coup sûr, met en relief les défauts de la démocratie, tout particulièrement si on s’en tient à son versant « représentatif ». Dès lors qu’on fonde la légitimité politique sur l’assentiment du peuple, celui-ci, en raison même des ambiguïtés de sa définition, peut se révéler tout aussi indispensable que dangereux pour la liberté, a fortiori lorsqu’il ne s’estime plus représenté par « ses » élites. Le populisme est ainsi et indissociablement à la fois le mal (comme contraire du bien) de la démocratie et le mal comme symptôme que quelque chose ne va pas dans la démocratie. En effet, si le peuple n’a pas toujours raison, il a en revanche toujours ses raisons dans une démocratie[1]. Des raisons qui doivent être écoutées, comprises voire entendues sous peine de dérive… populiste précisément.


Le populisme : un « style politique »

La principale difficulté pour cerner le populisme tient à la variété des mouvements politiques qui s’y rattachent ou que l’on y rattache[2]. Dans son ouvrage de référence sur le sujet[3], Margaret Canovan identifie deux grandes catégories de populisme : agraire et politique. Elle affine ensuite sa typologie des deux ensembles. Trois populismes sont « agraires » : le radicalisme fermier américain, les mouvements paysans d’Europe de l’Est, le socialisme agraire (qui est un mouvement intellectuel) des narodniki russes, et quatre sont « politiques » (modernes) : la dictature populiste (modèle péroniste latino-américain), la démocratie populiste (modèle suisse avec une démocratie participative développée), le populisme réactionnaire (telles que ceux d’un George Wallace aux Etats-Unis ou d’un Enoch Powell au Royaume-Uni), et enfin celui qu’elle appelle des « politiciens » (catégorie fourre-tout pour les responsables politiques qui en appellent au peuple afin notamment de dépasser le clivage droite-gauche).
 
A côté de cette première méthode d’identification typologique, Pierre-André Taguieff en propose une autre, fonctionnelle, à partir de ce qu’il caractérise comme « style politique »[4], comme une attitude d’ensemble, plutôt qu’un régime, une théorie ou une idéologie. A ses yeux, le populisme naît fondamentalement du mécontentement du peuple à l’égard de la manière dont il est gouverné. C’est l’incrimination d’une élite, objet de la protestation et ordonnatrice des dysfonctionnements politiques, qui le caractérise spécifiquement, par rapport aux multiples formes historiques du mécontentement et de la protestation des gouvernés. La distance et la séparation de l’élite et du peuple est ainsi au cœur du phénomène populiste. Pour qu’il y ait populisme, il faut que cet écart soit souligné et expliqué, toujours dans le même sens : l’élite, paradigme de l’autre radical et inconciliable, est responsable du malheur du peuple. Celui-ci a toujours raison de vouloir protester et il convient donc de lui en donner les moyens. C’est le rôle duleader populiste : celui qui comprend le peuple et lui permet d’exprimer sa colère. Le chef populiste fait alors « appel au peuple », car seul celui-ci détient la vérité. Le peuple est réifié et défini par une essence : il est non seulement la seule source de légitimité politique mais aussi incorruptible, bon et vertueux.
 
Le populisme peut dès lors être lu comme la dérive ou l’altération des différentes figures du peuple politique contemporain : démocratique, social et national[5]. Chacune de ces dimensions du peuple fait en effet figure de sujet populiste en puissance. Elles apparaissent de manière récurrente dans les caractéristiques descriptives des mouvements, partis et leaders populistes. De deux manières : par construction d’abord, en raison de l’ambiguïté même de la définition du peuple et de l’ambivalence populiste, chaque dimension populaire de la modernité politique comportant en quelque sorte son double populiste ; par déploiement critique ensuite puisque la crise des trois « questions » politiques telle qu’on peut l’observer et la décrire aujourd’hui donne une nouvelle vigueur à la tentation populiste, celle qui conduit au néopopulisme actuel que l’on constate en Europe occidentale notamment.


Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

2 thoughts to “Qu’est-ce que le populisme ?”

  1. Lorsque l’on veut tuer son chien on l’accuse d’avoir la rage

    Aussi je pense que :

    Le « populisme  »

    Est l’insulte, le mot de ralliement d’une caste ou d’une secte au cerveau lobotomisé , incapable de penser par elle même .

    On leur lance un mot, une phrase « populisme » et aussitôt leur muscle qui se trouve entre leurs deux oreilles , se met à bugger tel un ordinateur vérolé .

    Mais ces gens là ne savent pas qu’il existe un bouton appelé RESET

  2. On peut se demander dans quelle mesure l’usage facile fait aujourd’hui du mot populisme – en tant que repoussoir – ne témoigne pas clairement que la gouvernance jacobine post-révolutionnaire est maintenant entrée en agonie.
    Censée éclairer l’humanité de ses lumières en abattant les « tyrans » de l’Ancien Régime et les privilèges – prétendûment au nom du peuple – l’élite dirigeante en est venue finalement à la détestation de la glèbe dont elle est elle-même issue. Elle renie ses origines populaires et rurales en les marquant du sceau de l’infâmie et de la démagogie.
    Populiste ! La détestation suprême par les parvenus de l’oligarchie de tout ce qui leur rappelle leurs origines, leurs racines : la patrie charnelle et enracinée depuis Clovis dans des siècles de christianisme.
    Alors oui, il semble que face au vide apparent de la déchristianisation des têtes, l’Islam fier et arrogant puisse s’imposer facilement. Mais l’illusion est trompeuse car la déchristianisation n’a pas eu lieu dans les coeurs. Et la France se souvient malgré tous les censeurs que son coeur baptisé battait bien avant 1789. C’est l’héritage patiemment constitué par nos rois qui est remis en cause aujourd’hui, dévoyé par ceux-là même qui maintenant nous disent que le champ hexagonal n’est plus assez grand et qu’il faut faire régenter l’univers par des banquiers.
    Aucun adulte normalement constitué ne se retourne contre sa propre engeance. A une exception dans le règne animal : précisément quand un intrus nouvellement dominant veut imposer et fonder sa propre lignée.
    Nous obéissons sensiblement aux mêmes lois dans le monde des idées et du spirituel, la situation du pays envahi nous le démontre aujourd’hui.
    Loin de protéger son peuple en garantissant ses droits légitimes et inaliénables sur son territoire, le gouvernement raisonne en logique purement clientéliste et électoraliste. L’ électorat vote « populiste » ? Eh bien remplaçont l’ électorat jusqu’à obtenir une masse critique nous garantissant de nous maintenir au pouvoir !

    Quelle alternative reste-t-il dès lors à celle de faire valoir le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs, selon l’ article 35 de la déclaration des droits de l’homme de 1793 ?

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